Dessine-moi le Maroc de demain

L'urgence est plus que jamais de réorganiser notre économie, de la mettre au service de la société.

Plus de dix mois se sont écoulés après la mise en place, par la Commission spéciale pour le Modèle de développement (CSMD), d’un dispositif ambitieux pour recueillir les attentes des citoyens et leurs principales préoccupations en matière de développement, ainsi que leurs propositions pour le Maroc qu’ils souhaitent. Ce processus de consultations élargies mené par CSMD depuis décembre 2019, «touche à sa fin». Un rapport sera remis à S.M. le Roi Mohammed VI «au plus tard début janvier 2021», conformément aux Hautes Orientations du Souverain.

Tout le monde a été consulté, à commencer par les partis politiques, sans oublier les opérateurs économiques, les syndicats, les différentes composantes de la société civile, l’administration publique, les universités et les organismes internationaux spécialisés. Chacun y va de sa contribution.

Les membres de la Commission se sont déplacés dans plusieurs régions du Royaume pour mener des rencontres citoyennes et des visites sur le terrain, durant lesquelles l’échange avec les populations a permis d’appréhender les attentes des acteurs et des citoyens sur les territoires.

Au-delà de l’intérêt particulier accordé aux douze régions du Royaume, c’est autour de la crise sanitaire du Covid-19 que les regards se sont tournés. En saisir l’impact pourrait donner des pistes pour mettre en place un nouveau modèle de développement. Un modèle qui donne sens. Sans anticiper sur les grandes lignes de réflexion que la Commission spéciale va nous proposer, tout l’enjeu le développement est de poser correctement les termes du débat autour de la crise économique et sociale post- Covid. Crise à laquelle il faut répondre par trouver les solutions les plus adéquates pour mieux préparer le Maroc de demain.

Ce que nous enseigne la période actuelle de récession post-covid c’est que rien n’a changé dans le système économique et social. Pire, les inégalités se sont exacerbées: les plus aisés ont pu épargner et les travailleurs pauvres ont été les plus exposés. L’urgence est plus que jamais de réorganiser notre économie, de la mettre au service de la société, dans le respect des limites de la biosphère. En tant que citoyen, je ne peux me reposer sur le Produit Intérieur Brut (PIB) comme boussole, car il ne dit rien sur l’état des inégalités ou de la biodiversité. Croissance ou récession, cela revient à se référer à un indicateur, pensé pour les trente glorieuses. Il faut sortir de l’obsession de cet indicateur, passer du plus au mieux, du quantitatif au qualitatif. En somme, donner du sens, remettre l’économie au service de l’intérêt général.

La crise sanitaire ne nous a-t-elle pas appris qu’il faut sauver des vies humaines, et ce même au prix de formidables sacrifices. Les nombreuses enquêtes effectuées ici et là ne nous ont –elles pas montré les conséquences des récessions économiques. Des faillites et des pertes d’emploi entrainant, outre un appauvrissement, ces «blessures morales» (selon l’expression de l’anthropologue Axel Honneth) qui favorisent les pathologies telles les addictions ou les violences familiales.


X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger