Affaire du dérapage d'Echorouk TV: La guignolerie de trop

Personne ne s'attendait à ce que les attaques de certains médias algériens contre le Maroc iraient jusqu'à insulter l'institution monarchique. Le pas vient pourtant d'être franchi, en disant long sur le degré d'animosité que suscite désormais le Royaume et son Roi dans la voisine de l'Est.

Il faut le reconnaître d’emblée: Maroc Hebdo, en particulier, n’a jamais été tendre envers les dirigeants algériens. Non par anti-algérianisme, comme certains veulent persister à le croire -nous avons, au contraire, toujours tenu à faire la distinction entre le peuple algérien frère et le régime militaire qu’il subit et avions par exemple soutenu en 2019 le mouvement de protestation du Hirak-, mais parce que les concernés ont pleinement engagé depuis près de 60 ans les moyens économiques, stratégiques et diplomatiques de l’État pour déstabiliser le Maroc, et spécialement depuis novembre 1975 pour installer dans ses provinces historiques du Sahara une république fantoche étant sous leur coupe directe. Nous n’avons, ceci dit, jamais sacrifié les règles de bienséance et par exemple manqué de respect à un président algérien, car qu’on le veuille ou non celui-ci incarne au final l’État algérien et ses institutions et le critiquer doit, en dernier ressort, se faire de façon constructive et, surtout, objective -la loi marocaine interdit, de toute façon, d’offenser les chefs d’État étrangers.

Que la chaîne de télévision algérienne Echorouk TV se soit, de son propre chef ou sur ordre -on y reviendra-, laissée aller à diffuser sur l’édition du vendredi 12 février 2021 de son émission hebdomadaire Week-end story un soi-disant “sketch” clairement attentatoire envers la personne du Roi Mohammed VI, et à travers lui, envers le Maroc a, de ce fait, été d’abord surprenant, et, en dernière analyse, décevant.

“Marécage de la bassesse”
Car même si nous avions l’habitude des flèches décochées depuis l’autre rive de l’oued Kiss envers le Royaume -on pourrait même aller jusqu’à consentir que c’est de bonne guerre-, nous n’aurions jamais imaginé des médias algériens établis aller aussi loin. L’Association nationale des médias et des éditeurs (ANME), qui réunit la majorité des directeurs de publication et des chefs d’entreprises médiatiques nationales, a, elle, carrément taxé, dans un communiqué dont elle s’est fendue dans la journée du samedi 13 février 2021, Echorouk TV de “s’embourber dans le marécage de la bassesse et des insultes”, et elle n’est, hélas, pas loin de la vérité. Car comme elle l’a rappelé, “les attaques (...) à l’encontre des institutions marocaines (...) n’ont aucun rapport avec la déontologie du métier de journaliste et des médias”. “La fonction principale des médias lorsqu’ils abordent les affaires étrangères et les relations avec les voisins est de présenter un contenu pertinent qui sert le rapprochement et la coopération fraternels,” souligne-t-elle.

La réaction, sur les réseaux sociaux, de nombreux Marocains a également été vive, qu’il s’agisse de citoyens lambdas, de stars ou du personnel politique, à l’instar de Saâd Eddine El Othmani, qui a vu dans le contenu d’Echorouk TV une réponse algérienne aux “succès” enregistrés récemment par le Maroc eu égard à son intégrité territoriale, avec notamment la reconnaissance américaine du 10 décembre 2020 de la souveraineté du Royaume sur son Sahara -les chefs de parti, de Nizar Baraka de l’Istiqlal à Mohamed Nabil Benabdellah du Parti du progrès et du socialisme (PPS), ont aussi emboîté le pas au Chef du gouvernement. Le soir même où Echorouk TV diffusait l’émission incriminée, on voyait ainsi se propager sur ces réseaux, et ce comme une traînée de poudre, le hashtag #Le_Roi_est_une_ligne_rouge, un quotidien national estimant dans sa livraison du lundi 15 février 2021 qu’“à l’occasion de la Saint-Valentin (tombée la veille, ndlr) les Marocains faisaient part de leur amour au Roi”.

Certaines parties vont, bien sûr, et sans pour autant totalement la cautionner, défendre Echorouk TV et avancer qu’il s’agit d’une question de liberté d’expression et que, partant, elle peut dire ce qu’elle veut, mais ceci est difficilement plaidable quand on sait que celle-ci ne se hasarde par exemple pas à s’en prendre à Abdelmadjid Tebboune.

Charité bien ordonnée…
La chaîne avait ainsi déprogrammé, au mois de Ramadan dernier, la troisième saison de sa très populaire série Dakious et Makious, en dépit d’avoir pourtant déjà filmé quelque vingt épisodes, après qu’il se fut avéré que le président algérien n’y serait pas présenté sous le meilleur jour. Car charité bien ordonnée commence, comme dit l’adage, par soi-même, et quand par exemple en France les Guignols de l’info, qui semblent être la source d’inspiration d’Echorouk TV, ont, plus de vingt ans durant, tourné en ridicule les personnalités publiques du pays, cela ne s’est généralement jamais fait sur une base sélective ou de façon à plaire en haut lieu -les présidents français n’ont, au contraire, eux aussi jamais été épargnés.

Applaudissements forcés
Or que dès le premier épisode où Weekend story avait choisi, le 1er janvier 2021, de reprendre le concept des Guignols, elle avait ouvert le bal avec l’ancien président tunisien Moncef Marzouki, après que celui-ci eut pris fait et cause pour la marocanité du Sahara -Echorouk TV l’avait même accusé d’avoir été acheté par le roi Mohammed VI, tout en qualifiant à plusieurs reprises la présence du Maroc dans la région d’“occupation”. Puis ce fut la semaine d’après, le 8 janvier 2021, M. El Othmani, catalogué, lui, de menteur en raison de son appui et celui de son Parti de la justice et du développement (PJD), dont il est le secrétaire général, au rétablissement des relations diplomatiques avec Israël, en laissant entendre que le concerné et, plus globalement, le Maroc lâchaient ainsi le peuple palestinien -ce qui n’est pas plus faux puisque le roi Mohammed VI avait bel et bien insisté, au cours des différents échanges qu’il a eu au cours des dernières semaines avec le président palestinien Mahmoud Abbas, que le Royaume continuait de considérer la cause palestinienne au même titre que sa cause nationale du Sahara.

Ceci remet en tout cas en question la finalité prétendument purement humoristique de la démarche d’Echorouk TV, dont la rubrique ne fait d’ailleurs même pas rire l’assistance sur ses plateaux en dehors de quelques rares applaudissements qui semblent tous forcés. La seule conclusion qu’on peut, en effet, tirer est que la chaîne poursuit plutôt un agenda hostile au Maroc, et plus précisément à son intégrité territoriale. Car le fil commun qu’on trouve à chaque fois est celui du Sahara marocain, accréditant par là même la lecture de M. El Othmani quant au fondement de cette campagne d’Echorouk TV, puisqu’on ne saurait l’appeler autrement.

Et le pire, c’est que celle-ci, pour ce faire, cède allègrement à l’intox: la chaîne assure par exemple que la reconnaissance US de la marocanité du Sahara aurait simplement consisté en un tweet de Donald Trump, devenu nul et non avenu avec le départ de ce dernier le 20 janvier 2021 de la présidence des États-Unis, alors qu’il s’est en réalité agi de tout un ordre exécutif qui avait été signé par l’ancien locataire de la Maison-Blanche. Comment, autrement, expliquer que malgré le changement de pouvoir à Washington et la prise de commande de Joe Biden, un consulat américain ait toujours pignon sur rue à Dakhla?

Dans le même sillage, le présentateur de Weekend story, Billel Kabache, a affirmé dans l’épisode consacré au roi Mohammed VI que “la plupart des pays africains, et en Europe, et dans le monde” -il avait même commencé au départ par dire “tous les pays africains”, avant de se raviser- reconnaissaient la soi-disant “République arabe sahraouie démocratique” (RASD), au nom de laquelle le mouvement séparatiste du Front Polisario revendique la partie du Sahara marocain anciennement colonisée par l’Espagne. Ce qui voudrait dire qu’à partir de vingt-neuf pays sur 193 internationalement reconnus, l’on a déjà atteint la majorité des pays -bien des théorèmes mathématiques pourraient, avouons-le, être ainsi mis à mal.

Les mathématiques mises à mal
Une telle escalade médiatique est, en tout cas, bien regrettable, d’autant plus qu’Echorouk TV ne fait pas figure d’exception dans le paysage journalistique algérien. L’on voit ainsi, depuis le mois de novembre 2020, l’agence officielle Algérie presse service (APS) consacrer, selon un décompte du ministère des Affaires étrangères marocain, sept dépêches par jour en moyenne à la soi-disant guerre que mènerait le Polisario contre les Forces armées royales (FAR), allant même jusqu’à rapporter le 9 février 2021 la mort de trois éléments de ces dernières dans la région du Djebel Ouarkziz, dans le Sud.

Le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement algérien, Ammar Belhimer, avait d’ailleurs luimême reconnu, dans une interview publiée le 8 février 2021 dans le quotidien El Massa, l’existence de ce battage contre le Maroc en déclarant que “ce que font [les] médias [algériens] qui fournissent des informations et des nouvelles fiables est devenu un inconvénient pour le régime marocain et affecte l’opinion populaire au Maroc”.

Ce qui semble, in fine, donner raison au ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, qui avait regretté, lors du point presse qu’il avait donné le 7 février 2021 à Rabat à l’occasion de la clôture du 34ème sommet de l’Union africaine (UA), que la question du Sahara soit “presque devenue la question nationale prioritaire de l’Algérie”. Car il faut dire que les médias algériens eux-mêmes ne sont que le relais d’une machinerie qui s’est accentuée depuis l’élection, en décembre 2019, de M. Tebboune.

La soi-disant guerre
Ce dernier avait ainsi, dès sa campagne, fait du Maroc une cible de choix, jouant là sans doute sur une corde sensible auprès de l’establishment militaire, véritable tenant du pouvoir comme l’avait montré la façon dont le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), Ahmed Gaïd Salah, avait “démissionné” Abdelaziz Bouteflika de son poste de président en avril 2019. M. Tebboune avait à cet égard exigé dans le quotidien français L’Opinion “des excuses” de la part du Royaume pour avoir selon lui expulsé 350.000 Algériens suite aux attaques terroristes de l’hôtel Atlas Asni de Marrakech du 24 août 2019, commettant là une confusion avec le nombre de Marocains qui, eux, avaient vraiment été conduits en décembre 1975 aux frontières par le président Houari Boumediène suite à la récupération de la région de Saguia El Hamra.

Et, suite à son investiture, le nouveau chef d’État algérien n’a, malheureusement, pas fait varier d’un iota ses positions anti-marocaines, ce qu’a notamment illustré son discours de mai 2020 à l’Organisation des Nations unies (ONU) comparant la situation au Sahara à celle des colonies israéliennes en Palestine. Son ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, vient, lui, de consacrer, ce mois de janvier 2021, tout une tournée en Afrique -en Afrique du Sud, au Lesotho, en Angola et au Kenya, suivis aussi d’un voyage en République démocratique du Congo (RDC)- n’ayant pour seul objectif que le maintien de la soi-disant “RASD” au sein de l’UA, dont elle est menacée d’expulsion (on se demande d’ailleurs comment Alger ose continuer de rejeter son statut de partie prenante dans le conflit saharien).

Ce que la voisine de l’Est doit cependant comprendre, c’est que le Maroc ne la voit pas comme adversaire mais plutôt comme partenaire d’avenir dans le cadre de l’Union du Maghreb arabe (UMA). Les discours du roi Mohammed VI ont, à ce propos, toujours été clairs et sans ambages, et notamment celui qu’il avait donné le 6 novembre 2018 à l’occasion du 33ème anniversaire de la Marche verte en faveur de la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation.

Le véritable ennemi
Une “main tendue” réitérée six mois plus tard dans le discours du Trône du 29 juillet 2019, plaidant dans ce sens les “liens de fraternité, de religion, de langue et de bon voisinage” entre les peuples marocain et algérien. L’ennemi de l’Algérie, si elle sent en avoir autant besoin, c’est plutôt son économie dépendante des cours internationaux du pétrole et qui ne peut que bénéficier d’une intégration pleine avec celle du Maroc, comme l’avait éloquemment démontré un rapport d’octobre 2008 de l’Institut Peterson pour l’économie internationale.

Son ennemi, ce sont des voisins faillis, comme elle en sait déjà quelque chose avec la Libye et le Mali, et non un Maroc au faîte de sa puissance sur lequel elle peut compter pour faire face aux nombreux défis qui frappent le Maghreb et avec qui elle peut être à la région ce que le couple franco- allemand est à l’Union européenne (UE). Puisse donc El Mouradia un jour entendre raison...

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