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Driss El Azami : "Les promesses d’Akhannouch étaient trop ambitieuses"

Entretien avec Driss El Azami, cadre du parti de la justice et du développement et ancien ministre du budget.

Passé du côté de l’opposition suite à la défaite au scrutin du 8 septembre 2021, Driss Azami, ancien ministre PJD du budget, tire à boulets rouges sur le gouvernement Akhannouch et son bilan économique.

Le gouvernement Akhannouch a bouclé sa première année d’existence. Quel bilan en dressez-vous?
Avant de parler du bilan de la première année du gouvernement actuel, il faut noter que son chef, Aziz Akhannouch, ne cesse d’essayer de mettre ses échecs sur le dos des précédents exécutifs menés par le PJD. C’est du jamais vu dans notre histoire politique dans les relations entre les gouvernements successifs. Je comprends qu’il puisse avoir des critiques à l’encontre de notre passage à la tête du gouvernement, mais pas au point de nous accuser de tous les maux. Ironiquement, le Chef du gouvernement fait actuellement l’éloge des réformes auxquelles il s’opposait ou qu’il disait vouloir réviser quand le PJD les avait adoptées, comme la réforme de la Caisse de compensation; ou proposées, comme le soutien direct ciblé aux catégories les plus démunies. Nous regrettons également l’effacement du gouvernement actuel face à la forte hausse des prix depuis quelques mois qui met à mal le pouvoir d’achat de la population.

Qu’en est-il des promesses électorales de la majorité?
C’était des annonces trop ambitieuses, notamment sur le plan des dépenses. Nous avons un gouvernement à l’esprit dépensier. Il n’a toutefois réalisé aucune de ses promesses, qui ne sauront être mises en place sans une véritable réforme sur le plan des recettes. Le Chef du gouvernement doit comprendre qu’il n’est plus un simple ministre. Quand on est responsable d’un seul département, le premier défi consiste à obtenir le plus grand budget possible auprès des Finances. Mais un chef de l’Exécutif doit raisonner selon une logique de créations de recettes, et pas seulement dépenser.

Quelles sont les pistes envisageables pour renflouer les caisses de l’État dans ce contexte difficile?
Le gouvernement a plusieurs options, notamment à travers la loi-cadre sur la réforme de la fiscalité, qui prévoit plusieurs mesures comme l’élargissement de l’assiette fiscale, la révision des dépenses qui n’ont aucune utilité économique ou sociale, le contrôle fiscal plus strict, l’inclusion du secteur informel. Et puis il faut s’atteler à la rationalisation des dépenses en passant en revue les dépenses publiques dont certaines ont été établies il y a plusieurs années dans un contexte particulier qui n’est plus d’actualité.

Au vu de votre lecture de la situation actuelle, quel avenir pour la paix sociale?
À ce niveau-là, le problème le plus pressant est celui de la hausse des prix des denrées et autres produits de base. Et le gouvernement a commis deux grandes erreurs à ce propos. La première est de l’ordre de la communication. Une équipe gouvernementale doit dire la vérité au peuple tout en présentant des explications sur la situation. La seconde erreur est liée à la quasi-absence de mesures susceptibles d’atténuer les effets de la flambée des prix.

Justement, le gouvernement est souvent attaqué sur sa communication et son image…
Il y a une grande défaillance, un paradoxe au niveau de la communication. D’un côté, le Chef du gouvernement adopte une politique du silence. Et pareil pour les partis de la majorité, qui ne défendent pas leurs ministres. Et, d’un autre côté, nous avons un porte-parole qui multiplie les sorties provocantes, et répond avec nonchalance aux questions brûlantes. Comment peut-il dire que la tomate coûte 2 dirhams le kilo, alors que les citoyens savent bien que c’est faux? Le discours d’un porte-parole du gouvernement est censé être clair et précis, car il s’adresse aux citoyens, aux différents acteurs nationaux, et même aux partenaires étrangers.

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