Drame de Tanger: le silence troublant des associations de défense des droits de la femme

Les associations ne s’intéressent qu’aux affaires à polémique. Mais la cause première d’une femme est de lui rendre sa dignité, de lui garantir un traitement digne d’un être humain de lutter pour qu’elle ne soit pas exploitée par des patrons sans foi ni loi...

Mais où sont passées ces associations porte-étendard des droits de la femme? Certains syndicats, comme la CDT, et ONGs de défense des droits de l’homme, tel l’OMDH, ont réagi au drame de Tanger, qui a fait, lundi 8 février 2021, 29 morts dont beaucoup de femmes suite à l’infiltration d’eaux pluviales dans un atelier de textile clandestin, au sous-sol d’une villa, dont les portes étaient barricadées par le propriétaire.

Mais aucune de ces associations n’a bougé d’un iota! Aucune réaction, aucun commentaire, pas de manifestations ou sit-in pour dénoncer les conditions de travail esclavagistes qui ont causé la mort de ces travailleuses. Bref, rien. Un silence troublant, déstabilisant. Le Maroc entier est au courant que ce qui s’est passé à Tanger et auparavant à Essaouira mais aussi à Rosamor à Casablanca en 2008 peut se reproduire. Tellement l’environnement de travail de ces femmes dignes, qui quittent leur foyer tous les jours à la pointe du jour pour y retourner au soleil couchant, ne le font pas pour le plaisir.

Des milliers, voire des millions, voient, chaque jour, leur dignité bafouée pour une misère qui ne suffit même pas à joindre les deux bouts. Elles font quotidiennement des allers-retours entre le domicile et le lieu du travail en empruntant un ou deux bus et un grand taxi. Elles subissent toutes formes de harcèlement sexuel, psychologique et verbal. En plus d’être maltraitées, elles sont sous-payées et non déclarées. Le comble, c’est qu’elles n’arrivent pas à dire un mot au sujet des supplices qu’elles endurent. Non qu’elles sont résignées, mais plutôt parce qu’elles ne veulent pas perdre leur «emploi» si on peut l’appeler de la sorte.

Elles s’interdisent, par pudeur ou on ne sait quelle autre raison, de raconter ce qui leur arrive aux membres de leurs familles ou à leurs époux pour ne pas créer des problèmes qui rajouteront, au final, de la peine à leur souffrance. Elles se sacrifient pour nourrir leurs proches désoeuvrés, démunis. Une abnégation inestimable, incomparable! Dignes, elles n’ont jamais accepté d’être tentées de se prostituer ou par la vie facile et aisée qu’offrent le commerce illicite. Pourquoi ne les défend-on pas? Pourquoi ne considère-t-on pas leur calvaire comme une cause?

Le plus frustrant, c’est qu’au moment où cette plaie est encore ouverte, des associations de défense des droits des femmes organisent dans les jours à venir une manifestation contre l’obligation de fournir un certificat de virginité pour conclure un contrat de mariage. Décidément, elles ne s’intéressent qu’aux affaires à polémique. On entend souvent ce genre de commentaires : «Le droit de jouir de son corps» ; «Le droit de vivre librement sa sexualité »; «Le droit à l’égalité»…

On en fait une cause. Soit. Mais la cause première d’une femme est de lui rendre sa dignité, de lui garantir un traitement digne d’un être humain, de lui assurer toutes les conditions d’un travail valorisant, de défendre sa situation matérielle, de lutter pour qu’elle ne soit pas exploitée par des patrons sans foi ni loi… Qu’ont-elles fait, ces associations, pour prendre cause pour les travailleuses domestiques privées de leur droit à un salaire minimum et à être déclarées à la CNSS sachant que loi 19.12 encadrant ce travail est en vigueur depuis plus de deux ans?

Ces associations, qui nous ont habitués à monter au créneau et dénoncer haut et fort la violence faite aux femmes et défendre bec et ongles leur liberté sexuelle, doivent réinvestir la scène pour assister celles qui se battent pour être reconnues en tant qu’acteurs actifs à part entière dans une société en pleine mutation et aspirant au développement… humain. Il en va de leur crédibilité et de leur raison d’être.

Autrement, il faut qu’elles sachent que la cause de la femme est indivisible, que le rôle du tissu associatif n’est pas sélectif et que le succès recherché derrière les sorties occasionnelles et bien choisies, tout en s’attirant les feux des projecteurs médiatiques, ne doit pas se faire aux dépens de femmes dont la lutte pour la survie est la seule raison d’être.