Les détenus provisoires encombrent les prisons

Rapport annuel de la délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion

Des prisons pleines à craquer. Ce sont principalement des «détenus provisoires» qui les peuplent. En dehors de ces deux postulats, aucun cas de contamination au Covid-19 n’a été enregistré dans les prisons marocaines en 2020.

Pas de grandes surprises! Le rapport annuel de la Délégation générale à l’Administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), retraçant les récents chiffres sur la population carcérale au Maroc, ses activités éducatives et professionnelles au cours de l’année 2020, publié lundi 10 mai 2021, a révélé encore une fois les mêmes postulats de la réalité carcérale au Maroc: la surpopulation des prisons et l’interminable détention préventive d’un grand nombre de personnes en attente de leur jugement.

A fin 2020, 84.990 personnes étaient détenues, dont près de 2.000 femmes. Les hommes représentent donc plus de 97% du total. On compte aussi 943 mineurs au sein de la population carcérale.

En juillet 2020, un rapport d’une commission parlementaire a démontré que sur les cinq dernières années, le nombre de détenus a augmenté de 20%. A titre d’exemple, selon le même rapport, la prison de Aïn Sebaâ, à Casablanca, abrite 7.555 personnes, alors que sa capacité d’accueil de 5.000 individus. À la prison de Moul Bergui, à Safi, la capacité limite est de 1.449 prisonniers alors qu’elle en abrite 2.558.

Une baisse du nombre des détenus a été remarquée entre 2019 et 2020, imputée à la grâce royale accordée à un nombre élevé de détenus en 2020, ainsi qu’à la suspension des tribunaux durant la période de confinement avec, en parallèle, une diminution notable de la criminalité. Ces mêmes raisons expliquent la chute du nombre de nouveaux détenus, puisque les établissements pénitentiaires marocains en ont accueilli 112.540 en 2019, contre 104.917 en 2020.

Des réalisations positives
En dépit de cette légère baisse, la surpopulation carcérale créé un nombre important d’agressions et d’auto-agressions. La principale cause de cette situation généralisée est le nombre record de détenus à titre provisoire. En effet, à fin 2020, 38.837 détenus (soit 45,70% des 84.990) étaient en détention préventive, tandis que 54,30% ont fait l’objet d’une condamnation définitive.

Pire, 95,44% des nouveaux détenus en 2020 (soit plus de 104.000) ont été placés en détention préventive, tandis que 4,56% ont été jugés. Au-delà de ces deux postulats, le rapport montre des avancées remarquables. Il suffit de relever qu’aucun cas de contamination au Covid-19 n’a été décelé parmi cette population carcérale, ce qui dénote des efforts considérables de l’administration pénitentiaire pour préserver la santé des détenus.

Aussi, au titre de l’année scolaire 2019-2020, plus de 4.000 détenus ont été inscrits dans les programmes éducatifs et 122 dans les programmes d’éducation non formelle. La DGAPR a veillé à mettre en place les conditions sanitaires convenables pour les détenus bacheliers, en collaboration avec le ministère de l’Education nationale.

Le nombre de centres d’examen au sein des établissements pénitentiaires a été porté à 48 au lieu de 15 mis en place l’année précédente (2018-2019). Des réalisations positives annuelles qui font oublier provisoirement la triste réalité de la surpopulation et de la détention provisoire.