Élimination du Maroc de la CAN : Le nouveau plafond de verre

Le Maroc est devenu le pays le plus influent du football africain, mais au plan concret des résultats, nous continuons encore de courir derrière notre deuxième CAN.

Le Maroc est éliminé de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football. Suite à la débâcle tactique du sélectionneur national, Vahid Halilhodzic, face à l’Égypte, les Lions de l’Atlas n’ont pas pu dépasser le stade des quarts-de-finale de la reine des compétitions footballistiques africaines et réaliser leur objectif affiché d’atteindre au moins les demi- finales, si ce n’est conquérir le titre pour la première fois depuis 1976. Certes, c’est le jeu qui veut aussi cela, et comme le fait régulièrement remarquer le célèbre entraîneur argentin César Luis Menotti, champion du monde avec son pays en 1978, le fait que dans un championnat de trente équipes une seule soit sacrée ne veut pas dire que les vingt-neuf autres font mal leur travail.

Et on pourrait ajouter: ni même que l’heureuse gagnante s’en tire nécessairement à bon compte. En tous les cas, il y a toujours quelque chose à améliorer. “Seuls les paranoïaques survivent,” aimait à répéter, de son vivant, le fondateur du fabricant américain de microprocesseurs Intel, Andy Grove, qui expliquait ainsi le succès de sa compagnie (la phrase sert d’ailleurs de titre à son livre le plus fameux).

En d’autres termes, même la victoire finale n’aurait pas empêché de devoir à un moment faire l’inventaire non seulement des deux ans et demi de “coach Vahid” à la tête de la sélection -il les a bouclés ce 2 février 2022-, mais de l’ensemble du mandat de l’actuel comité directeur de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et d’abord de son président, Fouzi Lekjaâ, même si cela serait sans doute passé au second plan. Le revers de la médaille, c’est qu’avec le résultat advenu, c’est-à-dire le départ plus précoce que prévu du Cameroun, où se déroule la CAN, on pourrait rapidement être taxé de tirer sur l’ambulance, surtout que près de huit ans durant -M. Lekjaâ a officiellement entamé sa présidence le 13 avril 2014- on s’est bien gardé de le faire.

Le fait est que nous n’en avons jamais vraiment eu l’occasion: valeur aujourd’hui, personne ne peut nier que le bilan de M. Lekjaâ est globalement positif. Au plan concret des résultats, nous continuons, certes, encore de courir derrière notre deuxième CAN, mais il faut rappeler qu’avant l’arrivée de l’homme de Berkane, nous venions d’enchaîner quatre éliminations au premier tour en 2006, 2008, 2012 et 2013 et qu’en vingt-six ans nous n’avions atteint qu’une fois le quart-de-finale en 1998 et une fois la finale en 2004. Maintenant, nous sommes un client régulier du deuxième tour, et cette année 2022 nous nous sommes qualifiés dès la deuxième journée de la phase de groupes.

En 2018, nous avons même retrouvé, pour la première fois depuis 20 ans, la Coupe du monde, ce qui avait d’ailleurs valu à M. Lekjaâ de notre part le titre d’homme de l’année 2017, celle où la qualification avait été assurée. Mais il faut aussi y ajouter le volet institutionnel: comme l’avait illustré le fait que la Confédération africaine de football (CAF) ait fermé la porte, en mars 2021 au cours de son assemblée générale ordinaire tenue pour l’anecdote à Rabat, à une adhésion de la soi-disant “République arabe sahraouie démocratique” (RASD), le Maroc est indéniablement devenu le pays le plus influent du football africain, si ce n’est un des plus influents dans le monde depuis l’élection, lors de la même assemblée, de M. Lekjaâ au conseil de la Fédération internationale de football association (FIFA).

Et enfin, on en parle peut-être moins souvent, une véritable révolution a été opérée au sein de la FRMF en termes de contrôle et de gestion: du ministère de l’Économie, où il occupe actuellement le poste de ministre délégué chargé du Budget après avoir été plus de dix ans durant directeur du budget, M. Lekjaâ a mis en place une méthodologie stricte qui a par exemple permis de dégager suffisamment de fonds pour inaugurer, début décembre 2019, le Complexe Mohammed-VI de football à Salé (coût estimé: 630 millions de dirhams (MMDH)).

Mais, pourrait-on, pour se faire l’avocat du diable, opposer, ces avancées ne constituent-elles finalement pas la normale de ce que devrait être la fédération de football d’un pays comme le Maroc? Ne se peut-il tout simplement pas que M. Lekjaâ n’ait fait que remettre les pendules à l’heure? L’intérêt de se poser de telles questions n’est bien sûr pas tant de minorer ce qu’il a fait, et de cela il est de toute façon difficile de nous accuser, mais uniquement d’éviter de se voir trop beau et qu’à force de comparaison avec le passé -comparaison n’est pas raison, dit bien l’adage- l’on finisse par bloquer au-dessous d’un plafond de verre imaginaire. Le cas échéant, on risque bien de se retrouver à un moment à se contenter de tourner en rond, avec à chaque fois moins de crédit pour faire avaler la pilule au public marocain...