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Donald Trump, à quelle sauce va-t-il nous manger ?

© ph:AFP

Du monde entier, des millions de personnes avaient les  yeux rivés le vendredi 20 janvier 2017 sur la capitale  des Etats-Unis, Washington, où se déroulait l’investiture  de Donald Trump. Certains par la simple curiosité  du show, comme on aime bien en faire outre-Atlantique,  mais beaucoup pour voir ce que le président américain  nouvellement élu allait bien prononcer dans son discours. Et parmi  la foule de téléspectateurs, on peut sans doute imaginer de  nombreux responsables politiques, curieux des intentions de M.  Trump. “Avec lui, on sait et on ne sait pas à la fois à quoi s’attendre”,  résume un ancien diplomate marocain.

M. Trump, pour le moins, intrigue. Ce n’est d’abord pas un  homme politique. Il vient du monde des affaires, où sa famille a  fait fortune dans l’immobilier. C’est la première fois qu’il brigue  un mandat. Son discours frise souvent l’incorrect. Tout au long  de la campagne l’ayant conduit à être élu en novembre 2016, il n’a  eu cesse de s’enliser dans les controverses.

Positions offensives
D’anciens propos sur les femmes, révélés en octobre 2016 par le  quotidien The Washington Post, avaient failli lui coûter la présidence.  D’aucuns le taxent de néofasciste. En cause notamment,  ses prises de positions offensives si l’on ose dire sur les musulmans.  En meeting en août 2016, il les qualifiait littéralement  d’“animaux”. “Nous laissons des gens venir de nations terroristes  alors qu’ils ne devraient pas être autorisés, parce que nous ne  pouvons pas vérifier”, affirmait-il, en citant d’ailleurs au passage  le Maroc. Quelques jours seulement après son investiture, il interdisait,  à ce titre, l’entrée du territoire américain aux ressortissants  de sept pays musulmans. Parmi les alliés traditionnels  des Etats-Unis à l’instar de la France, on pourfend par ailleurs le  protectionnisme économique de M. Trump.

L’appelant “celui qui prête serment” en conférence de presse  le jour même de son investiture, le président français François  Hollande a déclaré à son encontre que “nous sommes dans une  économie mondiale, ouverte et il n’est pas possible et souhaitable  de vouloir s’isoler de l’économie mondiale.” En M. Trump,  beaucoup voient un de ces “monstres” censés surgir d’après le  philosophe Antonio Gramsci “dans ce clair-obscur” jalonnant la  disparition de l’ancien monde et l’apparition du nouveau. “Le président  Trump sera l’homme de la situation, et une grande partie  de l’électorat souhaite être aux premières loges pour assister au  spectacle”, prévenait déjà le réalisateur Michael Moore quelques mois avant l’élection. Au Maroc, l’arrivée  au pouvoir de M. Trump n’avait pas  vraiment été prévue.

On s’attendait plutôt à l’élection de  son adversaire du Parti démocrate  (PD), Hillary Clinton, dont la proximité  quasi intime avec la famille royale est  de notoriété publique.

Coup de poignard
D’ailleurs, le Royaume a fait partie -au  même titre que l’Algérie, soit dit en  passant- des principaux contributeurs  financiers de la campagne de l’ancienne  première dame des Etats-Unis  (1992-2001), à des montants s’élevant  d’après certains médias à plusieurs  millions de dollars américains -en octobre  2016, le journal électronique The  Daily Caller, repris dans la foulée par  M. Trump en personne sur sa page sur  le site web Facebook, avançait même la  somme de 28 millions de dollars. Mais  pour autant, l’élection du candidat du  Parti républicain (PR) ne dérange pas.  Bien au contraire, elle pourrait même  s’avérer une excellente nouvelle.

“Je pense que les atouts du Maroc en  matière de lutte contre le terrorisme  devraient beaucoup importer”, analyse  le président du Centre marocain des études stratégiques (CMES), Mohammed  Benhammou. “Il est vrai que  la politique que compte mener Trump  au Moyen-Orient et en Afrique du Nord  n’est pas encore claire. Parfois, elle  paraît même incohérente. Mais je dirais  que les inclinations affairistes de  la nouvelle administration vont clairement  déteindre. Ce sera un peu du  business politique, si vous voulez. Là  où Trump trouvera un intérêt pour les  Etats-Unis, il n’hésitera pas à s’engouffrer.  C’est de bonne guerre, du  reste. Le plus important c’est que les  actes accompagnent les paroles. Les  prochaines semaines nous en diront  quoi qu’il en soit davantage.”

Sous la présidence de Barack Obama,  les relations américano-marocaines  ont par moment carrément été exécrables.  En 2014, Mohammed VI, dans  le discours annuel de la Marche verte  commémorant la récupération de la région  saharienne de Saguia El Hamra,  qualifiait même l’attitude des Etats-  Unis dans l’affaire du Sahara d’ambiguë.  “Si nous saluons leur soutien aux  efforts déployés par le Maroc et au  processus de négociation sur la base  de l’initiative d’autonomie, nous n’en  exigeons pas moins aujourd’hui une position claire sur ce conflit”, déclarait  le Roi.

Une année plus tôt, les Etats-Unis  avaient produit une proposition de  résolution au Conseil de sécurité  de l’Organisation des Nations unies  (ONU), dont ils sont membres permanents,  étendant le mandat de la Minurso,  chargée de maintenir la paix au  Sahara marocain, à la surveillance des  droits humains.

Un véritable coup de poignard dans  le dos, d’autant que le texte revenait  littéralement à retirer au Royaume une  partie de sa souveraineté sur le territoire,  où il dispose de ses propres mécanismes  pour ce faire.

Les atouts du Maroc
Quelques mois plus tard, M. Obama  recevait Mohammed VI à la Maison-  Blanche, siège de la présidence  américaine. Les deux chefs d’Etat se  fendaient d’un communiqué conjoint  à l’issue de leur rencontre au sommet  qualifiant le plan d’autonomie marocain  de 2007 de “sérieux, réaliste et  crédible”. Mais le mal était fait.

En mars 2016, l’administration Obama  prenait son temps pour rassurer le Maroc  suite aux déclarations du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon,  qualifiant la présence du Royaume  dans son Sahara d’“occupation”. Ce  n’est qu’au bout de 17 jours que le secrétaire  d’Etat américain, John Kerry,  qui tient lieu de ministre des Affaires  étrangères aux Etats-Unis, avait appelé  Mohammed VI pour lui assurer que  la position de Washington en rapport  avec ce sujet n’avait pas changé d’un  iota depuis la rencontre de la Maison-  Blanche. Mais ces explications  avaient cela dit été laconiques.

“L’administration Obama n’a pas toujours  été nette à notre égard”, regrette  notre ancien diplomate, cité plus haut.  “Nous n’avons d’ailleurs pas été ses  seules victimes. Voyez, partout dans  le monde, le mécontentement est  grandissant à l’égard des Etats-Unis.  Des régimes despotiques à l’instar de  Cuba et de l’Iran ont désormais voix au  chapitre. J’imagine qu’on ne peut pas  faire pire que ce que nous venons de  subir ces huit dernières années. On ne peut qu’avoir de l’espoir avec la nouvelle  administration.”Mohammed VI a  été, fin décembre 2016, un des premiers  chefs d’Etat à appeler M. Trump.  Un communiqué du Cabinet royal, relayé  par l’agence de presse nationale  la Maghreb arabe presse (MAP), avait  rapporté que le roi et le président élu  “ont convenu d’oeuvrer pour le renforcement  des liens stratégiques forts,  profonds et multidimensionnels qui  unissent les deux pays.”

Les “arguments” algériens
Pour M. Benhammou, l’élection de M.  Trump sera “indéniablement” l’occasion  d’un nouveau départ dans les relations  entre le Maroc et les Etats-Unis.  “Nous avons l’un des plus anciens  traités d’amitié au monde”, rappellet-  il. “Il y a eu certes des malentendus  ces dernières années, mais le partenariat  qui nous lie à Washington est  solidement enraciné. Nos intérêts se  sont toujours recoupés. Nous pouvons donner lieu à un axe de coopération  encore plus développé.” M. Benhammou  prévient toutefois: d’après lui,  l’Algérie va “certainement” essayer de  monnayer son pétrole et son gaz pour  s’attirer les faveurs de la nouvelle administration.  “Il faut savoir, à ce titre,  que nombre de membres de l’équipe  de Trump proviennent du secteur  énergétique”, expose-t-il.

“Ils pourraient ne pas être insensibles  aux “arguments”, si l’on peut les appeler  ainsi, algériens.” Ceci dit, le Maroc  semble pour l’instant garder un léger  avantage par rapport à son voisin  de l’Est.

Son rôle politique aussi bien dans le  monde arabe qu’en Afrique a pris,  sous le leadership de Mohammed VI,  une dimension beaucoup plus éloquente.  M. Trump, en fin businessman,  ne devrait pas y être indifférent.  Au moins sur ce registre, on peut s’attendre  à ce qu’il prenne les décisions  idoines