"Le E-learning permet de suivre une formation en ligne avec la qualité pédagogique du présentiel"

Entretien avec Yasmine Benamour, docteur en Sciences de Gestion, présidente du Réseau LCI Education Afrique

Plusieurs scénarios seraient à l’étude par le ministère de l’éducation pour la prochaine rentrée, prévue le 2 septembre 2020. Cours en présentiel, e-learning ou formation hybride? Tout dépendra de l’évolution de la situation épidémique du Coronavirus dans notre pays. Demeurant une option possible à adopter pour la reprise des cours, la formation à distance divise! Efficace ou non? Suffisante ou pas? Réponses avec Yasmine Benamour, docteur en Sciences de Gestion, directrice générale de HEM et présidente du Réseau LCI Education Afrique.

Comment pouvez-vous décrire l’expérience du e-learning au Maroc?
Inédite! Inédite car personne n’était évidemment préparé et l’ensemble des établissements, qu’ils soient publics ou privés, issus du primaire, du secondaire ou du supérieur ont dû, en un rien de temps, trouver les moyens de s’adapter. Il faut dire qu’avec cette crise, beaucoup d’activités se sont malheureusement arrêtées ou ont avancé au ralenti. Le secteur de l’éducation a la «chance», lui, de pouvoir utiliser diverses technologies, des plus simples aux plus complexes, gratuites ou non, pour justement continuer, tant bien que mal, ses activités pédagogiques. Certains outils nécessitent une connexion internet à domicile, d’autres nécessitent un smartphone ou juste une télévision. Certains outils sont plus performants que d’autres car vraiment dédiés au e-learning (Adobe Connect Pro, Blackboard, Teams Classroom…), d’autres ne le sont pas vraiment à la base mais leur usage peut s’y prêter au vu des circonstances (Zoom, WhatsApp, …). L’expérience a certainement dû être vécue de façon bien différente selon les établissements.

Instauré à cause de la situation exceptionnelle de la pandémie, le e-learning sera t-il adopté de façon continue dans l’éducation post-covid?
Comme il y a eu un ‘avant’ et un ‘après’ 11 septembre, il y aura bien un ‘avant’ et un ‘après’ Covid dans beaucoup de domaines, incluant bien sûr celui de l’éducation. Cette situation inattendue où nous avons été «contraints» de mettre en place, en un temps record et avec l’adhésion de tous, des plateformes d’enseignement à distance est en réalité une formidable fenêtre d’opportunité. L’ensemble des parties prenantes (professeurs, étudiants et administration) ont découvert qu’il était possible d’apprendre, de faire et de travailler autrement. Il faut donc capitaliser sur cette expérience et en tirer les leçons pédagogiquement et ce, non seulement pour être plus efficaces mais également, peut-être, avec une nouvelle façon de réduire le présentiel des cours en faveur d’autres activités d’ouverture, différentes, plus épanouissantes pour les étudiants. C’est un peu le concept du «Wei-Ji» chinois qui signifie «crise/danger– opportunité»…

Le e-learning peut-il remplacer le présentiel, ou il sera toujours un complément de l’enseignement classique?
J’aimerais tout d’abord préciser les choses d’un point de vue lexique et définition: Le e-learning, aussi appelé formation à distance, est un service permettant de suivre une formation en ligne avec la qualité pédagogique du présentiel. Sans aller dans les détails, ce e-learning peut se diviser en deux catégories: l’apprentissage synchrone et l’apprentissage asynchrone. L’apprentissage synchrone implique un enseignement avec un professeur qui donne lui-même le cours en ligne (comme dans une vraie classe) et échange avec ses élèves ou étudiants, notamment à l’aide d’un système de messagerie instantanée.

A l’inverse, l’apprentissage asynchrone se fait généralement hors ligne (il n’y a donc pas de cours prodigué par le professeur comme dans une vraie classe). Dans ce cas, les supports pédagogiques et les travaux à effectuer sont envoyés aux étudiants ou élèves par email ou déposés sur une plateforme dédiée ou autre; ils doivent ainsi travailler dessus et rendre leurs devoirs ou projets à temps. Chaque apprentissage a ses avantages et ses inconvénients. L’avantage du synchrone est qu’il permet d’avoir un «vrai» cours interactif mais cela peut être fatiguant si la séance est trop longue ou l’apprenant trop jeune; L’avantage de l’asynchrone est qu’il permet d’étudier de manière autorégulée, à son rythme, mais nécessite donc un apprenant motivé et suffisamment responsable et autonome.

Tout cela pour vous dire que nous devons trouver de nouvelles façons de transmettre, les plus efficientes possibles dépendamment de l’apprenant que nous avons en face, et utilisant tous les moyens possibles. Pour la formation initiale en particulier, je pense que la part du présentiel reste essentielle mais c’est le contenu du cours qui va devoir évoluer surtout si celui-ci est couplé à du e-learning (modèle hybride). En matière de formation continue, les choses sont différentes: pour certains programmes, le e-learning peut remplacer le présentiel, en synchrone ou asynchrone. En réalité, la conclusion est qu’il n’y a pas une seule façon de faire mais plusieurs, selon le type de formation, sa durée, son contenu, l’âge de l’apprenant, son degré d’autonomie, sa disponibilité, etc. Le débat est ouvert!

Contrairement aux établissements publics qui ont eu du mal à trouver une formule efficiente, le secteur privé a facilement pu transiter du présentiel à l’enseignement à distance... Peut-on considérer que le e-learning est une option plus ou moins élitiste au Maroc?
Je pense que l’enseignement à distance repose sur deux éléments clés: le premier est la volonté de l’établissement (incluant toutes ses composantes) de le mettre en place de la bonne manière et d’opérer ainsi un virage en termes d’état d’esprit car, finalement, le côté plateforme technologique n’est pas, en soi, la partie la plus difficile; il y a pléthore de professionnels du domaine qui ne demandent qu’à déployer leurs solutions (et les budgets pour ce faire se trouvent quand tout le monde est motivé…). Le second élément clé est le degré de connectivité des apprenants. Pas d’internet, pas de e-learning. Mauvaise connexion, mauvaise séance de cours en ligne. Il faut donc que l’étudiant ou l’élève dispose au mieux d’un ordinateur connecté, sinon d’un smartphone. Aujourd’hui, hormis dans les régions les plus reculées peut-être, le Marocain est plus ou moins connecté et dispose au moins d’un smartphone. Si l’on améliore un tant soit peu sa connectivité, accompagnée de prix abordables, le e-learning ne peut être considéré comme une option élitiste; il peut, au contraire -utilisé à bonne dose et de la bonne manière- devenir la solution pour démocratiser l’accès à un enseignement adapté, de qualité et partout…

Avant de former les étudiants, il faut former les enseignants pour mieux gérer la nouveauté du e-learning. Quel est le meilleur moyen de réussir cette transition?
Tout à fait. Cela rejoint ce que je disais plus haut lorsque je parlais de volonté de l’établissement incluant toutes ses composantes et donc bien sûr les professeurs. La technologie a beau être utilisée à des degrés différents, il y a toujours un professeur derrière pour concevoir les choses d’un point de vue pédagogique. Le meilleur moyen de réussir cette transition est de les impliquer, recueillir leurs idées, les motiver et surtout les former. La démarche ne peut être que participative.

Les écoles marocaines préparent des cours à distance pour la prochaine rentrée scolaire, bon ou mauvais signe?
Signe de prudence ou signe de modernité… Dans les deux cas, c’est très bien!.


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