LE DEUX POIDS, DEUX MESURES DE STRASBOURG

Vote anti-Maroc du Parlement européen

L’on ne peut que regretter la perfidie du gouvernement Sanchez, qui a bien su faire oublier que sa discorde avec la partie marocaine a moins trait à la migration irrégulière qu’à l’affaire de M. Ghali.

Que le Parlement européen ait pris, ce 10 juin 2021, position contre le Maroc dans l’affaire de l’afflux de milliers de migrants irréguliers sur Sebta au mois de mai 2021 était, en fin de compte, attendu. Les images, généreusement relayées par les agences de presse du Vieux Continent où l’on voit notamment une majorité de mineurs tenter de se frayer un chemin vers le préside occupé, ont, pour le moins, desservi le Royaume, et même sur le plan interne l’opinion publique nationale en a été, à juste titre, choquée.

Mais il n’en reste pas moins que c’est fort de café de parler “de l’utilisation par le Maroc des contrôles aux frontières et des migrations, et en particulier, des mineurs non accompagnés, comme moyen d’exercer une pression politique contre un Etat membre de l’Union”, en l’occurrence l’Espagne, avec laquelle Rabat est en crise depuis qu’elle a ouvert, le 21 avril 2021, ses hôpitaux au secrétaire général du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, Brahim Ghali, pour de soi-disant “considérations humanitaires” liées à son atteinte de la Covid-19.

Depuis quand est-on considéré comme coupable avant même d’avoir été jugé? Quelles sont, plus exactement, les preuves dont disposent les eurodéputés pour avancer une telle accusation, dont il faut bien apprécier le caractère considérablement grave? Dans le paysage médiatique national, beaucoup de médias n’ont, certes, eux-mêmes pas été convaincus par la déclaration faite le 20 mai 2021 par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, qui pour expliquer ce qui s’était passé à Sebta avait excipé d’“un contexte de fatigue dans la police marocaine après les festivités de fin de ramadan”.

Mais Rabat avait-elle vraiment en tête qu’autant de mineurs tenteraient de passer les frontières? Ne se peut-il pas qu’elle-même ait été prise de court? Question d’autant plus légitime à se poser quand on voit l’insistance dont elle fait montre pour que ces mineurs ne soient pas transférés en Espagne métropolitaine, d’où ils risqueraient bien de ne plus revenir.

Le roi Mohammed VI suit d’ailleurs désormais personnellement le dossier, comme on l’a vu à travers ses nouvelles instructions du 1er juin 2021 à l’adresse du ministère de l’Intérieur et celui des Affaires étrangères pour définitivement trancher ce dossier. Mais de ces nuances, le Parlement européen ne semble avoir cure; et il ne serait sans doute pas totalement hors de propos de se dire que derrière cette nouvelle résolution, qui, soit dit en passant, n’est pas la première à être teintée d’anti-marocanisme, se trouvent des préjugés aux relents orientalistes pas si négligeables que cela, dans la mesure où l’on sent que pour une certaine classe politique d’outre-Méditerranée, le Maroc ne serait in fine qu’une simple satrapie digne de celles que décrivait en son temps Montesquieu, avec un gouvernement despote insoucieux de la dignité de ses ressortissants, et que partant l’on peut bien faire l’économie ne serait-ce que d’une mission parlementaire pour confronter le récit véhiculé à la réalité du terrain.

Et ici l’on ne peut, malheureusement, que regretter la triste perfidie du gouvernement Sanchez, qui a bien su jouer de cela pour noyer le poisson et faire oublier que la raison principale de sa discorde avec la partie marocaine a moins trait à la migration irrégulière qu’à l’affaire de M. Ghali.

Laquelle affaire est, à vrai dire, beaucoup plus sérieuse, puisque là où il est, foncièrement, question de simples suspicions, de l’autre existent des preuves formelles sur l’implication du leader séparatiste dans des actes de crimes contre l’humanité, tortures, génocide et séquestration, avec notamment les nombreux témoignages de ses victimes, dont des propres concitoyens de M. Sanchez -à rappeler, à cet égard, l’histoire des quelque 200 pêcheurs canariens assassinés dans la seconde moitié des années 1970, à une époque où M. Ghali dirigeait le département de la Défense du Polisario, au large du Sahara marocain.

Pourquoi le Parlement européen choisit-il justement d’ignorer cela? Lui qui semble si soucieux donc des droits humains, pourquoi n’accorde-til pas d’intérêt au plus précieux de ces droits, à savoir celui à la vie, éhonteusement piétiné par M. Ghali et ses sbires? On en revient, au final, au même point: que le Maroc n’a pas droit aux mêmes égards que ses adversaires. Il faut ceci dit saluer les 281 eurodéputés qui ont choisi soit de voter contre la résolution proposée par leurs collègues, soit de simplement s’abstenir -les “pour” se sont élevés à 397. Les majorités n’ont de toute façon pas toujours su épouser la courbe de l’Histoire...