Deuxième table ronde en Suisse sur le Sahara

De bonnes cartes pour le Maroc

Mustapha Sehimi
Analyse de Mustapha Sehimi

Les 21 et 22 courant, se tient en Suisse, la deuxième rencontre placée sous l’égide des Nations Unies et relative sur la question du Sahara marocain, l’allemand Hortz Köhler, a envoyé la semaine dernière des invitations au Maroc, à l’Algérie, à la Mauritanie et au mouvement séparatistes du « Polisario » pour un rendez-vous qui a lieu non pas au Palais des Nations Unies à Genève – comme ce fut le cas pour la première table ronde les 5 et 6 décembre dernier – mais au Château Rosey, entre Genève et Lausanne. Cette rencontre a été préparée par des réunions qui ont lieu lors des précédentes semaines, notamment avec une délégation marocaine conduite par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Nasser Bourita, les 27 et 28 février à Paris, puis avec Abdelkader Messahel, alors chef de la diplomatie d’Alger, le 2 mars à Frankfort. Cette formule a dû être adoptée, dans une grande discrétion d’ailleurs, alors que le programme initial de l’émissaire onusien prévoyait voici quatre mois une tournée dans la région à la mi-février. C’est que la situation qui prévaut aujourd’hui en Algérie ne permettait pas d’honorer cet agenda. Et l’on a pu voir que dans cet intervalle, c’est Ramtane Lamamra, nouveau vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères qui a succédé le 10 mars courant à Abdelkader Messahel. Le nouveau responsable de la diplomatie algérienne connaît le dossier puisque c’est lui qui avait représenté son pays en tant que ministre des Affaires étrangères, lors des rounds de Manhasset entre 2007-2008.

L’Algérie n’a plus la même capacité ni influence diplomatique alors qu’elle traverse un séisme politique aux conséquences majeures sur sa politique intérieure et le rejet de son système actuel. Elle n’est plus fondée à invoquer le principe d’autodétermination des populations sahraouies alors que son peuple s’est dressé debout pour faire valoir ses droits démocratiques et ses libertés et que, par ailleurs, les populations des camps de Tindouf, elles aussi, sont soumises au joug de la répression et de la corruption. Dans la palette des revendications des millions de manifestants en Algérie, aucune voix ne se lève pour apporter quelque soutien à la « cause » sahraouie défendue par des séparatistes et instrumentalisée par la diplomatie officielle du pays voisin. Le « système » mis en cause inclut l’une de ses composantes, à savoir l’hostilité à l’endroit du Maroc à propos de la question de nos provinces sahariennes récupérées. En s’effondrant, l’échafaudage institutionnel en place depuis de six décennies, ne peut qu’entrainer avec lui le dossier séparatiste, levier de la nuisance d’Alger dirigée vers le Maroc.

Cela dit, la Maroc est aujourd’hui dans une position diplomatique encore plus favorable qu’il y a quatre mois. En premier lieu, rappelons-le, la faiblesse actuelle d’Alger au plan international, quêtant un soutien international pour tenter de sauver un système mis à bas par le peuple. En second lieu, des actes forts avantagent également Rabat qui se trouve pratiquement en position de force. Référence est faite ici à l’adoption par l’Union européenne de deux accords – l’un agricole et l’autre la pêche – couvrant l’ensemble du Royaume y compris bien sûr les provinces méridionales. Un revers pour Alger et le mouvement séparatiste alors qu’ils avaient fait de ces deux dossiers un cheval de bataille de leur propagande anti-marocaine. En dernier lieu, il faut souligner un autre succès marocain : celui de l’adoption par les Etats-Unis de la loi budgétaire 2019 incluant le Sahara dans le territoire marocain et faisant de cette région l’éligibilité aux aides américaines.

Quel peut être le bilan de cette deuxième table ronde dans la confédération helvétique ? Il faut aller plus loin qu’il y a quatre mois, bien entendu ; il importe d’identifier des pistes de règlement avec des mécanisme d’accompagnement et suivi ; il faut enfin que l’ Algérie – qui est le problème depuis plus de quatre décennies – arrive à opérer une révision déchirante de sa position et qu’elle prenne en considération que le Maroc a fait montre d’un grand esprit d’ouverture et de dialogue ; et que seule, en dernière instance, les principes définis dans son initiative d’autonomie interne présentée le 11 avril 2007 au Conseil de sécurité et validée depuis par cette haute instance onusienne sont le cadre d’un compromis politique réaliste. Reste à savoir qui, aujourd’hui, à Alger, a - ou peut avoir – la main pour avancer dans cette voie ?


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