LE DRAME DE L'INFORMEL

L'informel limite l’accumulation du capital humain, nécessaire à tout développement.

Un atelier clandestin de confection textile inondé, mettant à mort au moins 24 personnes, a mis à nu, sur le passage de pluies abondantes, l’un des dysfonctionnements les plus manifestes de notre économie: le secteur dit informel. Cupidité, mentalité véreuse et exploitation de la misère mettent malheureusement à mal les efforts de nombre d’entreprises citoyennes qui consentent à se dévouer pour un semblant de développement socio-économique dans le Royaume. Force est de constater, que ce secteur non structuré persiste à freiner l’ardeur du bienfaire pour le bienêtre social.

Rappelons que le secteur textile représente la première source de travail dans le pays, car il est à l’origine de 190 000 emplois au Maroc. Un secteur qui, depuis longtemps est en crise. Et pas seulement à cause de la pandémie du coronavirus. Un secteur, dont une bonne partie de ses entreprises ne répond pas aux exigences de sécurité et d’hygiène au travail, rendant les conditions de travail, de celles et de ceux qui y ont trouvé refuge, des plus lamentables.

Ce nouveau drame remet, encore une fois, au-devant de la scène le danger que font peser les unités de production informelles sur la vie des travailleurs et de la population. Il rappelle entre autres la triste affaire Rosamor survenue en 2008. Soit autant de drames qui ont poussé certaines centrales syndicales marocaines de mettre en exergue la détérioration réelle et continue des conditions et relations de travail autant dans ce secteur dit inorganisé que dans celui dit organisé.

Jusqu’au patronat qui, pour sa part, n’a de cessé de crier haut et fort que des fleurons de l’industrie marocaine disparaissent du paysage, faute de rentabilité et de compétitivité ou à cause de la concurrence déloyale et consécutive de l’informel. Ajoutant le fait sous-jacent que de plus en plus d’entreprises glissent du secteur formel vers l’informel.

En effet, pour le patronat, l’économie informelle exerce un impact négatif sur le développement de l’économie formelle dans son ensemble. Les opérateurs économiques s’inquiétant de plus en plus de ses effets catastrophiques sur l’évolution de structure du tissu industriel et sur la taille critique difficilement atteignable limitant l’amélioration de la productivité.

Conséquence: la perte de rentabilité des acteurs de l’économie formelle limite autant leur effort d’investissement et d’innovation que leur capacité à s’adresser de nouveaux marchés. Soit autant de facteurs qui obèrent le potentiel de croissance économique et qui viennent s’ajouter aux impacts et autres effets néfastes des grandes poches d’activités informelles sur l’économie? À commencer par la fragilité de l’emploi, la précarité des travailleurs, l’absence de filets ou de protection sociale, l’évasion fiscale.

Puisqu’il n’est possible d’éradiquer ce fléau économique et social, nous dit-on, faut-il, alors, rester les mains croisées ou chercher d’autres pistes pour réduire le poids de l’informel dans l’économie en s’inspirant d’expériences réussies menées à l’international ?