Deux royaumes, un même destin

C’est en 1979 que SM Hassan II et le roi Juan Carlos d’Espagne s’étaient mis d’accord sur la concrétisation de la liaison fixe entre les deux pays. Retour sur l’histoire de ce projet qui fait tant rêver.


Le Roi Juan Carlos d’Espagne embrasse le Roi Hassan II au palais royal de Rabat le 10 juillet 1999.
Le roi Hassan II célèbre son 70e anniversaire.


Projet de la Liaison Fixe (PLF) entre l’Europe et l’Afrique à travers le Détroit de Gibraltar est un projet d’envergure intercontinentale, lancé conjointement par feus le Roi Hassan II et le Roi Juan Carlos I en juin 1979, dont l’importance est indéniable pour l’essor économique et social dans toute la zone concernée en Afrique et en Europe par le flux des échanges de personnes, de marchandises et de services et qui marquera un développement majeur des réseaux de transport et de l’aménagement du territoire sur les deux rives du Détroit.

Le 24 octobre 1980, un accord maroco-espagnol a été signé portant création du Comité Mixte (CM) intergouvernemental maroco-espagnol qui constitue l’organe de direction du PLF se réunissant chaque six mois et deux sociétés d’Etat chargées d’études suivant des plans de travail approuvés par le Comité Mixte et fonctionnant en parfaite symétrie selon le principe d’unicité du PLF : la Société Nationale d’Études du Détroit de Gibraltar (SNED) à Rabat et la Sociedad Española de Estudios para la Comunicación fija a través del Estrecho de Gibraltar, S.A. (SECEGSA) à Madrid.

Dans son discours du Trône du 3 mars 1982, SM Hassan II, qui venait d’effectuer une visite en Espagne avait évoqué le projet de liaison fixe en ces termes : « Lorsque nous nous sommes rendu en Espagne, nos entretiens fraternels avec son souverain, Sa Majesté Juan Carlos, ont été des plus utiles. Outre qu’ils assoient et confortent l’amitié de nos deux peuples, ils permettent de tracer les perspectives des relations existant entre nos deux pays, et du rôle que l’Espagne et le Maroc sont appelés à jouer dans l’ensemble de la région. Ne l’oublions pas, l’Espagne et le Maroc sont voisins, bientôt ils deviendront unis par ce que l’on nomme déjà «la liaison fixe».

Le 27 septembre 1989, les deux gouvernements ont conclu un deuxième accord bilatéral à l’issue des travaux du Comité Mixte qui a permis d’affiner celui de 1980 en accommodant le fonctionnement des Sociétés au progrès des études du Projet à l’époque et à la planification des actions futures. Le projet de liaison fixe constitue un lien fort, continu et pérenne des systèmes de transport, multiplie les potentiels de développement et est une plateforme logistique de premier ordre au niveau mondial, à travers son intégration aux réseaux de transport transeuropéens (exemple de la dynamique de réalisation des tunnels ferroviaires sous les Alpes) et transafricains (exemple des corridors Tanger-Lagos et Tanger-Le Caire) et leurs extensions vers les régions et pays voisins et un « hub » intercontinental, grâce à la position de porte d’entrée de la Méditerranée et la présence des deux grands ports internationaux, Tanger Med et Algésiras.


Sa composante géostratégique et les potentiels de développement du transport de masse qu’offre le ferroviaire sur de grandes distances, pèsent lourdement en faveur de sa réalisation et de l’implication de la communauté internationale, notamment l’Union Européenne, dans son financement, permettant de prendre en compte ses enjeux et ses impacts à toutes les échelles.

Il faut dire que l’idée de relier le Maroc à l’Espagne n’est pas nouvelle. Rien qu’au 20ème siècle plusieurs tentatives ont été menées pour construire ou un pont ou un tunnel. Après le Roi Alphonse 3 d’Espagne qui avait sollicité la France et l’Angleterre en 1918, sans succès, en raison de la crise économique qui a frappé l’Espagne, le lieutenant Pedro Jenevois a relancé le projet en 1926 avec l’appui des gouvernements français et espagnol.

Deux puits d’exploration de 400 m de profondeur sont alors forés à Tarifa et à la pointe Altares de Tanger4, mais la proclamation de la seconde République espagnole et la crise financière entrainent le gel du projet, malgré une tentative de réactivation en 1930. Dans les années 1950, l’ingénieur Alfonso Peña Boeuf propose de construire un pont sur le détroit. Mais il a fallu attendre la fin de la dictature en Espagne et la récupération par le Maroc de son Sahara, pour que SM Hassan II et le Roi juan Carlos remettent au goût du jour ce projet. Ainsi, le détroit de Gibraltar, qui est l’oeuvre d’Hercule selon la mythologie grecque, reliera les deux continents par la volonté des humains.

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