Des députés marocains interpellent leurs homologues européens sur la situation dans les camps de Tindouf

Les députés marocains membres de la commission parlementaire mixte Maroc/UE ont interpellé, mardi 17 mai 2022, leurs homologues européens sur les "violations systématiques" et la "situation désastreuse" des droits humains dans les camps de Tindouf, dans le sud-ouest algérien, où les soi-disant "réfugiés" sont entreposés depuis des décennies. "Cette situation nous préoccupe en tant que députés marocains car une bonne partie des populations séquestrées dans les camps de Tindouf sont des Sahraouis marocains", a souligné Lahcen Haddad, coprésident de la commission parlementaire mixte Maroc-UE, dans une lettre ouverte adressée aux députés européens.

M. Haddad a, dans ce sens, précisé que l'Algérie considère les Sahraouis marocains (ainsi que d'autres venant de la région du Sahel) sur son sol comme des réfugiés, alors que le Maroc les considère comme des populations séquestrées détenues contre leur gré dans les camps de Tindouf. Bien qu'elle les considère comme des réfugiés, l'Algérie ne leur applique pas la Convention de Genève de 1951, ni le Protocole de 1967 y afférent. Outre le fait qu'ils sont entreposés, leur libre circulation est contrôlée et ils ne sont pas autorisés à se rendre dans des pays tiers, ni à exercer une activité lucrative, a fait observer M. Haddad qui a fustigé cet "entreposage", qui est contraire à l'esprit et à la lettre du droit international sur les réfugiés.

Malgré les appels réguliers du Conseil de sécurité de l'ONU et du HCR pour que l'Algérie compte et enregistre les réfugiés sahraouis comme le stipule le droit international, l'identité et le nombre de ces présumés réfugiés restent un mystère.

Dans sa note du 28 septembre 2018, le HCR a confirmé que le chiffre officiel de planification des "réfugiés sahraouis dans les camps de Tindouf en Algérie" est de "90.000", un chiffre qui a été complété depuis 2006 par "35.000 rations supplémentaires", a tenu à rappeler M. Haddad, ajoutant que le HCR continuera cependant de s'appuyer sur ces chiffres jusqu'à ce qu'un exercice d'enregistrement à part entière soit effectué. Les 35.000 rations supplémentaires ont été ajoutées pour faire face à l'impact des inondations sur les plus vulnérables et ont été conservées pour faire face à des catastrophes naturelles telles que des inondations ou de graves sécheresses.

"L'Algérie et le Polisario affirment qu'un plus grand nombre de réfugiés vivent dans les camps et reçoivent une aide humanitaire à la lumière de ces estimations, très probablement, exagérées. Mais ils refusent continuellement de compter et d'enregistrer les "réfugiés" malgré les appels constants du HCR et du Conseil de sécurité de l'ONU", a expliqué M. Haddad, ajoutant que des preuves anecdotiques montrent qu'une partie de l'aide humanitaire est vendue par des responsables du Polisario sur le marché noir dans le sud de l'Algérie et la région du Sahel.

L'Office de lutte antifraude de l'Union Européenne a découvert en 2015 que l'aide humanitaire de l'UE, qui s'est élevée à 105 millions d'euros au fil des ans, a été régulièrement détournée par le Polisario pour des activités telles que l'achat d'armes. La même question a fait l'objet d'une motion de résolution déposée par les parlementaires européens le 24 juillet 2020.