Diplomatie: La cause kabyle et nous

Légitime, le combat du peuple kabyle pour son indépendance et sa liberté l’est, assurément. En tout cas, bien plus que le sont les velléités de la poignée de séparatistes stationnés depuis novembre 1975 à Tindouf, où le soi-disant Front Polisario, puisque c’est de lui qu’il s’agit, séquestre dans ce territoire devenu algérien par la magie de la colonisation française -comme d’ailleurs la Kabylie- des milliers de Marocains originaires des provinces du Sud.

Mais il y a la réalité, et ce que l’on pourrait qualifier la politique de la réalité, c’est-à-dire la realpolitik: conscient en même temps de sa maghrébité, cet alliage civilisationnel mêlant pêle-mêle, comme le stipule à très juste titre le préambule de la Constitution du 1er juillet 2011, “composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie” et “affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen”, le Maroc a dès son indépendance voulu privilégier la construction du Maghreb plutôt que son morcellement, et c’est ainsi qu’il accueillit par exemple, fin avril 1958 dans la ville de Tanger, les représentants des principaux partis nationalistes des autres pays de la région pour consolider cette visée unitaire, elle-même finalement consacrée dans le Royaume même, dans la ville de Marrakech, avec l’acte de naissance de l’Union du Maghreb arabe (UMA), le 17 février 1989.

D’ailleurs, croyant lui-même en les vertus du “tamount”, c’est-à-dire l’union en langue kabyle, le président du gouvernement provisoire kabyle, Ferhat Mehenni, s’était, jusqu’à début avril 2013, contenté de revendiquer l’autonomie, avant de se rendre à l’évidence de l’incompatibilité de l’émancipation du peuple kabyle et de l’obtention de ses droits politiques et culturels avec le maintien de la Kabylie dans le giron de l’Algérie.

Pour Rabat, c’est plutôt son incompatibilité tout court avec le régime militaire algérien, cocardier dans son essence et diabolisant à longueur de saillies médiatiques le Maroc, qui semble l’avoir décidé à ne plus s’embarrasser de scrupules et de soutenir désormais ouvertement la cause kabyle, l’UMA n’étant, du reste, tout simplement plus d’actualité (si tant est qu’elle l’ait été un jour).

Car le calcul politique fait par le représentant permanent du Royaume auprès de l’Organisation des Nations (ONU), Omar Hilale, au moment de mettre sur le tapis la question le 13 juillet 2021 est évident: il s’était agi, comme l’avait fait remarquer le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, dans une interview en date du 26 août 2021 dans le journal électronique Hespress, d’une “réaction argumentaire” du diplomate marocain, qui rendait alors la monnaie de sa pièce au ministre des Affaires étrangères algérien, Ramtane Lamamra, qui en dehors de tout contexte s’était mis à parler du Sahara marocain au cours d’une réunion ministérielle du Mouvement des non-alignés (MNA). Et il en a été de même ce 31 août 2021, dans un droit de réponse adressé cette fois par M. Hilale à son homologue algérien, Soufiane Mimouni.

Mais en appuyant les Kabyles, le Maroc n’en reste pas moins fidèle à une partie de son engagement historique en faveur de l’autodétermination des peuples: angolais, contre la colonisation portugaise; sud-africain, contre l’apartheid; ou bien sûr algérien, au moment de la révolution de 1954- 1962. Sans compter encore aujourd’hui le peuple palestinien, dont le roi Mohammed VI est chargé par l’Organisation de la coopération islamique (OCI) de protéger les droits, étant président du Comité Al- Qods.

Faisant sans doute partie, avec les présides occupés de Sebta et Mélilia, des dernières colonies d’Afrique, la Kabylie mérite ainsi non seulement l’attention renforcée de la diplomatie marocaine, mais celle de l’ensemble des défenseurs de la liberté dans le monde.