Dr Mohamed Kohen : "Deux poisons sont présents dans notre nourriture marocaine, le sel et le sucre"

Mohamed kohen est chirurgien digestif, expert en chirurgie bariatrique. Il est égalementmembre de l’association marocaine de chirurgie digestive et de la société marocaine de chirurgie. Dans cette interview accordée à Maroc Hebdo, le spécialiste revient sur le phénomène de l'obésité au Maroc.


Est-ce que le phénomène de l’obésité au Maroc est alarmant ?
Selon les statistiques du Ministère de la santé, on est à 13% d’obèses et plus de 30% de gens en surpoids. Celui-ci se mesure avec l’indice de masse corporelle, qui est la taille au carré sur le poids, et cet indice doit être inférieur à 25. Entre 25 et 30, on parle de surpoids, et au-dessus de 30, on parle d’obésité, de 30 à 40, il s’agit d’une obésité morbide. L’obésité engendre de nombreuses complications à long terme. L’espérance de vie de quelqu’un d’obèse ou de super obèse est de dix ans de moins qu’une personne non obèse du même âge ! Les gens obèses font des complications pulmonaires, cardiaques, vasculaires et de l’hypertension artérielle. Cela provoque aussi la stérilité, certains cancers, du diabète, des problèmes d’articulation et de sommeil. Il est donc impératif de leur proposer une prise en charge et un traitement.

Quid de la stratégie nationale de lutte contre l’obésité ?
Ça reste lacunaire et c’est bien dommage. Car le ministère de la santé et les organismes de sécurité sociale n’ont pas encore compris le problème, et la prise en charge de l’obésité n’est pas remboursée par la sécurité sociale. C’est dommage car les gens obèses vont faire des complications, ce qui augmente sensiblement la facture. Nous avons essayé de leur expliquer, de les sensibiliser par rapport à cela, en vain. Dans les autres pays, les patients sont pris en charge sur un plan chirurgical, dès que la masse corporelle est supérieure à 35, si elle est inférieure, ils sont pris en charge par les nutritionnistes puis remboursés. Malheureusement, au Maroc, nous n’avons pas encore pris conscience de ce fléau. Jusqu’à présent, on considère l’obésité comme un normale alors qu’il s’agit bien d’une maladie.


Quels sont les profils qui consultent le plus, selon votre expérience ?
Dans mon activité, c’est plus de 90% des femmes. Avec la restauration rapide et la mauvaise alimentation, on voit de plus en plus de profils jeunes et, de ce point de vue, l’obésité infantile au Maroc est un drame car la prise en charge est difficile, d’autant que l’on ne peut pas les opérer avant l’âge de 18 ans. On propose, par ailleurs, une chirurgie, si la masse corporelle dépasse 30 ou si l’obésité s’accompagne de comorbidités.

Comment prévenir l’obésité ?
Il faut manger équilibré, éviter les sucres ajoutés. Deux poisons sont présents dans notre nourriture marocaine, le sel et le sucre. Avoir de l’activité physique et manger cinq fruits et légumes par jour.

Quelles sont vos préconisations pour prendre à bras le corps ce fléau ?
Au sein de l’association marocaine de chirurgie digestive et de la société marocaine de chirurgie, nous organisons des journées afin de sensibiliser contre les dangers de cette pathologie. Votre interview constitue de ce point de vue un excellent travail, pourvu que les autorités la lisent. Nous avons tous une responsabilité. Médias, autorités sanitaires et société civile.

Articles similaires