Dette publique: le FMI tire la sonnette d'alarme


Roberto Cardarelli

Si elle se félicite des mesures prises par les autorités au cours des derniers mois pour parer à la Covid-19, l’institution de Bretton Woods s’inquiète toutefois du niveau de la dette qui dépasse désormais les 60% du PIB.

Compréhensif, le Fonds monétaire international (FMI) l’est à l’égard du Maroc, lui qui vient de dépêcher deux semaines durant une de ses équipes dans le Royaume pour établir un état des lieux des finances publiques nationales. Plus, le chef de l’équipe en question, à savoir l’Italien Roberto Cardarelli, s’est même félicité, lundi 2 novembre 2020, à l’issue de sa visite, de la gestion qu’ont faite au cours des quelque huit derniers mois les autorités marocaines de la pandémie de Covid-19 au plan macroéconomique, et ce en dépit d’un déficit budgétaire qui au bas mot devrait atteindre, si l’on en croit du moins le projet de loi des finances rectificative (PLFR) adopté le 20 juillet par le parlement, 7,5% du produit intérieur brut (PIB).

“La politique budgétaire a été assouplie de manière appropriée en 2020,” relève, ainsi, le concerné. Dans le détail, le FMI a bien pris en compte le fait que les pouvoirs publics ne pouvaient faire autrement que passer, au cours des derniers mois, à la caisse, à l’heure où des centaines de milliers de personnes se trouvaient sans emploi du fait de la déclaration, à partir du 20 mars, de l’état d’urgence sanitaire, sans autre moyen de subsistance que l’indemnité décrétée à leur endroit par le Comité de veille économique (CVE) le 27 mars.

Rééquilibrage budgétaire
Le secteur privé s’est également vu bénéficier, dans le même sillage, d’une multitude de mesures, consistant notamment en la mise en place, dans un premier temps, du mécanisme Damane Oxygène pour couvrir les charges d’exploitations des entreprises à un seuil susceptible d’atteindre 20 millions de dirhams, puis, à partir du 15 juin, de Relance TPE et de Damane Relance au profit respectivement des très petites entreprises (TPE) et des petites, moyennes et grandes entreprises pour payer leurs fournisseurs. Dans le cadre du plan de relance annoncé par le roi Mohammed VI dans son dernier discours du Trône du 29 juillet, ces deux derniers mécanismes accaparent même quelque 75 milliards de dirhams (MMDH), sur un budget total de 120 MMDH.

M. Cardarelli, dans sa déclaration susmentionnée, a, à ce dernier égard, “salue[ r] l’intention des autorités de soutenir la reprise en 2021”. “[Les services du FMI] conviennent aussi avec les autorités que le processus de rééquilibrage budgétaire doit être progressif et ne devrait être entrepris que lorsque la reprise économique sera solide,” ajoute-t-il, en outre. Toutefois, il semble que l’institution de Bretton Woods s’inquiète de ce que pour combler en partie le déficit budgétaire, l’Etat se soit, au cours des derniers mois, par trop endetté, sans toutefois le dire aussi ouvertement. Elle estime, ainsi, que la dette publique devrait être ramenée à moins de 60% du PIB, alors que selon l’agence de notation Fitch Rating par exemple, cette dette devrait atteindre à fin 2020 68,5%.

Du reste, le FMI anticipe, pour cette année, une récession située “dans une fourchette de 6 à 7%” et susceptible d’être en partie résorbée en 2021, dans la mesure où la croissance pourrait enregistrer le taux de 4,5%. “Mais cette projection de référence est sujette à de considérables risques baissiers,” soulève M. Cardarelli, allusion à la pandémie mais aussi à la sécheresse qui pourrait bien continuer encore de hanter le Maroc au cours des prochains mois.