Le double jeu de l'Allemagne contre les intérêts stratégiques du royaume

Le Maroc suspend tout contact avec l’ambassade d'Allemagne au Maroc

Rien n’est indiqué au sujet de la raison de ce malaise, hormis des «malentendus profonds au sujet des questions fondamentales du Royaume du Maroc».

Est-ce le début d’une crise diplomatique entre le Maroc et l’Allemagne ou un simple orage d’été? Lundi 1er mars 2021, l’objet d’une lettre signée par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, adressée au Chef du gouvernement et à l’ensemble des membres du gouvernement, annonce déjà le ton: «Suspension de tout contact avec l’Ambassade d’Allemagne au Maroc». La lettre, qui n’était pas apparemment destinée à être rendue publique, fait état de «malentendus profonds avec la République Fédérale d’Allemagne au sujet des questions fondamentales du Royaume du Maroc».

Sauf que rien n’est indiqué au sujet de la raison de ce malaise. Bourita précise que les «départements ministériels et l’ensemble des organismes qui relèvent de leurs tutelles sont priés de bien vouloir suspendre tout contact, interactions ou action de coopération, en aucun cas ou sous aucune forme, aussi bien avec l’ambassade d’Allemagne au Maroc qu’avec les organismes de coopération et les fondations allemandes qui lui sont liés». Les dérogations à cette note nécessitent un accord préalable explicite du ministère des Affaires étrangères.

Le contenu du document, quoiqu’il n’explicite pas ce malentendu, est compréhensible. Le double jeu de la république allemande, qui ne date pas d’hier, justifie une telle décision. Sur le plan de la coopération, la première puissance économique européenne se donne à fond. En revanche, sur le plan politique, elle endosse un autre habit, celui d’un pays qui ne ménage rien pour saboter les efforts du Royaume dans des dossiers considérés comme des causes nationales. A commencer par l’affaire du Sahara.

Sabotage
La décision américaine de la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur son Sahara n’a pas fait réagir l’Allemagne malgré les appels lancés par Nasser Bourita destinés à l’ensemble des pays du vieux continent: «L’UE est appelée à sortir de sa zone de confort et à soutenir la dynamique positive en cours au Sahara marocain». Pire, au conseil de sécurité, l’Allemagne avait provoqué une réunion à huis clos sur ce sujet sans qu’aucune information ne filtre sur la suite donnée à cette rencontre.

La situation ira de pire en pis. Notamment quand le drapeau des séparatistes du Polisario a été hissé sur le parlement régional de la ville allemande de Brême pour le 45ème anniversaire de la création de la fantomatique Rasd.

Ce n’est pas tout. L’intermédiation positive et fructueuse de la diplomatie marocaine dans le cadre du conflit libyen, depuis l’accord de Skhirat jusqu’aux pourparlers de Bouznika, a été confrontée en Allemagne par la mise à l’écart du Maroc dans le cadre de la conférence de Berlin sur la Libye en janvier 2020. Rabat n’avait pas tardé à réagir: «Le Royaume du Maroc a toujours été à l’avant-garde des efforts internationaux pour la résolution de la crise libyenne», avait souligné un communiqué du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, relevant que Rabat «a joué un rôle décisif dans la conclusion des accords de Skhirat, qui sont, à ce jour, le seul cadre politique –appuyé par le Conseil de Sécurité et accepté par tous les protagonistes libyens– en vue de la résolution de la crise dans ce pays maghrébin frère».

«Le Royaume du Maroc ne comprend ni les critères ni les motivations qui ont présidé au choix des pays participant à cette réunion», avait insisté le département de Bourita. En octobre 2020, le ministre Bourita avait décliné une invitation de son homologue allemand, et des Nations Unies, pour prendre part à la conférence de Berlin 2 sur la crise libyenne, qui fait suite à celle de janvier.

Tout cela peut expliquer cette réplique normale de la diplomatie marocaine au jeu trouble de l’Allemagne. Une réaction normale qui n’en est qu’à son premier stade puisque l’Ambassadeur d’Allemagne à Rabat n’a, pour l’heure, pas été convoqué par le département des Affaires étrangères. De même que son homologue marocain à Berlin n’a pas été lui aussi convoqué pour consultations.