Droits des enfants nés hors mariage au Maroc: Les associations portent le combat

De nombreux mouvements associatifs militent depuis plusieurs années pour le respect des droits des mères célibataires et de leurs enfants.

Près de 40.000 enfants naîtraient chaque année de relations extraconjugales au Maroc. La plupart d’entre eux sont abandonnés par leurs mamans et non reconnus par leurs pères. Privés de chaleur familiale, ils élisent domicile dans la rue et s’exposent à plusieurs dangers, notamment la pédophilie, la délinquance juvénile et le trafic d’êtres humains.

De nombreux mouvements associatifs militent depuis plusieurs années pour le respect des droits des mères célibataires et de leurs enfants. L’une des pionnières dans ce combat, c’est l’association «Solidarité féminine», créée en 1985 par la célèbre Aicha Ech-Chenna, qui a beaucoup contribué à l’amélioration de leur situation.

On peut citer aussi l’association «100% Mamans», basée à Tanger et qui s’active dans ce domaine depuis 2006. Dans un reportage diffusé mi-mai 2018 sur la chaîne TV5 monde, Soumaya Merzaq (33 ans à l’époque), enfant née hors mariage, expliquait la souffrance qu’elle endurait dans la société. «Quand j’avais 14 ans, je me demandais où était mon père.

Tous les enfants de mon âge allaient à l’école, moi, j’y allais juste pour écouter (…) Personne ne me parlait, ils demandaient tout le temps après mon père, et j’évitais toujours la question», déclare Soumaya. «Quand je voyais mon père, je me disais qu’il allait avoir pitié de moi et dire “non, c’est ma fille, comme ses frères et soeurs je vais l’inscrire à l’état civil”.

Si j’avais eu mes papiers quand j’étais petite j’aurais pu apprendre des choses! Tout ça c’est trop, c’est trop ! C’est immoral de laisser des enfants sans rien!», se rappelle-t-elle. Celle qui était «petite bonne» à l’âge de 8 ans a pu se refaire une nouvelle vie grâce à l’association qui l’a intégrée dans son atelier de formation en couture et permis d’exprimer son ressenti sur les ondes de la radio «Mères en ligne», qu’elle a lancée en 2017 pour recueillir les témoignages d’enfants illégitimes et de mères célibataires.

Le reporter a également recueilli l’avis d’Ahmed Khamlichi, directeur de Dar EL Haddith El Hassania, l’école publique des Hautes Etudes Islamiques à Rabat, sur le refus de paternité. «Mon seul objectif est, lorsque c’est biologiquement prouvé, que la filiation d’un enfant soit reconnue. Les parents doivent assumer ensemble leur devoir envers cet enfant, c’est ce que je défends et ce que je dis», déclare-t-il.

Les mères célibataires qui mettent au monde ces enfants, en particulier celles ayant contracté ces grossesses dans des situations très particulières, vivent également un véritable calvaire. Malgré le regard méprisant de la société, elles ne peuvent recourir à l’avortement, une pratique interdite au Maroc.