La guerre en Ukraine : Le casse-tête russe d'Alger

D’un côté, l’Algérie voudrait sans doute bien profiter de l’explosion des prix de l’énergie consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie pour écouler davantage de son gaz en Europe. Mais ce serait, de l’autre, s’attirer les foudres de son allié russe.

Toufik Hakkar aurait dû tenir sa langue. Président-directeur général de la Sonatrach, la compagnie énergétique nationale algérienne, il avait accordé au quotidien algérois Liberté Algérie une interview publiée dans l’édition du dimanche 27 février 2022 de ce dernier où il avait sous-entendu que l’Algérie était disposée à combler les besoins gaziers de l’Europe au cas où les autorités russes venaient à lui couper le robinet. “L’entreprise dispose d’une capacité non utilisée sur le gazoduc transméditerranéen, qui pourrait être utilisé pour augmenter les approvisionnements du marché européen,” avait-il déclaré, tout en ajoutant que “la contribution de Sonatrach pourrait s’étendre aux pays non desservis par les gazoducs reliant l’Algérie à l’Europe à travers des ventes de GNL (gaz naturel liquéfié)”.

Problème, la Russie est actuellement le plus gros allié du régime algérien, qu’elle fournit régulièrement en armes à telle enseigne que l’Algérie est depuis plusieurs années le premier client de l’armement russe dans le monde. Et le fait de se dire disposé à fournir l’Europe équivaut à lâcher Moscou, car celle-ci compte justement sur le manque d’alternatives des pays du Vieux Continent pour faire pression sur eux et les amener à accepter les objectifs de son intervention en Ukraine, à savoir principalement que cette dernière n’intègre pas l’Union européenne (UE) et surtout l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Ce qui fait qu’il fallait bien s’attendre au rétropédalage de M. Hakkar, qui dès le lendemain de la sortie de l’interview accusait Liberté Algérie d’avoir “manipulé et déformé” ses propos et annonçait le lancement de poursuites judiciaires à l’encontre du journal. Mais personne n’est bien sûr dupe, car il est facile d’imaginer que dans la réalité M. Hakkar s’est simplement fait remonter les bretelles en haut lieu et spécialement par la hiérarchie militaire, qui tient à ses relations avec la Russie et compte notamment sur son soutien dans sa croisade contre le Maroc.

En même temps, au lieu de profiter d’une opportunité qui lui permettrait de remplir ses caisses, qui se sont asséchées au fur et à mesure à partir du début de la chute du prix du pétrole à l’international en juillet 2014, l’Algérie se retrouve presque pieds et poings liés. Il faut dire que comme M. Hakkar l’a d’ailleurs lui-même détaillé, la voisine de l’Est dispose d’“une capacité d’expédition de 42 milliards de mètres cubes de gaz naturel et sous forme liquéfiée grâce à une capacité de production de plus de 50 millions de mètres cubes de GNL et une flotte de 6 méthaniers”.

En outre, l’alignement de l’Algérie sur la Russie pourrait lui coûter cher à l’avenir, dans la mesure où l’isolement auquel semble désormais voué le pays eurasiatique fait que la partie algérienne finira elle-même par devenir un paria au sein du concert des nations si elle persiste sur la même voie; ce qui, par ailleurs, profiterait au Maroc et à la cause du parachèvement de son intégrité territoriale, contestée depuis novembre 1975 par la junte algérienne au Sahara marocain.

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