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Diplomatie: Et Alger coupa le cordon

L’escalade n’aura pas suffi; cette fin du mois d’août 2021 aura finalement vu la voisine de l’Est rompre ses relations avec le Maroc. Triste pour le Maghreb, et triste surtout pour les peuples de la région.

Il fait relativement chaud, en cette fin d’après-midi du 24 août 2021, à Alger, et la grisaille qui couvre depuis la matinée le firmament n’atténue que peu la pesanteur du soleil, fort abrutissant comme il l’a été, presque chaque jour, tout au long de l’été. Sur les hauteurs de la ville notamment, là d’où l’on peut sans doute le mieux admirer la fameuse baie d’Alger ceinte de toute part d’une véritable jungle de béton recouvrant de milliers de bâtisses blanches l’horizon en pente, il n’y a, pour ainsi dire, pas matière à traîner plus que de mesure dans la rue, et c’est particulièrement le cas au riche quartier d’El Mouradia, célèbre entre autres pour abriter le palais présidentiel et où la plupart des résidents peuvent se prévaloir d’un intérieur climatisé.

Le Maroc en pâture
Mais à l’ambassade du Maroc, rue Abdelkader Azil, l’on a surtout cure de faire ses valises; les jours suivants devant de toute façon se dérouler sous le ciel plus clément de Rabat. Installé dans son confortable siège du centre international des conférences (CIC) du Club des Pins, station balnéaire de la banlieue algéroise ayant depuis l’indépendance de la France, au début des années 1960, la faveur des hauts dignitaires du régime, le ministre des Affaires étrangères algérien, Ramtane Lamamra, vient d’annoncer la rupture par son pays de ses relations avec le Maroc.

Soliloquant devant les représentants de médias algériens naturellement acquis, le chef de la diploma tie de la voisine de l’Est a donné une bonne douzaine de minutes durant le Royaume en pâture, en avançant notamment qu’il “a fait de son territoire national une franchise diplomatique et une tête de pont pour planifier, organiser et soutenir une série d’actions hostiles et caractérisées contre l’Algérie” ou encore que “les appareils sécuritaires et de propagande du Royaume du Maroc mènent une guerre médiatique de bas niveau et de grande envergure contre l’Algérie, son peuple et ses dirigeants”. “Il est historiquement et objectivement établi que le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de mener des actions hostiles, inamicales et malveillantes à l’encontre de notre pays et ce, depuis l’indépendance de l’Algérie,” a même soutenu M. Lamamra.

Appareils de propagande
Une surprise? Pas vraiment. Excipant de prétendus “actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie”, le département de M. Lamamra avait, le 19 août 2021 déjà, annoncé “la révision des relations entre les deux pays et l’intensification des contrôles sécuritaires aux frontières Ouest”. Depuis le 18 juillet 2021, Alger n’avait également plus d’ambassadeur à Rabat, en réaction au propos tenu le 13 juillet 2021 à la réunion ministérielle du Mouvement des non-alignés (MNA) par le représentant permanent du Maroc auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), Omar Hilale, en faveur de l’autodétermination de la Kabylie, région berbérophone du nord de l’Algérie.

Sans compter que depuis le début, en février 2019, du mouvement de protestation du Hirak, avec notamment comme slogan un État civil et non plus militaire comme c’est depuis quasiment soixante ans le cas, la junte en place fait tout pour détourner l’attention et multiplie principalement à l’encontre du Royaume les provocations, le président Abdelmadjid Tebboune étant allé jusqu’à agiter, début juin 2021 dans les colonnes de l’hebdomadaire français Le Point, la menace d’une guerre.

Ce qui fait qu’au moment où M. Lamamra fait sa déclaration, le staff de l’ambassade du Maroc est déjà averti -le ministère des Affaires étrangères qualifiera à ce propos, dans la foulée, la décision algérienne d’“attendue au regard de la logique d’escalade constatée ces dernières semaines” -; personne n’aura toutefois expecté que le même M. Lamamra n’en aura pas encore fini de fouler la bienséance diplomatique en cherchant à entrer en contact avec l’ambassadeur Lahcen Abdelkhalek pour le faire venir dans ses bureaux, le mal étant pourtant déjà fait.

Mécanisme de dialogue
“L’ambassadeur n’a, naturellement, pas donné suite,” nous a indiqué une source, confirmant du même coup une information déjà sortie dans les médias et que l’ancien ambassadeur d’Algérie auprès de l’Union européenne (UE), Amar Belani, n’a que maladroitement démentie dans une déclaration en date du 28 août 2021 au média électronique Echorouk Online. Mais avec les responsables algériens, l’on n’est donc pas à un geste inélégant près…

Le retour de M. Abdelkhalek au Maroc, finalement advenu le 27 août 2021 par le biais d’un avion de la Royal air Maroc (RAM), la compagnie aérienne nationale, indique que côté marocain, l’on ne s’attend sans doute pas à une reprise de sitôt des relations avec Alger, et ce en dépit des médiations menées d’abord dans l’ombre par l’Arabie saoudite et l’Égypte, puis plus ouvertement par la Mauritanie, dont le ministre des Affaires étrangères, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a eu aussi bien au téléphone, le 31 août 2021, M. Lamamra que son homologue marocain, Nasser Bourita. Pas que le Maroc ne soit pas en faveur d’une détente: au contraire, son communiqué de réaction met l’accent sur le fait qu’il “restera un partenaire crédible et loyal pour le peuple algérien”.

Aussi, la main tendue depuis novembre 2018 par le roi Mohammed VI et réitérée dans le dernier discours du Trône du 31 juillet 2021 pour la mise en place d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation reste toujours d’actualité. “Je rassure nos frères en Algérie: vous n’aurez jamais à craindre de la malveillance de la part du Maroc, qui n’est nullement un danger ou une menace pour vous,” avait, entre autres, insisté le Souverain dans ce discours, dont de larges parts avaient justement été consacrées à la question maroco-algérienne.

C’est, en vérité, plutôt en Algérie qu’il faut voir s’il y a vraiment la même volonté de bâtir le Maghreb, et à l’évidence, au vu du factuel en présence, c’est un niet informel. Qui souhaite à vrai dire aujourd’hui envenimer les choses, alors que l’on voit actuellement déployée, à la frontière, l’armée algérienne, là où une simple caserne militaire des Forces armées royales (FAR) dans la province de Jerada avait fait sortir jusqu’à M. Tebboune de ses gonds -ne parlons même pas des exercices militaires répétés, notamment celui des 17 et 18 janvier 2021 à la lisière du Sahara marocain-? Qui soutient, finance, abrite et arme depuis bientôt 46 ans le Front Polisario, en faisant du territoire algérien une véritable base arrière et en coordonnant même avec l’Iran pour entraîner les milices du mouvement séparatiste sahraoui? Doiton en vouloir au Maroc de faire jouer le même argument de l’autodétermination en Kabylie, alors qu’il doit chaque jour le subir dans ses provinces sahariennes, dans une atteinte flagrante à son intégrité territoriale?

Ceux qui appellent, à ce titre, à une réconciliation se trompent à bien plus d’un égard, car si belligérant il y a dans l’histoire, il est unique et ne dispose à coup sûr pas de bureaux à Rabat. Plutôt à El Mouradia, non loin de ce qui fut jusqu’à il y a quelques jours l’ambassade du Maroc...

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