Drame de Mélilia : L'UE pointe du doigt la responsabilité de l'Algérie

La commissaire européenne Ylva Johansson a annoncé que la plupart des migrants du drame de Mélilia ont transité par l’Algérie et la Libye. Une manière de signifier que la responsabilité est imputée au régime algérien, qui fait subir les pires traitements inhumains aux migrants qui transitent par son territoire.

Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, et la Commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, devaient se rendre vendredi 8 juillet 2022 au Maroc. A Rabat, les deux responsables devaient s’entretenir avec le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit. Ce déplacement intervient deux semaines après le drame migratoire survenu vendredi 24 juin à la frontière séparant le Maroc de Mélilia, lorsque 23 migrants ont perdu la vie en tentant de franchir par la force la frontière terrestre.

«Nous avons une très bonne coopération avec l’Espagne et je suis en contact étroit avec le gouvernement espagnol. J’ai l’intention de m’engager davantage avec le Maroc pour discuter des événements tragiques de Mélilia et renforcer encore notre partenariat global sur la migration», a déclaré à propos de l’objet de son déplacement Ylva Johansson, lors de discours d’ouverture de la session plénière de débat au Parlement européen, lundi 4 juillet.

Tout en soulignant que la «violence à la frontière de l’UE est inacceptable», la commissaire européenne a annoncé, devant les eurodéputés, que la plupart des migrants du drame de Mélilia sont passés par l’Algérie et la Libye pour arriver au Maroc. Une manière de signifier que la responsabilité de ce drame est imputée au régime algérien, qui persécute les migrants qui transitent par le voisin de l’est et leur fait subir les pires traitements inhumains.

«Il semble que les personnes impliquées dans l’incident aient été introduites illégalement principalement du Soudan, via la Libye et l’Algérie à travers un désert qui peut être tout aussi meurtrier que la Méditerranée ou l’Atlantique. Un désert où les passeurs laissent mourir les gens. C’est ce que j’ai appris directement des gens lors de ma visite à Agadez, au Niger», a soutenu la responsable. «Jusqu’à 2.500 personnes ont tenté de pénétrer de force en Espagne. 23 migrants ont été confirmés morts, mais je crains qu’il n’y ait encore plus de victimes. Beaucoup plus sont blessés. Non seulement les migrants, mais aussi un grand nombre d’agents des forces de l’ordre qui ont subi une forte pression », a-t-elle martelé.

Un partenaire stratégique
La commissaire européenne a évité de porter le chapeau au Maroc, tenant un discours rationnel. Elle n’accepte pas que des personnes tentent de franchir de force la frontière de l’UE en utilisant des moyens violents, provoquant une bousculade et écrasant nombre de jeunes hommes et mineurs à mort. Tandis que d’autres sont morts en tombant d’un mur de 6 mètres de haut.

Tout en soutenant les appels lancés par les Nations unies et l’Union africaine pour des enquêtes sur ces pertes de vie humaines, elle a salué l’ouverture d’une enquête par le parquet espagnol et le lancement par le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) au Maroc d’une mission d’information. Quant au Maroc, la responsable européenne a plutôt laissé entendre que le Royaume déploie d’énormes efforts pour gérer le dossier de l’immigration clandestine pour le compte de l’UE et qu’il n’est pas logique de le blâmer ou de le pointer du doigt sans raison.

«Le Maroc est un partenaire stratégique clé de l’Union européenne pour gérer la migration et lutter contre le trafic des migrants. Rien que cette année, le Maroc a empêché 26.000 départs irréguliers, dont un dixième sauvé en mer.» Un message clair et sans ambages qui traduit, pour une fois, la reconnaissance par le partenaire européen des sacrifices du Maroc dans la lutte contre l’immigration clandestine et qui lui valent souvent des critiques acerbes et sans fondements beaucoup plus que des louanges.