Chronique de Driss El Fahli : Deux poids, deux mesures

Les systèmes judiciaires occidentaux montrent souvent des inégalités dans le traitement des crimes racistes.

La scène se passe vendredi dernier dans une ville du Val-de-Marne, en France. Un département érigé par construction politique pour éliminer la banlieue rouge autour de Paris.

Le pari politique de sa création partait de l’objectif de mélanger les populations ouvrières pauvres avec des tranches de Gaulois aisés afin de contrôler le conseil général par les partis de droite. Située à l’est d’Orly, Villecresnes fut jadis un village ouvrier.

Mourad est le jardinier arabe de service de ce village. Il a 29 ans. Il est marié à une française de souche, comme ils disent.

Dans le canton, les propriétaires arabes d’un pavillon sont rares. Rajaa en est une. Elle fait appel à Mourad pour élaguer son jardin. Mourad s’affaire à charger les branches coupées sur son camion qui gène la route.

Soudain, des klaxons bruissent. Un vieillard sort de sa voiture et vocifère en direction de Mourad des insultes racistes. Du bourricot, du bougnoule, du rentres chez toi en veux-tu en voilà. Mourad filme la scène. L’homme repart dans sa voiture et revient avec un cutter. Il tranche la gorge de Mourad. La vigueur de Mourad lui sauve la vie, mais sa gorge est tranchée sur 15 cm. Les secours arrivent. Mourad est transporté à l’hôpital.

Grâce au film, l’agresseur est arrêté chez lui. Selon le media StreetPress, Rajaa, femme arabe voilée, va au commissariat pour déposer plainte. Elle insiste pour qualifier l’agression de raciste, mais un fonctionnaire lui aurait affirmé que ce n’était pas la peine de déposer plainte. Mal reçue, elle repart sans le faire. Finalement, la qualification de l’agression n’a pas retenu le caractère raciste. Le parquet qualifie l’agression de « violence volontaire avec arme ». Un degré de moindre sanction estimé insuffisant par l’avocat de Mourad.

Le juge des libertés et de la détention n’a pas fait droit aux réquisitions du parquet qui requérait le placement en détention provisoire. Le raciste « bougnoulophobe » sera jugé pour dommages légers, le 16 mai 2024, le temps de réduire à zéro l’impact émotionnel de l’agression.


Entretemps, l’agresseur circule librement avec son cutter autour de la maison de Rajaa. Ni le ministre de l’intérieur, ni les médias de Bolloré, ni les grandes chaînes d’information en continu, ni la presse française ne se sont intéressés à cette tentative d’égorgement d’un Arabe.

Imaginons un court instant que c’est Mourad qui avait le cutter. Que Paul ou, pire encore, que Sion eût été le jardinier et Valérie de Machinchose la propriétaire du pavillon. Le brouhaha et le tapage médiatique que cela allait provoquer auraient été incommensurables.

Si ce crime n’a pas été qualifié de raciste, c’est en raison de la balance de deux poids deux mesures qui caractérisent le jugement des gouvernants, celui de la presse et des doctrines des partis de l’extrême droite occidentaux en général et de la France en particulier face aux épisodes arabes, musulmans et de couleurs.

Les systèmes judiciaires occidentaux montrent souvent des inégalités dans le traitement des crimes racistes. Les crimes contre les Arabes, les Musulmans et les Noirs ne sont pas traités avec la même rigueur que d’autres formes de discrimination.

Le rapport de septembre 2023 de l’Institut Montaigne montre que 82% des Français vivent un sentiment de déclin parfois estimé irréversible. 80% jugent le racisme bien présent en France.

Trouver un bouc émissaire dans l’Arabe, le Musulman et le Noir est une ligne facile à enjamber. Cela permet aux dirigeants politiques de collecter les voix racistes et de justifier leurs incapacités à résoudre les problèmes complexes de l’ethno-racisme structurel de leur société

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