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L'effet Covid-19 se précise

Les faillites des entreprises s 'accélèrent au 1er trimestre 2021

Les faillites des entreprises ont augmenté de 21% durant le premier trimestre 2021. Le pire est à craindre dans les mois à venir. L’impact négatif de la crise économique liée à la pandémie du Covid-19 ne peut plus être caché. Est-ce le début d’une véritable crise sociale?

Les pronostics du cabinet Inforisk se confirment. Après avoir chuté de 21% en 2020, les faillites des entreprises repartent à la hausse en 2021. Au total, 2.694 entreprises ont fait faillite depuis le début de l’année, soit 15% de plus qu’en 2020 sur la même période. Le rôle de l’Etat protecteur a bien joué son rôle en 2020. Avec la fin des soutiens financiers aux entreprises, une augmentation minimum de 65% du nombre de défaillances est attendue d’ici fin juin 2021, met en garde Inforisk. Les chiffres de 2020 ont été trompeurs à bien des égards. Mais l’on a vu venir l’effet Covid- 19.

Contrairement à ce qui était attendu, les défaillances d’entreprises ont enregistré un recul de 21,6% en 2020, selon les chiffres d’une étude d’Inforisk publiée début février dernier. Une situation paradoxale compte tenu que le Maroc vivait la pire récession de son histoire. Le paradoxe est expliqué par la soupape que constituaient les aides gouvernementales, notamment à travers les programmes Relance et Oxygène mais également par le gel de l’appareil administratif, incapable de traiter les dossiers dans les tribunaux durant la période de confinement.

Pour rappel, Oxygène et Relance ont été lancés le premier en mars et le second en juin 2020, dans le cadre de la mise en oeuvre des mesures décidées par le Comité de veille économique (CVE). Oxygène permet aux banques de mettre en place rapidement des découverts exceptionnels pour financer le besoin en fonds de roulement des entreprises cibles. Celles-ci devaient rembourser la totalité du crédit après l’expiration d’un différé de six mois, à compter de janvier 2021.

Relance, lui, a été accordé aux entreprises impactées, gravement, par l’arrêt de l’activité dû au confinement, mais pas seulement. Les entreprises qui réalisent plus de 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires devront, entre autres, afficher un ratio dette bancaire/excédent brut d’exploitation (EBE) inférieur ou égal à 7 et renoncer à la distribution de dividendes en cash pendant la durée du différé.

Ces deux mécanismes ont été perçus comme une bouffée d’oxygène pour nombre d’entreprises en difficultés. Le bilan de l’année 2020 révèle qu’au 31 décembre, pas moins de 86.000 opérations de garantie de crédits, dont 49.4000 pour Oxygène, ont été consentis en faveur de 66.200 entreprises.

Défaillances en cascade
Or, vers fin 2020, la conjoncture a renversé la vapeur. Pour Amine Diouri, directeur des études et de la communication chez Inforisk, le rythme de progression des faillites s’est redressé depuis le mois d’octobre 2020 pour revenir à un niveau similaire à celui observé à la même période en 2019. Mais depuis début 2021, poursuit-il, une accélération du nombre de défaillances a été constaté. «Au-delà du retour à la tendance haussière normale des faillites, il y a en plus actuellement un effet crise Covid. Et si cet effet Covid reste modéré pour le moment, la situation ne durera probablement pas», alerte-t-il.

Le premier semestre 2021 sera naturellement marqué par une hausse des défaillances car si les tribunaux de commerce étaient paralysés de mars à juin 2020 à cause du confinement, ce ne sera pas le cas cette année. Pour notre interlocuteur, il faudra s’attendre à une augmentation substantielle des défaillances d’entreprises sur la période. «De mars à juin 2020, il y avait environ 700 défaillances.

En période normale, il devrait en avoir trois fois plus. Désormais, ce qu’il faut voir sur le premier semestre 2021, c’est qu’il y a, en plus de l’effet mécanique, un fort effet des répercussions de la crise. La question est de savoir si l’on va être dans la normale ou bien au-delà de la normale. Nous arriverions à la fin du premier semestre à une hausse de 65% des défaillances par rapport à 2020. Je tiens à préciser que ce chiffre est le minimum à envisager.

L’effet additionnel Covid sera probablement observé sur cette période et alourdira les chiffres», conclut Amine Diouri. Si les anticipations relatives à une hausse de 65% minimum attendue sur le premier semestre 2021 se précisent, c’est la catastrophe. Car les défaillances en cascade des entreprises entraîneront une hausse exponentielle du taux de chômage, avec tout ce que cela implique comme répercussions socio-économiques fâcheuses.

«Avec l’arrêt prévu des mécanismes Oxygène et Relance, les entreprises vont commencer à faire face à des difficultés. Il va falloir rembourser les dettes contractées en 2020 ou les reports d’échéances. Entre les aides perçues et les réductions salariales opérées en 2020, certaines entreprises ont réussi à tenir le choc, mais en 2021, seront-elles capables de faire face à cette crise économique sans précédent?» poursuit notre interlocuteur.

La conjoncture économique morose n’arrange en rien les choses, particulièrement avec le rallongement des délais de paiement pendant la crise. Après une baisse de 30% en moyenne de l’activité des entreprises en 2020, la reprise attendue en 2021 n’est pas encore au rendez-vous. Tout l’espoir était lié à la rapidité de la campagne de vaccination lancée le 29 janvier 2021 et qui a permis de vacciner 4,29 millions de Marocains.

Or les pénuries de production des vaccins dans le monde, notamment celui du laboratoire britanno-suédois AstraZeneca et du laboratoire chinois Sinopharm, ont perturbé le déroulement de cette campagne de vaccination et ont freiné son élan constaté depuis février 2021. Les mesures prises par le comité de veille économique visant à atténuer les impacts à court terme du Covid-19 n’ont finalement pas été suffisantes pour dissimuler les mêmes effets à moyen terme.