Diplomatie : Le camouflet de trop pour Alger?

Depuis deux ans et l’installation du président Abdelmadjid Tebboune, la capitale algérienne a fait le choix de la politique de la terre brûlée. Ce qui ne lui réussit guère, et le changement de position espagnol n’en est que l’ultime illustration. La voisine de l’Est va-t-elle donc enfin se décider à entendre raison et accepter la main tendue depuis trois ans et demi par le roi Mohammed VI?

Saïd Moussi ne se sera donc pas vraiment éternisé à Madrid. A peine agréé le 3 novembre 2021 pour y représenter l’Algérie, il vient d’être rappelé, ce samedi 19 mars 2022, par cette dernière en protestation contre la décision du gouvernement espagnol de commencer à considérer l’initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie au Sahara “comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend” autour de la région.

Dans un communiqué publié à cette occasion, le ministère des Affaires étrangères algérien a fait part du fait que les autorités algériennes avaient été “très étonnées par les déclarations des plus hautes autorités espagnoles relatives au dossier” et “surprises par ce brusque revirement de position de l’ex-puissance administrante” qu’est l’Espagne, ce qui en dit long sur sa colère; quoique de la bouche de l’Exécutif espagnol lui-même on a appris, au moment de l’annonce de son changement de position, que la voisine de l’Est avait déjà été informée en amont (Madrid s’est d’ailleurs dite “surprise” par la décision algérienne de rappeler M. Moussi).

Échecs accumulés
En tout cas, c’est une énième couleuvre que le régime algérien avale, lui qui, depuis l’installation du président Abdelmadjid Tebboune en décembre 2019 et la nomination le même mois du général de corps d’armée Saïd Chengriha en tant que chef d’état-major de l’armée, ne cesse d’accumuler les échecs, à telle enseigne qu’il n’est plus vraiment possible de ne pas relever l’isolement dans lequel il se trouve. Au plan arabe, on l’a vu, le sommet qui était prévu le 23 mars 2022 à Alger a été reporté au 1er novembre 2022 et pourrait même être annulé, du fait de l’entêtement de l’Algérie à vouloir faire figurer la question du Sahara marocain dans son ordre du jour; ce que la majorité des dirigeants de la région, notamment dans le Golfe, refusent.

Le leurre africain
Et même les supplications de M. Tebboune n’y ont rien fait, lui qui, depuis fin janvier 2022, s’est rendu en Égypte, au Qatar et au Koweït pour convaincre leurs chefs d’État de faire acte de présence, sans succès. Dans le cas de l’Égypte en particulier, le président algérien a même, au contraire, par sa maladresse, attisé le courroux de son homologue Abdel Fattah al-Sissi: d’abord, il s’est saisi du dossier des factions palestiniennes, qui, depuis belle lurette, est un apanage du Caire en accueillant à partir du 16 janvier 2022 les tractations desdites factions à Alger tout en essayant de faire un pied de nez au Maroc du fait du rétablissement de ses relations avec Israël -le succès n’a de toute façon pas été au rendez-vous-; ensuite il a été derrière la mise en place, au niveau de l’Union africaine (UA), du G4, un groupement qui, comme son nom l’indique, regroupe quatre pays du continent, à savoir l’Algérie elle-même ainsi que l’Afrique du Sud, le Nigéria et surtout l’Éthiopie, qui se trouve depuis une décennie en conflit avec la partie égyptienne en raison de son projet du barrage de la Renaissance. Alors que M. Tebboune devait d’ailleurs le rencontrer le 23 février 2022 au Koweït, M. al-Sissi, très remonté, a finalement pris la tangente alors qu’un sommet tripartite avec l’émir Nawaf al-Ahmad al-Jaber al-Sabah était bel et bien prévu. Ce qui, par ailleurs, ramène à l’Afrique, où le G4 n’est qu’un leurre et ne doit pas faire croire à une influence de l’Algérie dans le continent, tant s’en faut. Avec l’Afrique du Sud et cela surtout depuis l’installation, en février 2018, du président Cyril Ramaphosa, la voisine de l’Est forme, certes, un duo de pays viscéralement hostiles à l’intégrité territoriale du Maroc, ce qui n’est pas nécessairement le cas de l’Éthiopie et du Nigeria, où le Royaume avait notamment lancé, au cours des visites qu’y avait effectué en novembre et décembre 2016 le roi Mohammed VI, des projets de mise en place de plateformes de production d’engrais impliquant le groupe OCP. Le Nigeria planche même depuis, justement, le déplacement du Souverain sur un gazoduc qui traverserait onze des quinze pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO) jusqu’au Maroc et de là partirait vers l’Europe, en le privilégiant à celui que l’Algérie cherche à le convaincre de faire passer par son territoire via le Niger.

Revirement espagnol
Il suffit globalement, de comptabiliser le nombre de pays africains à s’être dotés de consulats au Sahara marocain, à savoir 18, pour se rendre compte du fait que l’Algérie ne dispose vraiment d’appui qu’en Afrique australe, et cela grâce à l’influence qui y exerce l’Afrique du Sud et pas du tout parce qu’elle y aurait elle-même un poids. Depuis son retour, fin janvier 2017, dans les instances continentales et son adhésion à l’UA, le Maroc a, aussi, réussi à neutraliser les intrigues d’Alger, qui avait les mains libres pour notamment instrumentaliser le Conseil de paix et de sécurité (CSP), qui tient lieu de Conseil de sécurité africain et dont la direction a longtemps appartenu à l’Algérien Smaïl Chergui: depuis le 3 février 2022, le Royaume en est d’ailleurs membre à part entière, en plus de disposer en la personne de Fathallah Sijilmassi du premier secrétaire général de la commission de l’UA de l’histoire, et cela depuis décembre 2021. Last but not least, la reconnaissance, en décembre 2020, par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara a également grandement changé la donne, dans la mesure où l’Occident, en général, tend de plus en plus à appuyer Rabat dans sa volonté de parachever son intégrité territoriale, et il faut sans doute aussi mettre sur ce compte le changement de position espagnol ou encore le fait que l’Allemagne salue désormais le plan d’autonomie. Même dans le monde non-occidental, on voit des puissances comme la Chine ou, à moindre échelle, les pays du groupe de Visegrad que sont la Hongrie, la Pologne, la Tchéquie et la Slovaquie se rapprocher du Maroc.

Changer son fusil d’épaule
Ayant décidé, après de longs mois de déclarations guerrières couplées notamment à des exercices militaires quasiment aux frontières marocaines, de rompre le 24 août 2021 ses relations avec le Maroc et refusant depuis lors toute médiation de la part de pays tiers, l’Algérie se résoudra-t-elle enfin à changer son fusil d’épaule et, en l’espèce, accepter la main que lui tend depuis novembre 2018 le roi Mohammed VI pour l’installation d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation? Ou préférera-t-elle plutôt perpétuer sa politique de la terre brûlée dont malheureusement les premières victimes sont les peuples marocain et algérien et plus généralement maghrébins? C’est, en tout état de cause, à ses dirigeants de décider, mais ce qui est sûr est que la recette qu’elle met actuellement en application ne lui réussit guère et est seulement pour lui faire essuyer davantage et davantage encore de camouflets...