Cette eau qui se fait de plus en plus rare

Le droit à l’eau potable est plus que jamais à l’ordre du jour.

Au moment où le droit à l’eau vient d’être adopté à Dakar lors du 9e Forum mondial de l’eau, le Maroc peut se prévaloir d’être l’un des rares pays africains où l’accès à l’eau potable en milieu rural a atteint 97% en 2018. N’empêche que cette performance ne réduit en rien l’impact du stress hydrique sur le pays. Stress hydrique d’autant plus inquiétant qu’un rationnement de l’eau potable n’est pas à exclure dans les villes.

Le Maroc est, en effet, plus que jamais confronté à une importante pénurie d’eau due à l’augmentation de la demande en eau et à la réduction des précipitations induites par le changement climatique. Au cours des 30 dernières années, une sécheresse se produit en moyenne tous les 3 ans au Maroc, créant une volatilité de la production agricole qui est la principale contrainte à l’expansion du secteur. Les Marocains n’ont accès qu’à 600 mètres cubes d’eau par personne et par an, soit bien moins que les 2.600 mètres cubes dont ils bénéficiaient dans les années 1960.

Néanmoins, le Maroc n’est pas dépourvu de moyens. Il dispose, en effet, d’un potentiel en ressources hydriques estimé à 22 milliards de mètres cubes par an. À ce titre, il figure parmi les 20 pays les plus «stressés» au monde en termes de disponibilité de ces ressources. Les eaux superficielles et souterraines mobilisées sont utilisées principalement dans l’irrigation (jusqu’à 88%), tandis que la fourniture d’eau potable et la satisfaction des besoins des autres secteurs économiques sont assurées à travers les 12% restants.

Du coup, le Marocain ne dispose en moyenne que de 550 litres par an, contre un ratio de 1.200 litres par personne par an recommandé par les Nations Unies. Plusieurs études ont montré que la diminution des réserves d’eau au Maroc est le résultat d’une combinaison de facteurs environnementaux, d’une forte demande et de la surexploitation des eaux souterraines pour l’agriculture. La pénurie d’eau au Maroc est profondément liée à la façon dont l’eau est utilisée pour l’irrigation, qui consomme environ 80% de l’eau du Maroc chaque année.

Par ailleurs, stress et pénuries hydriques, ce n’est pas la faute à la pluviométrie. «Gaspillage, déficit de valorisation, retard dans la réalisation d’infrastructures, insuffisance de coordination et difficultés d’accès aux financements appropriés». Tels sont, entre autres, les dysfonctionnements relevés par le dernier rapport de la Cour des comptes sur la gestion de l’eau au Maroc. Dès lors, la Cour des comptes s’est penchée sur la gestion de cette ressource vitale et stratégique en 2019, notamment pour voir ce qui ne va pas et ce qu’il faut faire, entre autres, pour rehausser ce ratio vers la norme internationale recommandée.

C’est dans cet esprit et pour affronter le stress hydrique et la situation de sécheresse actuelle que le ministère de l’Équipement et de l’eau vient de lancer un plan d’urgence pour l’approvisionnement en eau potable. Plan qui prévoit la construction de 120 petits barrages, également appelés barrages ou lacs collinaires entre 2021 et 2023. Ces petits barrages seront mis au service des projets d’alimentation en eau potable, de l’irrigation agricole, de l’abreuvement du cheptel, de la recharge de la nappe phréatique et de la protection contre les inondations.