DISPARITION DE HAJJA EL HAMDAOUIA, 91 ANS

La diva de la chanson populaire marocaine n'est plus

Elle s’était retirée de la scène musicale en septembre 2020 pour cause de maladie. Figure emblématique du “chaâbi” marocain, cette grande diva fait partie du patrimoine culturel de notre pays. Sa disparition laisse un grand vide dans le milieu artistique national.

Le milieu artistique national est en deuil. L’icône de la chanson populaire marocaine, Hajja El Hamdaouia, s’est éteinte, lundi 5 avril 2021, dans la matinée, à l’hôpital Cheikh Zayd de Rabat, des suites d’une longue maladie. Elle avait 91 ans.

Elle y avait été admise ce 1er avril, en service de réanimation, dans un état grave. Depuis plusieurs années, Hajja El Hamdaouia souffrait d’une anémie chronique et était contrainte de se rendre deux fois par mois à l’hôpital pour des transfusions sanguines. Son état de santé, qui s’était dégradé, l’avait poussée à annoncer son retrait de la scène artistique. La défunte a été inhumée au cimetière Achouhada, à Casablanca.

L’un des monuments de l’art de la Aïta, Hajja El Hamdaouia a marqué de son empreinte le répertoire musical populaire pendant des décennies. Ses chansons cultes comme «Daba Yji», «Jiti Majiti», «Mama Hyani», ont inspiré plusieurs générations d’artistes marocains. Hajja El Hamdaoui avait couronné son long et riche parcours artistique de plus de plus de 70 ans par sa participation à un grand concert aux côtés d’une grande diva juive en l’occurrence, Raymonde El Bidaouia.

Organisé en décembre 2019 à Rabat, ce concert était destiné à chanter la tolérance et la coexistence religieuse entre les juifs et les musulmans. Née en 1930 dans le quartier casablancais Derb Soltane, la défunte a inspiré les plus grands groupes musicaux des années 70 et 80, à savoir le groupe Nass Al Ghiwane, Lamchaheb et Jil Jil lala. Elle est décrite comme la première femme à avoir modernisé la Aïta et tout le style chaâbi au Maroc.

Tolérance et coexistence
Hajja El Hamdaouia avait écrit au milieu des années 50 une chanson dans laquelle elle avait dénoncé la colonisation française. Une chanson qui l’avait forcée à vivre pendant quelque temps dans la clandestinité avant de s’exiler en France pour se faire connaître auprès de la diaspora maghrébine.

Si Hajja El Hamdaouia était déjà une grande star de la chanson populaire au Maroc et à l’étranger, elle était, hélas, tombée pendant les années 80 et 90 dans les oubliettes jusqu’à vivre dans des conditions économiques et sociales difficiles. Mais, grâce au soutien de nombreux artistes, elle a pu revenir sur la scène musicale avec des morceaux qui ont émerveillé le public marocain. Grâce à elle et à son talent, le métier de «cheikha», qui n’était pas bien vu pendant de nombreuses années, jouit désormais d’une importante crédibilité.

Avec Fatna Bent Lhoucine, autre grande diva du chaâbi, disparue en avril 2005, Hajja El Hamdaouia symbolise pour les Marocains la chanson noble et engagée au service du pays. Sa disparition laisse un grand vide dans le milieu artistique national, qui pleure une femme exceptionnelle, qui a consacré toute sa vie à son métier.