Qui pour donner la main aux Daoussahak?

Comment expliquer, aussi, l’arrestation de plus de 182 personnes durant la période allant du 7 au 13 juin 2023 par l’armée algérienne, à Tamanrasset, Bordj Badji Mokhtar et In Guezzam?

Les témoignages se comptent par centaines et se recoupent tous. Recueillis par les autorités nigériennes, ils font état des exactions qu’ont subies les 476 Touaregs expulsés dans la nuit du 16 au 17 juin 2023 par l’armée algérienne vers le Niger. Des viols ont été commis, y compris à l’encontre de mineurs. Seule l’absence de morts -en tout cas, dans le décompte officiel effectué pour l’heure- fait qu’on ne peut pas parler d’un acte de génocide.

Mais le nettoyage ethnique des territoires historiquement touaregs administrés par l’Algérie est bien en cours. Pour en rester à un débat juridique de dénominations, il faudra peut-être à un moment se décider d’appeler un chat un chat et de relever que ce sont et bien des crimes de guerre qui sont en train de se produire sous nos yeux. Car malgré le blackout, malgré le silence complice et honteux des médias internationaux, bizarrement bien plus prolixes lorsqu’il s’agit des pseudo assauts des milices du mouvement séparatiste du Front Polisario à l’encontre des positions des Forces armées royales (FAR) au Sahara marocain, il devient chaque jour de plus en plus difficile de noyer le poisson.

Comme l’a confirmé le journaliste nigérien Sakis Tarnane, avec qui nous avons longuement échangé et dont les informations rejoignent celles que nous avions déjà publiées en exclusivité sur notre site, Alger a, pour se justifier, invoqué la mort de quatorze de ses ressortissants. Elle a indiqué que ce sont des civils, mais quand on sait qu’il aurait été plus facile de faire passer la pilule en rendant tout bonnement l’information publique, on peut rapidement en déduire qu’elle a menti; car pourquoi après tout passer sous silence ce qu’elle semble vouloir présenter comme de simples heurts dans une région qui, d’autant plus, constitue un véritable “no man’s land” sans foi ni loi?


Et pourquoi, à la base, ne pas avoir jugé les éventuels tueurs? La vérité est qu’il y a bien eu perte d’hommes mais qu’il s’agit dans la réalité de soldats tombés lors des affrontements qu’il y a eu dans la nuit du 28 au 29 mai 2023 à Timiaouine et Bordj Badji Mokhtar, comme l’avait alors rapporté la lettre d’informations spécialisée “Sahel Intelligence”. Et que c’est ce qui a motivé la tenue, trois jours plus tard au Palais d’El-Mouradia, d’un haut conseil de sécurité restreint, dont l’ordre du jour comportait d’ailleurs “la situation (...) au niveau des frontières”, comme cela fut précisé ultérieurement par la présidence de la République algérienne.

Comment expliquer, aussi, l’arrestation de plus de 182 personnes durant la période allant du 7 au 13 juin 2023 par l’armée algérienne, à Tamanrasset, Bordj Badji Mokhtar et In Guezzam? Le ministère de la Défense nationale algérien avait lui-même annoncé que des détachements avaient réussi à saisir un fusil mitrailleur FMPK, un fusil à lunette, quatre pistolets mitrailleurs de type Kalachnikov et trois grenades. Et dernier épisode donc, ce sont les expulsions de Touaregs, dont plusieurs sources nous déclarent qu’elles n’ont jamais été aussi massives et, surtout, aussi violentes. Ne s’agit-il vraiment que de coïncidences tout-à-fait fortuites? En tant que média marocain, nous sommes, que nous le voulons ou pas, obligés de suivre la situation et de la commenter, et ce pour au moins deux raisons.

La première est qu’il s’agit tout de même de notre région, et que, d’une façon ou d’une autre, nous risquons à tout moment d’être impactés: à la question de savoir ce qui, au plan sécuritaire, le préoccupait le plus, l’ancien directeur du Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), feu Abdelhak Khiame, avait répondu à l’auteur de ces lignes il y a quelques années que c’était la situation dans les wilayas méridionales de l’Algérie, d’autant plus que la voisine de l’Est semblait refuser, par fierté, toute collaboration avec les États qui lui sont riverains, et cela avait d’ailleurs fini par lui coûter en janvier 2013 à la raffinerie d’In-Amenas, où l’organisation terroriste des Signataires par le sang avait fait 33 victimes innocentes.

Et la deuxième raison pour laquelle nous sommes finalement concernés au premier chef, c’est l’identité des victimes. Issues du groupe touareg dit “Daoussahak”, elles sont connues pour avoir de lointaines origines marocaines, comme par ailleurs les Armas du Mali, qui sont les descendants directs des soldats d’Ahmed Mansour Dahbi qui ont conquis Tombouctou en avril 1591. Bien qu’elles ne soient plus porteuses de la nationalité chérifienne, il n’en demeure pas moins que de ce simple fait elles mériteraient bien un accompagnement de la part des autorités marocaines, sachant que les valeurs de solidarité et de bienveillance dont fait traditionnellement montre le Maroc à l’égard des autres peuples africains devraient à elles seules pouvoir motiver une telle action.

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