Éditions Le Sélénite, vivier de voix marocaines qui résonnent fort


Le Sélénite, une petite maison d’édition installée à Rabat depuis 2021, signe sa première participation au Salon international du livre. Avec son fondateur, Pierre Pascual, nous avons discuté de création, d’innovation et de résistance en terrain miné.

Alors que les défis de l’industrie du livre au Royaume sont nombreux, certaines maisons d’édition marocaines se distinguent par leur volonté de repousser les frontières traditionnelles de la littérature. Le Sélénite en fait partie. Fondée par Pierre Pascual, artiste français aux multiples facettes ( écrivain, musicien, photographe et cinéaste), cette maison d’édition dynamise depuis quelques temps le paysage éditorial du pays et déniche des trésors littéraires made in Morocco.

Les prémices d’un élan d’édition
L’amour sous COVID-19, Pierre Pascual l’a vécu lorsqu’il a décidé de se lancer en 2021, dans une aventure d’édition au Maroc. “L’amour fait loi”, premier ouvrage édité au Maroc, a fait connaître beaucoup de jeunes auteurs et artistes marocains. Il s’agit d’un corpus de créations rassemblant articles, lettres, illustrations et photographies, né en réaction à l’outing qui a eu lieu en avril 2020. “De cette histoire horrible, on avait envie de sortir avec quelque chose de beau et porteur d’espoir”, nous explique Pierre Pascual, rencontré dans le Pavillon France, là où sa maison d’édition s’expose.

Pierre Pascual est donc resté au Maroc pour accompagner la publication de ce collectif qui l’a propulsé dans un élan d’édition. En mars 2023, l’éditeur et deux nouvelles voix marocaines inauguraient la collection “Ahyae” (Vivants). Safaa Amrani avec “Grigri” et Ahmed El Falah avec “Journal d’un fou”. Un baume au coeur et une tribulation en prose. Deux textes courts, intimes, brûlants de tendresse et d’humanisme.


Un éditeur-artisan
Dire un maximum de belles choses en moins de 60 pages, tel est le pari de la collection “Ahyae”, qui offre la possibilité au lecteur de retrouver le plaisir de finir un livre et le pousse aussi à vouloir prolonger ce sentiment de satisfaction en se replongeant dans un autre texte. En moins d’une heure, “on se prend un shoot d’un univers singulier et différent et on a envie d’en reprendre”, nous avertit Pierre Pascual. La collection “Ahyae” répond également à la soif de beauté des lecteurs. Elle explore d’une part de nouvelles formes peu conventionnelles d’écriture et de narration, mais accorde également une grande importance à la qualité de l’édition : une mise en page obre et soignée et une esthétique élégamment minimaliste de la couverture. La maison d’édition veille par ailleurs à entourer le livre de supports visuels et sonores, notamment des portraits dessinés par l’artiste Rassane Fadili ainsi que des podcasts et portraits sonores. “Je suis éditeur et artiste et c’est pour ça que j’essaye d’incorporer beaucoup de médiums autour du livre”, nous explique celui qui s’érige en éditeur-artisan.

Au plus près des auteurs
Un autre aspect qui distingue cette maison d’édition est la proximité criante qui existe entre l’éditeur et les auteurs et créateurs avec qui il collabore . “C’est primordial pour moi. Les autres ne le font peut-être pas parce que ce sont de plus grosses boîtes qui ont moins de temps et qui sortent plus de livres”. Dans un monde où on manque de plus en plus de connexion avec l’humain, Pierre Pascual crée des petits bijoux littéraires avec des gens qui l’entourent et avec qui il forme une communauté soudée qui évolue en symbiose. “Je vis tout avec eux, on dialogue beaucoup, on partage nos événements. Ce n’est pas une entreprise mais plutôt une famille”.

Une première au SIEL
Installé au Royaume depuis trois ans, Pierre Pascual s’est rapidement fait une place dans le monde de l’édition du pays et s’identifie comme un éditeur marocain. À la question de savoir ce qu’il pense de la chaîne du livre au Maroc en tant qu’ancien éditeur en France, celui-ci nous rappelle qu’au Maroc la distribution est compliquée parce qu’il y a un monopole. Ainsi, “pour ne pas se faire avaler par les plus gros, les petits acteurs du livres travaillent en étroite collaboration”. C’est d’ailleurs cette proximité avec les acteurs du livre qui le ravit au Maroc. “Même si j’ai l’impression que la chaîne du livre au Maroc est plus dure, il y a une ouverture et une humanité qui me conviennent.

En France, tout se fait par internet et les rapports entre les différentes chaînes sont déshumanisés”, nous explique-t-il. Si beaucoup d’études démontrent que les Marocains restent peu friands des lettres, Pierre nous assure que le Maroc est un pays où on écrit beaucoup. “Il y a énormément de gens qui écrivent au Maroc et on me contacte souvent pour lire des textes. J’aimerai pouvoir propager autant de paroles d’une jeunesse marocaine intense connectée et vibrante”. Ce n’est pas pour rien que l’exploration de nouvelles idées et la mise en valeur du talent local sont le leitmotiv de la maison d’édition Le Sélénite.

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