Driss Jettou veut taper fort

Dirss Jettou, président de la Cour des comptes.

La Cour des comptes présente quatre dossiers à la Justice


L’ancien Premier ministre entend marquer son mandat à la tête de la CC par des actions fortes en Justice qui vont dans le sens du respect du principe de reddition des comptes.

La Cour des comptes émet certes des rapports accablants sur la gestion des établissements publics mais on lui a souvent reproché de ne pas engager des poursuites judiciaires pour juger leurs responsables. Son combat contre la criminalité financière est ainsi décrit comme inoffensif et inefficace. Seulement, début septembre 2018, quelques semaines après avoir rendu public son dernier rapport où elle épingle un certain nombre d’institutions financières de premier plan, la Cour des comptes a voulu rompre avec cette réputation en transmettant au Parquet général quatre affaires qui risquent d’aboutir à des poursuites pénales.

Ces affaires touchent, entre autres, l’Agence nationale de l’assurance maladie obligatoire (ANAM), la commune rurale de Tikki, dans la région d’Agadir, et le centre d’immatriculation des véhicules à Tétouan. Organisme public institué par l’Etat pour gérer l’assurance maladie obligatoire, l’ANAM a traversé ces derniers temps des périodes tumultueuses avec notamment l’incarcération de son directeur général, Jilali Hazim, condamné, le 5 décembre 2017, par la chambre criminelle de première instance chargée des crimes financiers près de la Cour d’appel de Rabat à dix mois de prison ferme pour corruption. L’ANAM plonge une nouvelle fois dans la tourmente financière avec les révélations de la Cour des comptes. Celle-ci reproche en effet aux responsables de l’ANAM d’avoir engagé des dépenses fictives entre 2014 et 2016. Il s’agit, entre autres, de frais de logement et de restauration fournis dans le cadre de sessions de formation et conférences au profit des agents et employés. C’est probablement le plus gros dossier présenté par la Cour des comptes à la Justice, après l’affaire ONDA, qui a conduit à la condamnation de son ancien directeur général, Abdelhanine Benallou, à 5 ans de prison ferme. Concernant la commune rurale de Tikki, située à une soixantaine de kilomètres du centre d’Agadir, elle est accusée d’avoir présenté des attestations d’assurance erronées dans le cadre d’un appel d’offres public.

Quant au centre d’immatriculation des véhicules à Tétouan, les griefs retenus contre lui portent sur l’enregistrement et l’immatriculation de véhicules et de voitures présentés comme neufs et l’utilisation de données erronées lors de ces opérations. Il est également reproché à ce centre public d’avoir modifié des données relatives aux spécifications des voitures au moment d’enregistrer des opérations de transfert de propriété. Le président de la Cour des comptes, Driss Jettou, ne compte pas en rester là. Des sources bien informées parlent de dix autres dossiers qui sont en cours de préparation pour être présentés à la Justice. Il s’agit, entre autres, de huit académies régionales de l’éducation et de la formation, de l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC) et la cité universitaire de Béni Mellal. C’est certainement une manière pour l’ancien Premier ministre de marquer son mandat par des actions fortes en Justice qui vont dans le sens du respect du principe de reddition des comptes tant défendu ces derniers temps par la plus haute autorité de l’Etat.

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