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Détenus du hirak: Zefzafi obtient gain de cause

L’administration pénitentiaire a, finalement, accédé à la demande du leader du mouvement de protestation rifain d’être réuni dans une seul et même prison avec les siens.

La Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) va finalement procéder au regroupement des détenus du mouvement de protestation rifain du Hirak dans une seule et même prison, en l’occurrence celle de Tanger 2. L’institution dirigée par Mohamed Salah Tamek a répondu favorablement, ce mercredi 17 février 2021, à une demande dans ce sens des concernés, après que ces derniers furent entrés cinq jours plus tôt en grève de la faim. Laquelle grève de la faim a été levée dès lors que les détenus ont appris la décision de la DGAPR à leur égard.

Les détenus en question sont au nombre de six et comptent notamment le leader du Hirak, Nasser Zefzafi, un des deux seuls avec Mohamed Jelloul à ne pas avoir été transféré le 21 janvier 2021 depuis Tanger 2 par la DGAPR -le numéro 2 et “dynamo” du Hirak, Nabil Ahamjik, se trouve lui, par exemple, désormais à la prison d’Oujda 2. La délégation avait, ainsi, voulu sévir contre ce qu’elle avait qualifié de “comportements contraires à la loi”: elle avait notamment fait mention, dans un communiqué, d’“abus d’utilisation du service téléphone fixe pour passer des appels qui ne servent pas à la préservation des liens familiaux et sociaux”; ce que les détenus avaient contesté en observant à partir de la veille de leur dispersement en grève de la faim.

Sorties au vitriol
La DGAPR avait également critiqué, suite à leur dernière grève de la faim, les détenus, “se décharge[ant] entièrement des effets sanitaires de” ce qu’elle avait taxé de “comportement insensé» de leur part et affirmant que ceux-ci n’avaient pas pris soin de “préciser les causes” de leur grève. Elle avait, à la même occasion, accusé le père d’un des détenus, sans donner son nom, de mentir en avançant que son fils aurait aussi été en grève alors que selon elle il “prend ses repas de manière régulière”.

Les détenus ont, soit dit en passant, presque systématiquement été en conflit avec la DGAPR depuis leur emprisonnement à partir de mai 2017, M. Zefzafi l’ayant notamment prise à partie dans l’audio qu’il avait fait diffuser fin octobre 2019 sur les réseaux sociaux. Et cela ne risque sans doute pas de changer en dépit du fait que la DGAPR ait fait machine arrière, les deux parties n’étant à l’évidence pas sur la même longueur d’ondes et voyant les choses entièrement différemment. Le père de M. Zefzafi, à savoir Ahmed Zefzafi, est notamment connu pour ses sorties au vitriol contre M. Tamek.

Selon différentes sources médiatiques, le dossier des détenus du Hirak pourrait, ceci dit, connaître bientôt une évolution, peut-être dans le sens de leur libération. Le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), dont la présidente, Amina Bouayach, vient d’ailleurs de recevoir certains anciens détenus dans ses locaux dans la ville de Rabat, s’activerait en tout cas à cet effet, tout comme une partie de la classe politique avec entre autres le secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM), Abdellatif Ouahbi, qui envisage même de donner la possibilité aux activistes de se présenter aux prochaines élections sous les couleurs de son parti. S’il n’est pas gracié, M. Zefzafi pourrait, lui, passer vingt ans à l’ombre, peine à laquelle la justice l’avait condamné le 27 juin 2018 pour “atteinte à la sûreté de l’État”.