DUR, LE CONFINEMENT QUI DURE !

EL OTHMANI AU PARLEMENT, FIER DE LA RECONDUCTION DE L’ÉTAT D’URGENCE SANITAIRE

Ce qui est à retenir, c’est que le gouvernement a encore usé de sa tactique de fuite des informations et de textes de décrets ou de lois, soit pour sonder au préalable la réaction du peuple, soit pour faire accepter une décision impopulaire. Cette fois, pour prolonger, de manière injustifiée, un confinement déguisé. Bon gré mal gré.

“Marocains, je vous félicite”. Par ces propos, le Chef du gouvernement a débuté, le 10 juin 2020, son discours devant le Parlement après avoir déjà pris la décision de prolonger l’état d’urgence sanitaire au 10 juillet 2020. En effet, c’est vers 20 heures que le communiqué officiel des décisions prises lors du conseil de gouvernement tenu le 9 juin, est tombé. Malgré le maintien de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 10 juillet, le gouvernement a mis en place une série de mesures d’allègement du confinement en divisant le pays en deux zones. Celle “disciplinée”, ou plutôt qui n’a eu aucun cas, est déconfinée. Celle “indisciplinée”, dite zone 2, mérite encore un confinement prolongé, qui sera néanmoins allégé. Il fallait attendre tard dans la nuit pour qu’un communiqué conjoint, de l’Intérieur et de la Santé, donne plus de détail.

S’agissant de la zone 1 (régions de l’Oriental, de Béni Mellal- Khénifra, de Drâa-Tafilalet, de Souss-Massa, de Guelmim- Oued Noun, de Laâyoune-Sakia El Hamra, de Dakhla- Oued Eddahab ainsi que la préfecture de Mdiq-Fnideq et les provinces de Tétouan, Fahs-Anjra, Al Hoceima, Chefchaouen, Ouezzane, Meknès, Ifrane, Moulay Yacoub, Sefrou, Boulemane, Taounate, Taza, Khémisset, Sidi Kacem, Sidi Slimane, Settat, Sidi Bennour, Chichaoua, El Haouz, Kelâa des S’raghna, Essaouira, R’hamna, Safi et Youssoufia), la circulation est libre, sans autorisation. Les salons de coiffure et d’esthétique rouvrent là, avec 50% de la capacité d’accueil. Les espaces publics en plein air aussi.

Concernant la zone 2, (Casablanca, Mohammedia, Rabat, Salé, Skhirate-Témara, Tanger-Assilah, Marrakech et Fès ainsi que les provinces de Larache, El Hajeb, Kenitra, El Ja- DUR, LE CONFINEMENT QUI DURE ! dida, Nouaceur, Mediouna, Benslimane et Berrechid), le confinement et la circulation avec autorisation perdurent. Seul changement, la fermeture des commerces est prévue à partir de 20h. Mais ce qui est à retenir, c’est que le gouvernement a encore usé de sa tactique de fuite des informations et de textes de décrets ou de lois, soit pour sonder au préalable la réaction du peuple, soit pour faire accepter une décision impopulaire. Avant le début du conseil de gouvernement du 9 juin 2020, le décret de prorogation a circulé partout, indiquant la date du 8 août. Puis, finalement, on nous annonce que l’état d’urgence sanitaire n’a été prolongé “que” jusqu’au 10 juillet.

Coup de massue pour l’économie
Le fait de faire fuiter des informations a permis de faire accepter une prorogation de 1 mois plutôt que de 2 mois. Un est mieux que deux. Un allègement de ce qui est considéré par la grande majorité des Marocains et des hommes d’affaires comme une “sanction” et un coup de massue pour l’économie nationale et particulièrement le tourisme (aussi bien étranger que national).

Puis, en s’adressant au Parlement, M. El Othmani n’avait pas de nouveauté à annoncer. Tout était déjà connu. Le peuple autant que ses représentants ont appris ou subi la décision. Bon gré, mal gré. Et comme pour égayer l’atmosphère tendu au Parlement, M. El Othmani commence par son introduction dont il a déjà usé lors de deux précédents événements similaires: “Je félicite les Marocains pour leur adhésion et leur engagement, ce qui a permis au Maroc d’éviter le pire”. Ce leitmotiv lancinant revient pour la troisième fois dans le discours préparant l’annonce d’une nouvelle phase de prorogation des mesures du confinement. Dans son discours redondant, il évoque de nouveau les fameux indicateurs dont son ministre de la Santé et luimême ne sont jamais satisfaits.

Cette fois, il dit qu’ils sont très encourageants, mais toujours pas assez. Sur les cas de contamination, 2,5% seulement nécessitent un suivi et les cas de réanimation occupent seulement 1% de la capacité des établissements de santé. Si la France avait eu ces chiffres il y a deux mois, elle aurait mené une large campagne de communication pour attirer davantage de touristes. En vérité, M. El Othmani emploie une stratégie de confusion. Toujours à quelques jours seulement de la fin de la phase de confinement, les chiffres des cas de contamination repartent comme par hasard à la hausse. Ceux des rémissions ou des guérisons à la baisse. Pour lui, et seulement pour lui, le gouvernement avait toujours une feuille de route établie et claire. Pour les Marocains, c’est au flou total et au suspens jusqu’à la dernière minute qu’ils ont eu affaire.

Stratégie de confusion
Et, pour boucler cette plaisanterie de mauvais goût, où les téléspectateurs sont pris pour des “imbéciles”, M. El Othmani invite les Marocains à remercier le bon Dieu d’avoir trouvé de quoi manger pendant cette crise sanitaire. Comme s’ils n’ont d’autre raison d’exister dans ce monde que manger. “Hamdoulilah” M. El Othmani, grâce à vous, les Marocains ont maintenant la certitude qu’ils auront encore de quoi manger pour tout le temps de prolongation que vous estimerez nécessaire de les maintenir enfermés entre quatre murs.

Pour la classe politique, aucune réaction ou presque pour l’heure. Comme de coutume depuis le début de cette crise. Maroc Hebdo a tenté de faire réagir les ténors de certains partis, de la majorité et de l’opposition. Mohamed Sajid (Union constitutionnelle), Mhaned Laenser (Mouvement Populaire) étaient restés injoignables. Driss Lachgar, Premier Secrétaire de l’USFP, a répondu, de manière évasive, pour dire que son parti a créé une plateforme d’orientation pour l’encadrement du dialogue Ittihadi concernant la conjoncture actuelle et a adressé une note au Chef du gouvernement et au ministre des Finances concernant la loi de finances rectificative 2020. Mais quel rapport avec la réaction attendue à la nouvelle annonce?

Seuls Benabdellah, SG du PPS, et Samir Goudar, membre du bureau politique du PAM, ont apporté une réaction à la hauteur. C’est dire que cette décision gouvernementale à laquelle aucune partie prenante n’a été associée cache mal des enjeux électoralistes, politiques et économiques. Et même quand on parle d’enjeux économiques, ils sont autres que ceux qui hantent le gros des hommes d’affaires marocains, scandalisés qu’ils sont par cette décision qui s’apparente à une volonté de tuer l’économie en général.


1 commentaire

  • Ali

    10 Juin 2020

    Et si l'objectif etait de maintenir la population confinée quand Israel annoncera l'annexion de 30% de la Cisjordanie.? Et si ils avaient peur de la réaction populaire ?

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