L'école mise en examen

Entre un monolinguisme fermé et un multilinguisme ouvert, le choix est tout fait. Nous avons toujours un système éducatif à la carte et au porte-monnaie.

Jusqu’ici, les rentrées scolaires se suivaient et se ressemblaient. Les mêmes sujets revenaient pour faire inlassablement l’actualité d’un mois de septembre déjà encombré par d’autres rentrées qui n’ont pas eu lieu; comme pour dire que la gestion des affaires publiques attendra. La fin des vacances a sonné plusieurs fois. En vain. Et pourtant le parlement est en place, avec un taux d’absentéisme dû à la chaleur caniculaire. Une fois n’est pas coutume, la voix des écoles et des universités se fait entendre plus que les autres.

Certaines questions ont été tranchées a minima par quelques députés présents. En parallèle, ce sont près de 8 millions d’enfants qui prennent ou reprennent le chemin de l’école. Les 248 mille enseignants sont loin d’être majoritairement convaincus par le plan d’action de leur département de tutelle. À cela s’ajoutent les 937 mille étudiants de l’enseignement supérieur, dont 49% inscrits dans 23 universités. Sans trop dramatiser, ces chiffres sont objectivement impressionnants.

Tout au long de la précédente saison scolaire, on n’a cessé de parler de cette rentrée à haut risque, par la lucarne de la langue d’enseignement. On y reviendra pour tenter de dénouer un véritable noeud gordien. On parle un peu moins de cette rentrée au café de commerce du quartier où l’on ne croit plus à l’école publique. Les plus audacieux mettent dans le même sac toutes les écoles privées qui coûtent les yeux de la tête, parmi les plus cotées d’entre elles et les quelques surdoués de leur génération. Un indicateur très parlant. La loi cadre qui régit tout le système éducatif n’a été adoptée qu’à la dernière heure de la précédente session parlementaire. In extremis. Sinon on aurait eu une scolarité hors la loi. Quel était le motif de cette bataille rangée lors de l’ultime réunion de la commission chargée de l’enseignement et de la formation? Il ne s’agit pas moins que de la réforme d’un secteur d’activité vital où se joue l’avenir du pays, à travers ceux qui en auront la charge parmi les jeunes d’aujourd’hui.

L’objet du débat aux allures de forcenés concernait la langue d’enseignement: Le retour au français et autant que faire se peut l’usage de l’anglais en tant que véhicule de transmission pour les matières scientifiques, tels les mathématiques, la physique -chimie ou encore les sciences de la vie et de la terre. Cette ouverture vers les langues étrangères était censée être bénéfique.

La mondialisation et l’évolution des nouvelles technologies en matière de connaissance et de progrès scientifique, se déroulent sous nos yeux, pratiquement en temps réel et le plus souvent en anglais adopté comme langue universelle; en plus du français accessoirement. Niet, disent les adeptes d’une arabisation totale.

La langue d’Al Moutanabbi, entraînant dans son sillage la culture et la civilisation arabes, est, paraît-il, en danger. Un dialogue de sourds s’engage sur fond d’une guerre de tranchées quasi permanente. D’aucuns en font leur cheval de bataille. On y trouve de vieux briscards de la chose publique dont certains étaient eux-mêmes à la décision. Beaucoup d’entre eux, sinon la totalité, avaient pris soin de mettre leurs enfants dans un circuit éducatif bi- ou tri-linguistique. Cet analphabétisme monolinguiste, quelle que soit la langue unique de transmission, n’est pas passé. Il y a eu effectivement victoire du multilinguisme. Dans un discours royal d’ouverture d’une session parlementaire, le Souverain avait conseillé l’ouverture sur des langues et des cultures étrangères.

Tout est bien qui finit bien. Encore faut-il que le corps d’enseignement s’adapte à la nouvelle réalité linguistique. Combien de temps faudra-t-il pour un enseignant qui n’a jusqu’ici utilisé que l’arabe dans ses cours de sciences exactes?. Plus on a de quoi payer une maternelle multilingue, plus on gagne en qualité d’enseignement. Nous avons donc un système éducatif où le choix se fait à la carte et au porte monnaie.

Pour conclure, sur un point positif, il faut rappeler les ENS (Écoles normales supérieures) dispensatrices d’une formation bac plus quatre ou plus cinq, selon le parcours du candidat au métier d’enseignant, ce qui a permis d’obtenir un niveau de formation acceptable et perfectible, sans jamais rompre avec le multilinguisme.


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