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Driss Lagrini : "La suspension par l'Algérie de l’accord d’amitié avec l’Espagne est une décision irréfléchie"

Entretien avec Driss Lagrini, professeur des relations internationales à l’université Cadi Ayyad de Marrakech.

Directeur du laboratoire des études constitutionnelles et des analyses des crises et des politiques à la faculté de droit de Marrakech, Driss Lagrini analyse pour Maroc Hebdo la dernière décision du régime algérien concernant ses relations avec l’Espagne.

Quelle lecture faites-vous de la décision de l’Algérie, mercredi 8 juin 2022, de suspendre l’accord de coopération et d’amitié la liant à l’Espagne?
Cette décision confirme à mon avis le fait que malgré ses dénégations, l’Algérie est concernée, voire impliquée directement dans l’affaire du Sahara marocain et fait tout pour que le processus onusien de règlement de ce dossier soit bloqué. Et ce, alors que le Maroc n’a eu de cesse d’adopter des positions positives à l’égard des parties prenantes de ce conflit factice.

Contrairement à l’Algérie, le Maroc tente de trouver une solution qui permette d’instaurer un climat de coopération régionale en proposant l’initiative d’autonomie élargie au Sahara. Laquelle initiative jouit du soutien répété du Conseil de sécurité et de la majorité des Etats de par le monde. La décision d’Alger de suspendre l’accord de coopération et d’amitié avec l’Espagne s’explique aussi par la nouvelle position espagnole à l’égard de la marocanité du Sahara.

Une position annoncée, le 14 mars 2022, et en vertu de laquelle Madrid considère désormais que l’initiative marocaine d’autonomie est la solution la plus juste et la plus réaliste possible au conflit. Ce que le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a réitéré mardi 7 juin devant le parlement de son pays. Ce qui a gêné davantage Alger, la poussant dans ses derniers retranchements. Résultat, les dirigeants algériens ont décidé de pratiquement rompre les relations avec l’Espagne.

La diplomatie algérienne a perdu beaucoup de terrain par rapport aux avancées du Maroc. Au moment où l’Algérie a publié son communiqué ce mercredi, deux autres pays africains ont annoncé l’ouverture de leur représentation diplomatique au Sahara…
Il faut dire que depuis des années, la diplomatie marocaine engrange les victoires. Le ralliement de dizaines de pays à la proposition marocaine, voire la reconnaissance par plusieurs pays de la marocanité du Sahara n’est pas une prise de position irréfléchie. Au contraire. Il s’agit d’une décision mûrement réfléchie faisant suite au travail sur le terrain fourni par le Maroc, aussi bien pour ce qui est des projets de développement lancés dans les villes du Sahara que sur le plan de l’action diplomatique. La communauté internationale est consciente que le morcellement des pays ne conduit qu’à l’instabilité.

L’exemple du Soudan du Sud, pour ne citer que ce pays, est toujours dans les esprits. Ceci alors que l’initiative marocaine d’autonomie répond à la volonté du Maroc de préserver son intégrité territoriale tout en permettant une large autonomie aux populations du Sahara marocain. La communauté internationale a opté pour la position marocaine vu le danger caché derrière la position algérienne et des séparatistes du Polisario.

On a l’impression que la diplomatie algérienne est devenue depuis quelques années une machine à produire des réactions épidermiques loin de toute considération diplomatique….
La diplomatie d’un pays ne peut être à la hauteur des enjeux des relations internationales et en mesure de respecter les règles régissant les relations bilatérales sans que ledit pays ne dispose d’institutions démocratiques et sans que le régime dirigeant ce pays ne bénéficie de la légitimité requise en interne d’abord et aux yeux de la communauté internationale ensuite. Le régime algérien est décrié en interne depuis des années pour ne pas dire des décennies, le Hirak algérien appelant à la démocratie est toujours en vie. Les institutions du pays manquent de légitimité populaire et politique.

Il y a un petit cercle qui décide et ses décisions obéissent plus aux intérêts des caciques du système qu’aux intérêts du peuple algérien. C’est normal dans ce contexte là que la diplomatie algérienne réagisse de la sorte avec la multiplication de décisions contre-productives pour le pays: les attaques visant l’Espagne, l’arrêt du gazoduc Maghreb-Europe et j’en passe. En parallèle, on a vu la réponse espagnole: une véritable leçon de diplomatie. Le gouvernement espagnol a dit regretter la décision algérienne et a insisté sur le fait que l’Algérie reste un partenaire et un pays ami de l’Espagne…

Et le peuple algérien dans tout cela?
Comme je vous l’ai dit, il y a le Hirak qui continue pour instaurer la démocratie. Mais en attendant le régime mène des politiques servant ses intérêts et entraîne le pays dans des situations de crise inextricables. Des situations coûteuses sur le plan politique et économique pour le pays.

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