Les difficultés des finances publiques s'aggravent

Une nouvelle sortie à l'international du trésor d’ici la fin de l'année

Le recours à l’endettement extérieur fait planer deux risques graves: une dette publique intenable et un fonctionnement de l’État par un endettement systématique. Une chose est sûre, l’endettement sert en grande partie à faire fonctionner les services de l’État et à rembourser les arriérés et les intérêts des dettes.

Dans une note diffusée le 4 novembre 2021, Attijari Global Research (AGR) a fait un point sur les besoins de financement du Trésor à fin septembre 2021. AGR note un besoin de financement sans grande pression sur les taux et un probable recours aux financements extérieurs d’ici la fin de l’année. Pourquoi une sortie à l’international alors que la ministre des Finances, Nadia Fettah Alaoui, vient d’annoncer que le prochain emprunt extérieur sera en 2022 et alors que les réserves en devises sont très confortables? AGR précise que «le besoin de financement a été financé en grande partie sur le marché intérieur, soit à hauteur de 87%».

Au dernier trimestre 2021, le recours aux financements extérieurs devrait s’accélérer et une détente sur les taux est attendue au T4. Selon les estimations d’AGR «plus que la moitié des besoins de financement du Trésor durant le T4-21 devrait provenir des financements extérieurs. Selon nos différents échanges, les investisseurs semblent anticiper une nouvelle sortie à l’international du Trésor d’ici la fin de l’année».

Pour comprendre le pourquoi du recours à la dette extérieure, il faut savoir que cette alternative permet de faire face à trois risques majeurs: un effet d’éviction du financement du Trésor aux dépens du secteur privé, une détérioration des réserves de change laissant présager un élargissement des bandes de fluctuation du dirham dans un contexte économique plus contraignant et, enfin, une volatilité accrue du marché obligataire impactant négativement l’épargne nationale.

Arriérés et intérêts
Les premier et le troisième risque sont les plus probables. L’effet d’éviction est craint car le Trésor se finance du marché intérieur, ce qui a pour conséquence une contraction de l’offre de crédits au profit des entreprises. La volatilité du marché obligataire est sans doute la raison derrière le report du grand emprunt national que l’ancien ministre des Finances avait programmé juste après les élections de septembre 2021.

Le recours à l’endettement extérieur fait planer deux risques graves: une dette publique intenable et un fonctionnement de l’État par un endettement systématique. Les recettes ordinaires de l’État s’élèvent à 255 milliards de dirhams alors que les dépenses ordinaires (masse salariale, équipements...) et les intérêts de la dette atteignent 270 milliards de dirhams, ce qui signifie un déficit de 15 milliards de dirhams.

Pour l’économiste Najib Akesbi, à cela se greffent 87 milliards de dirhams alloués à l’investissement, ce qui porte le déficit à 103 milliards de dirhams. Si on y ajoute le remboursement des dettes antérieures, d’une valeur de 61 milliards de dirhams, le déficit réel est porté à 164 milliards de dirhams, soit l’équivalent de plus de 16% du produit intérieur brut, alors que le gouvernement avance que le déficit est de l’ordre de 5,6%.

Une chose est sûre, l’endettement sert en grande partie à faire fonctionner les services de l’État et à rembourser les arriérés et les intérêts des dettes. Ce qui prouve que le gouvernement actuel marche sur les traces de ses prédécesseurs et n’apporte pas de véritables solutions aux difficultés financières et au tarissement de la recette fiscale qui durent depuis quelques années.

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