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L’eau, un problème de gestion avant tout?

Les chiffres montrent des dérèglements dans les politiques publiques de l'eau

La sécheresse et le manque d’eau inquiètent de plus en plus au Maroc, alors que l’année 2021-2022 a été l’une des plus faibles en précipitations. Si le ciel semble de moins en moins clément, c’est surtout au niveau de la gestion des ressources disponibles que se pose le problème.

“Le changement climatique n’est pas un sujet théorique ou un objet de débat rhétorique. C’est une réalité dure et implacable, qui sévit par des sécheresses de plus en plus fréquentes, de plus en plus intenses et de plus en plus dévastatrices”. Voilà donc une fraîche et indispensable piqûre de rappel, contenue dans le discours adressé par le roi Mohammed V aux participants à la 15ème Conférence des Parties sur la désertification et la sécheresse (COP15) à Abidjan, du 9 au 20 mai 2022.

Et les chiffres, qui ne mentent pas, comme on dit, devraient pousser le Maroc à prendre encore plus au sérieux la menace du dérèglement climatiques et ses effets. Moins de 600 m3, c’est la part d’un Marocain en eau potable actuellement, contre 2.000 m3 en 1960. En passant sous la barre des 1.000 m3, le Royaume se retrouve officiellement en situation de stress hydrique. Mais cette chute montre plus que tout que la sécheresse s’installe au Maroc et devient un problème structurel plus que conjoncturel. Les années les plus humides qui surviennent de temps à autre ne peuvent pas cacher la réalité des choses.

Le pays ne peut donc plus se permettre certains luxes très gourmands en eaux, comme les piscines, les golfs et autres espaces verts artificiels généreusement arrosés avec de l’eau potable, mais surtout certaines pratiques irresponsables dans le secteur de l’agriculture, qui s’accapare à lui seul 87% de la consommation directe annuelle en eau dans le Royaume, selon des données rendues publiques en 2020 par le Haut-Commissariat au plan (HCP), loin devant les administrations publiques, l’éducation, et la Santé (5%), le BTP (2%), le commerce (1%), l’électricité & eau (1%) et Hôtels & restaurants (1%). Les 3% restants sont partagés entre d’autres secteurs. Pis, la même source précise que la consommation d’eau par les différentes filières agricoles et de pêche reste élevée par rapport à leurs productions, ce qui en fait des secteurs économiques à faible efficacité en termes d’utilisation de l’eau.

Une agriculture gourmande en eau
La question qui se pose alors est si le problème réside plus dans la sécheresse, ou bien dans la gestion des ressources en eau. Pour Mohamed Saïd Karrouk, professeur de climatologie à l’Université Hassan II de Casablanca, la réponse est claire: le Maroc aurait pu éviter la situation actuelle s’il disposait d’une meilleure politique de gestion de ses ressources en eau. “On a attendu cette année pour crier à la sécheresse alors que les niveaux des barrages montrent que la vague actuelle a commencé il y a quatre déjà. Les pouvoirs publics agissent comme si on était un pays qui reçoit des précipitations importantes tout le temps”, martèle-t-il. Pour lui, il faut être précis avant de commencer à essayer de trouver des solutions. Dans le contexte actuel en 2022, il faut parler du manque d’eau causé par la mauvaise gestion, alors que la sécheresse remonte à 2018.

Et pour préparer le terrain aux solutions au manque d’eau et à la sécheresse, il faut surtout commencer par préserver les milieux les plus fragiles, notamment les oasis mais aussi les forêts, de sorte que l’avancée du désert, qui est un phénomène régional et planétaire qui dépasse le Maroc, soit maîtrisée. Une amélioration dans ce sens nécessite une application urgente et plus stricte des avancées sur le plan juridique en matière de lutte contre la désertification et la détérioration des milieux naturels.

“On utilise les milieux de manière hasardeuse, pour l’habitat ou pour des activités économiques et on commence à faire n’importe quoi. Je donne l’exemple de la région d’Agadir où l’agriculture a explosé à partir des années 1980, monopolisant la nappe phréatique et appauvrissant par conséquent les campagnards de la région qui ont été obligés de fuir. De cette manière on a détruit tout un système socio-culturel qui existait. Il a fallu attendre la fin des années 1990 pour sauver la situation en baissant la dépendance de la nappe phréatique et le recours aux barrages”, explique Mohamed Saïd Karrouk.

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