La DGSN poursuit sa modernisation

Une police de son siècle

Grâce à l’approche humaniste et humaine insufflée par Abdellatif Hammouchi depuis son arrivée aux commandes en mai 2015, la police marocaine en arrive désormais à faire figure de modèle international.

Si la police marocaine est aujourd’hui devenue un modèle au niveau international au point d’être sollicitée par le Qatar pour assurer une partie de la sécurité lors de la Coupe du monde de football qu’elle doit organiser du 21 novembre au 18 décembre 2022, c’est loin d’être le fruit d’un simple hasard.

Depuis que Abdellatif Hammouchi en a pris les commandes en mai 2015 dans le cadre du nouveau regroupement entre la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) et la Direction générale de la Surveillance du territoire national (DGST), que le concerné dirigeait depuis décembre 2005 déjà, l’institution policière nationale a opéré un véritable relifting qui va jusqu’aux uniformes, changés en janvier 2017 pour davantage coller à l’image du XXIe siècle.

Ainsi, loin est le temps où, au Maroc, le policier était avant tout le représentant de ce Makhzen que, avec le feu et la mer comme le veut l’adage populaire, il fallait redouter; toujours respecté, on lui associe désormais davantage les valeurs de professionnalisme et d’efficacité qui sont d’ailleurs loin d’être galvaudées, comme l’a notamment illustré le dernier bilan annuel de la DGSN rendu public le 20 décembre 2021 (dans lequel on trouve par exemple que sur l’année 2021 1.425.102 individus ont été déférés devant les parquets généraux, en augmentation de 43% par rapport à 2020).

Miser sur l’élément humain
La technique Hammouchi, pour ceux qui le suivent de près depuis ses premiers postes de responsabilité au sein de la DGST dans la seconde moitié des années 1990? Miser principalement sur l’élément humain. A cet égard, on ne peut pas dire que “le premier flic du Royaume” n’est pas aux petits soins avec ses troupes: augmentation régulière des salaires, dont la dernière en date de mai 2019, couplée aux généreuses primes octroyées à l’occasion des fêtes comme celle de l’Aïd el-Kébir ou de la fin de l’année, sans compter les promotions, qui auparavant se trouvaient inexplicablement reportées d’exercice budgétaire en exercice budgétaire avant que M. Hammouchi ne vienne y mettre le holà -18.921 fonctionnaires ont été promus rien qu’en 2021-, en plus des lettres de félicitations adressées aux éléments les plus méritants... Il va sans dire que M. Hammouchi jouit d’une popularité sans bornes au sein de la DGSN, comme cela se voit simplement dans les regards à l’évidence admiratifs qui se posent sur lui lorsqu’il se retrouve au milieu des policiers lors d’activités filmées par les médias. Mais ces mêmes policiers savent en même temps que leur patron peut tout aussi bien se montrer intraitable lorsque l’un d’eux se rend coupable de manquements.

Moralisation du service public
Un policier motard qui, fin avril 2022, avait pris en chasse au niveau de l’arrondissement d’Anfa, dans la ville de Casablanca, une moto transportant trois personnes, causant la mort d’un conducteur lors d’un accident qui s’en était suivi, l’avait appris à ses dépens en étant le jour même mis aux arrêts dans la célèbre prison de Oukacha, dans le quartier d’Aïn Sebaâ (lire n° 1439, du 06 au 12 mai 2022), et c’est ainsi que toujours selon le bilan de la DGSN, ce sont 286 mesures administratives qui ont été engagées par la direction au cours de l’année 2021.

Ce motif d’une police à visage humain est d’ailleurs présent dès les années de formation, notamment au sein du fameux Institut royal de police (IRP) de la ville de Kénitra, auquel vient par ailleurs de s’ajouter un deuxième le 15 novembre 2021 dans celle de Tanger. “Les programmes de formation sont le fruit d’une ingénierie pédagogique, qui vise à parvenir à une harmonie entre le contenu des programmes de formation de base et la pratique du terrain, dans le strict respect des libertés publiques et des principes des droits de l’Homme,” avait, à ce propos, souligné, au moment de l’inauguration du deuxième institut cité, le directeur de l’IRP, Ahmed Zaâri.

Derrière, il y a d’un côté, comme ce dernier l’avait lui-même mentionné, les “hautes instructions de S.M. le roi Mohammed VI, qui mettent l’accent sur le principe de moralisation du service public”, mais depuis le Printemps arabe les polices de la région, y compris celle du Maroc, ont également pour souci d’éviter les dépassements qui donneraient une impression de “hogra” au citoyen, étant donné que c’est précisément un de ces dépassements, en l’occurrence une gifle qu’une policière avait donnée au marchand ambulant tunisien Mohamed Bouazizi, qui avait déclenché lesdits événements en décembre 2010.

Dans ce sens, on se rappelle que fin mai 2018, M, Hammouchi avait prestement réagi après qu’eût commencé à circuler sur les réseaux sociaux une vidéo montrant un homme en train de baiser les mains et les pieds d’un officier de paix qui venait de lui saisir le triporteur qu’il utilisait pour commercer pour non-port de casque; l’officier en question était, d’un côté, suspendu et traduit devant le conseil disciplinaire, tandis que de l’autre côté l’homme était reçu par M. Hammouchi en personne afin de lui présenter les excuses de la police.

Partenariat sociétal
De la sorte, ce dernier envoyait sans doute autant un message externe, destiné à rassurer les citoyens par rapport à la bonne volonté des policiers, qu’interne, afin que tous se plient strictement au code déontologique des fonctionnaires de la Sûreté nationale; ce que les destinataires semblent avoir bien reçu puisque depuis lors aucun incident similaire n’a été à déplorer même au cours de la période de forte tension qu’a constitué l’état d’urgence sanitaire et au cours de laquelle la DGSN et ses quelque 78.000 femmes et hommes ont fait preuve d’une exemplarité saluée par tous.

Dans un message qu’il avait adressé en mars 2014 à la 31ème session du Conseil des ministres arabes de l'intérieur, tenue alors dans la ville de Marrakech, le roi Mohammed VI avait sans doute le mieux résumé cette approche intégrée: “La sécurité, dans son acception authentique et non étriquée, tend essentiellement à placer le citoyen au coeur des politiques publiques, dans le cadre d'un partenariat sociétal efficient, fondé sur la complémentarité entre l'État et le citoyen, l'intégration positive des impératifs de la sécurité avec ceux du développement et la protection des droits humains”.

Justement, le Souverain s’est lui-même personnellement impliqué pour que la police ne manque de rien, en appelant, dans son discours du Trône du 30 juillet 2016, le gouvernement dirigé à l’époque par le secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD), Abdelilah Benkirane, “à assurer à l’administration sécuritaire les ressources humaines et financières qui lui sont nécessaires pour remplir ses missions comme il se doit”, ce qui allait notamment donner, moins de trois ans plus tard, fin avril 2019, le lancement des travaux du nouveau siège de la DGSN, toujours en construction dans le quartier de Hay Ryad, dans la ville de Rabat, et dont le budget prévisionnel avait été estimé à deux milliards de dirhams (MMDH). De quoi permettre à la police marocaine de rester à l’avant-garde...