L'effondrement de l’affaire Pegasus


L’Espagne refuse de prendre part à l’acharnement obsessionnel du Parlement européen contre le Maroc dans l’affaire Pegasus. Dans une interview exclusive à Maroc Hebdo, l’Américain Jonathan Scott revient à la charge et apporte de nouvelles preuves de l’injustice subie par le Royaume.

“Le Maroc est un partenaire fiable et stratégique, nous ne permettrons pas qu’il soit attaqué, que ce soit sur la question migratoire ou sur d’autres sujets”. Dans sa dernière sortie médiatique sur la chaîne de télévision espagnole Telecinco le 4 juillet 2023, Pedro Sanchez, chef de gouvernement espagnol, a enterré une fois pour tous les espoirs d’impliquer le Maroc dans l’affaire Pegasus. Une réponse cinglante au parlement européen qui, le 15 juin dernier, exhortait l’Espagne de faire la lumière sur l’implication marocaine dans les écoutes qui lui sont attribuées par Amnesty International. L’institution européenne a fait sa demande juste après s’être rendue elle-même à l’évidence qu’elle ne dispose d’aucune preuve inculpant de près ou de loin le Maroc.

Au mois d’avril 2022, une commission d’enquête a été créé au sein du Parlement européen sur «l’utilisation par le Maroc du logiciel espion Pegasus et de logiciels de surveillance équivalents». Le 8 novembre 2022, celle-ci rend, sept mois après sa mise en place, un rapport préliminaire. Il en ressortait que les enquêteurs n’étaient pas en mesure de prouver que le Maroc est derrière le piratage des téléphones mobiles. Depuis, les institutions européennes s’obstinent encore à vouloir accabler le Maroc d’accusations sans fondements et sans égard aucun au partenariat qui les lie au Royaume. Un acharnement systématique qui s’est inscrit dans la durée. Une véritable obsession. En refusant de participer au jeu trouble du Parlement européen, Pedro Sanchez met fin, donc, à un énième tour de prestidigitation de la part d’Amnesty International qui répond à un agenda politique, loin de ses leitmotivs relatifs aux droits de l’homme et la liberté d’expression.

Accusations infondées
L’ONG internationale s’est basée sur un rapport de son propre laboratoire, Citizen Lab, pour porter des accusations contre le Maroc. Pour elle, le Maroc espionne des membres de la société civile et des personnalités étrangères à l’aide du logiciel espion. Des allégations qui avaient été médiatisées dès 2012. Citizen Lab a rédigé un rapport qui affirmait que le gouvernement marocain a utilisé la technologie de surveillance RCS de la société italienne Hacking Team pour cibler le projet journalistique Mamfakinch. La prétendue attaque aurait eu lieu lorsqu’un individu a envoyé un message d’hameçonnage au groupe.

Failles techniques
Celui-ci renvoyait vers un lien de téléchargement d’un document Word prétendant contenir des informations de dernière minute. L’adresse IP ayant été associée à un bloc appartenant à Maroc Télécom, l’ancien chercheur du laboratoire de l’université de Toronto, Morgan Marquis-Boire, a cru bon d’attribuer cet identifiant au gouvernement marocain, sans fournir aucune preuve pour soutenir une telle accusation. Le rapport de Citizen Lab affirme par ailleurs détenir une fuite de document PDF détaillant cette intrusion par Hacking Team, mais plusieurs recoupements ont ensuite pu permettre de conclure qu’il s’agissait d’un faux ! Pour le Citizen Lab, la preuve irréfutable confirmant que le gouvernement marocain s’en était pris aux journalistes de Mamfakinch était une seule adresse IP.

Or, les tribunaux correctionnels du monde entier ont rejeté sans équivoque les affaires de ce genre, à plus forte raison dans les cas de piratage informatique ou l’espionnage numérique. Ars Technica, média spécialisé dans les questions numériques, et pourtant soutien de longue date du Citizen Lab et d’Amnesty International, a publié en 2011 un article intitulé “les tribunaux le confirment: les adresses IP ne sont pas des personnes”. L’article résumait l’arrêt de la Cour royale de Justice de Londres, qui affirmait que citer une adresse de protocole internet ne constitue pas une preuve suffisante pour affirmer une telle infraction. On en arrive donc à l’affaire Pegasus, publiée par Forbidden Stories en juillet 2021. Celle-ci accusait le gouvernement marocain d’avoir initié une opération d’espionnage de grande ampleur. Allant des chefs d’Etats et responsables gouvernementaux étrangers tels qu’Emmanuel Macron, président français et son premier ministre de l’époque Jean Castex, mais également Pedro Sanchez, chef de gouvernement espagnol et sa ministre de la défense Margarita Robles. Cette opération aurait également ciblé des journalistes marocains comme Omar Radi ou étrangers, tel qu’Igniacio Cembrero.


Un acharnement ciblé
Là encore, les failles techniques sont énormes. L’étude du 18 février 2023 de l’expert Jonathan Scott (voir interview), déjà relayée par Maroc Hebdo (voir le numéro du 24 juillet 2023) détricote de manière scientifique et méthodologique toutes les prétentions de “l’enquête” du consortium Forbidden Stories.Opacité sur les faux positifs, absence de preuve concrète de contamination par Pegasus des journalistes qui seraient ciblés, aucune chaîne de traçabilité ni de reproductibilité, et pas de mandat judiciaire… Rien que ça.

Entre-temps le Maroc a entamé une action en justice à Paris pour diffamation. Sauf que le Tribunal de Paris n’a pas donné suite à cette plainte. La juridiction a rendu dix jugements déclarant l’irrecevabilité des citations directes contre Le Monde, Radio France, France Media Monde, Mediapart, L’Humanité, Forbidden Stories et Amnesty International. Les décisions s’appuient sur un article de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, qui ne permet pas à un État, qui ne peut pas être assimilé à un particulier au sens de ce texte, d’engager une poursuite en diffamation. Les avocats du royaume ont indiqué qu’ils faisaient appel, avec cette fois-ci comme base technique les rapports établis, entre autres, par Jonathan Scott…

Guerre d’influence
Si les accusations antérieures contre le Maroc ont été facilement écartées de par leurs failles techniques, celle relative à Pegasus semble avoir la peau dure, malgré ses propres indigences méthodologiques. “Cela s’explique par plusieurs facteurs. Au-delà des discours, le parlement européen et ses résolutions sont un moyen de pression politique sur les Etats partenaires de l’Union européenne. Maintenant que les accords de pêche arrivent à échéance le 7 juillet, et que la question migratoire devient de plus en plus pressante, certains réseaux au sein des institutions communautaires voient en l’affaire Pegasus une façon de faire chanter le royaume”, nous explique cette source diplomatique marocaine à Bruxelles. Et d’ajouter qu’il y a également des “réseaux d’ONG hostiles au Maroc”. En effet, le nouveau positionnement géopolitique du Maroc, qui se place désormais comme un “swing state géopolitique” (voir le numéro de Maroc Hebdo du 26 mai 2023), lui met, paradoxalement, un viseur sur le front.

A commencer par la nébuleuse George Soros, dont font partie Amnesty International, et surtout Forbidden Stories qui accapare à elle seule 10% des financements de l’Open Society. “Il y a au niveau de la politique internationale un changement de paradigme avec la mise en place d’un vrai affrontement idéologique au niveau mondial avec d’un côté les partisans d’un libéralisme libertaire et de l’autre les partisans d’un conservatisme étatique”, explique Fabien Denis, chercheur à l’Ecole de guerre économique en France. Depuis le discours de Ryad du Roi Mohammed VI (ndlr: où le Souverain avait affirmé que le Maroc n’allait pas succomber aux forces derrière le printemps arabe et à leurs relais de déstabilisation, que le quotidien le monde a qualifié de “virage souverainiste de Mohammed VI), son rapprochement de la Russie et de la Chine ainsi que du groupe des Etats illibéraux de Visegraad (Serbie, Hongrie et Pologne notamment), l’Open Society est entré en guerre ouverte contre le Maroc qui a choisi le camps du conservatisme étatique plutôt que celui du chaos généralisé…

“Guerilla” judiciaire
Car ce qui se joue en arrière-plan est en vérité une guerre d’influence par médias interposés. Ces manoeuvres des ONG manipulées par Georges Soros contre le Maroc ne sont pas nouvelles. Elles ont eu lieu sous d’autres cieux. Israël, la Hongrie, la République Tchèque ou encore la Pologne ont officiellement tenus pour responsable l’OSF dans les manoeuvre de disruption de leurs systèmes politiques et le financement de mouvements subversifs, dans le seul but de déstabilisation de leurs modèles constitutionnels, considéré comme beaucoup trop conservateur pour l’idéologie sorosienne.

Autant dire que plusieurs facteurs expliquent cet acharnement ciblé contre le Maroc, car les acteurs qu’il engage sont multiples. Ajoutons à celà la “guerilla” judiciaire menée par les sous-traitants de la junte algérienne dans les institutions européennes, et l’on se retrouve dans une congruence ciblant directement le Maroc, ses institutions, son intégrité territoriale et son modèle sociétal...

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