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Driss El Azami El Idrissi : "S'endetter, d'accord, mais dans quel but?"

Président du conseil national du PJD et député-maire de Fès, l’ancien ministre chargé du Budget revient sur la controverse qui l’oppose à Aziz Akhannouch suite à la proposition du ministre de l’Agriculture et président du RNI de dépasser le cap du Covid-19 à travers l’endettement public.

Votre réaction, par voie d’une tribune publique, à la proposition de Aziz Akhannouch de s’endetter pour dépasser la crise actuelle a fait couler beaucoup d’encre, et d’aucuns y ont vu une réponse politique plutôt qu’intellectuelle de votre part à cette proposition. Où se trouve la vérité, M. El Azami?
Je ne peux nier la double nature et politique et intellectuelle de ma réaction. Intellectuelle d’abord, car ma démonstration s’est faite sur la base d’arguments et de réalisations économiques tangibles de notre pays et non de simples points de vue. Ensuite politique, dans la mesure où il est évident que j’ai parlé à partir de mon expérience et de mon engagement politiques. Mais je dois aussi dire que j’ai été agréablement surpris par le débat suscité par la tribune pour m’opposer au choix de M. Akhannouch, lequel choix est selon moi non-viable pour notre pays au vu des nombreux sacrifices consentis au cours de la dernière décennie pour lui permettre d’assainir ses finances et lui assurer des gains d’attractivité et de compétitivité. Ce débat renseigne à mon avis sur la préoccupation des Marocains pour les choix fondateurs et novateurs devant présider aux politiques publiques de notre pays, et je considère cela comme un phénomène sain et même souhaitable.

Quand vous dites que le choix de M. Akhannouch est non-viable, vous faites référence à quoi exactement?
Pour moi, ce choix a davantage mis l’accent sur les moyens que sur les finalités. S’endetter, d’accord, mais à quel niveau, dans quel but et avec quelle efficacité de l’action et de l’investissement publics? Avons-nous fixé des objectifs qui nous appelleraient, voire nous commanderaient de sortir de la voie que nous nous sommes tracée et qui fait que notre pays est aujourd’hui considéré, et ce à juste titre, comme une référence dans la région? Car si nous pouvons aujourd’hui si facilement accéder à des financements comme la LPL sur laquelle vient de tirer le gouvernement pour faire face au choc sur les devises dû au Covid-19, c’est parce que nous avons su nous tenir à cette voie. Je ne dis bien sûr pas que le chemin de la rigueur budgétaire est le plus aisé, il est même le plus difficile à tenir.Ceci étant, il y a lieu de noter que les prévisions récemment publiées par le FMI ont déjà acté un niveau de déficit budgétaire au Maroc en 2020 à plus de 7% du PIB et un niveau de dette du Trésor à plus de 72% du PIB en 2020 et 2021. Ce qui veut dire que la crise et la réponse à cette crise auraient déjà coûté au budget et à la collectivité.

Mais même des tenants purs et durs du néolibéralisme économique sont aujourd’hui d’avis qu’il faudra faire sauter le verrou des 3% de déficit public permis et que les Etats devront au minimum compenser le déficit de croissance que le Covid-19 est en train de provoquer...
C’est une option, c’est vrai, mais que nous, au Maroc, nous ne pouvons pas nous permettre à outrance sans compromettre toutes les réalisations faites au plan macroéconomique. Nous ne pouvons pas nous comparer aux pays de l’UE ou aux Etats-Unis, qui, il faut se rendre à l’évidence, évoluent dans une sphère économique différente de la nôtre et qui ont surtout la possibilité de financer leur propre dette puisque c’est leurs monnaies qui servent de référence à l’international. Qui plus est, ces pays disposent d’un système productif et bancaire plus profond, plus élargi et plus diversifié. Dans le cas du Maroc, il faudra faire appel, surtout, à notre créativité, à notre génie, en puisant notamment dans nos valeurs de solidarité illustrées, comme vous avez pu le voir, par les montants extraordinaires reçus par le Fonds spécial que S.M. le Roi Mohammed VI avait ordonné de créer le 15 mars dernier.

Ce fonds a permis d’effectuer une mobilisation sans précédent et un mix intelligent entre l’utilisation des marges budgétaires disponibles et l’effort de solidarité nationale pour nous permettre de répondre aux retombées socioéconomiques de la crise, sans pour autant creuser de manière insoutenable le niveau du déficit et de la dette.De même, le travail de suivi et de proposition du Comité de veille économique (CVE), avec sa composition combinant d’un côté les partenaires publics que sont le gouvernement et Bank Al Maghrib (BAM) et de l’autre privés avec les secteurs productif et bancaire, a permis de sortir des solutions innovantes et adaptées à la réalité marocaine et est de nature à faire mûrir des solutions concrètes et pragmatiques pour assurer la reprise. Par ailleurs, la solidarité nationale doit, à mon sens, être prolongée, de façon plus structurelle et dans le temps, et pour cela il faut impérativement travailler sur l’élargissement de l’assiette fiscale et faire participer tout un chacun selon ses facultés contributives au financement des charges publiques plutôt que de privilégier la normalisation avec la dette.

Vous n’ignorez pourtant pas, en tant qu’ancien ministre du Budget, la difficulté d’abord et surtout politique de la chose, et pour revenir au point de la dette, celle-ci a considérablement augmenté sous les différents gouvernements PJD pour dépasser aujourd’hui les 81% du PIB…
Il s’agit d’abord de la dette publique et non celle du Trésor, mais je suis entièrement d’accord avec vous quand vous parlez de la difficulté de l’élargissement de l’assiette fiscale et de la transparence fiscale. Vous vous rappelez sans doute de la polémique qu’il y a eue au milieu de l’année dernière dans le cadre des Assises de la fiscalité de Skhirat (organisées début mai 2019, ndlr). C’est, je le concède, loin d’être une chose simple.

Mais pour autant, doit-on rester inactifs? Doit-on juste accepter la situation, céder à la facilité et avoir peur d’entamer de tels chantiers et de se confronter à cette réalité? Moi je dis que cette crise doit jouer le rôle d’accélérateur et de catalyseur de la réforme de la fiscalité au bénéfice de tout le monde, et il ne faut plus que ce soit les mêmes qui passent à chaque fois à la caisse. Je crois qu’il faut donc continuer de se battre et d’inclure et de faire contribuer le maximum de contribuables à l’effort national de développement. Nous sommes actuellement à un moment plus propice parce que la crise a révélé au grand public à la fois la légitimité et l’utilité de l’impôt et la vulnérabilité et la fragilité du secteur informel et des couches les plus défavorisées.


1 commentaire

  • Belhajilali

    26 Avril 2020

    La gestion des affaires de Fès ôte toute crédibilité à ce monsieur .Il devrait se faire oublier,c'est le moins qu'on puisse attendre de lui puisque le mal est déjà là .Même la bonne foi lui fait défaut quand il s'attaque au plus actif et entreprenant des ministres du gouvernement.Déplorable.