Déficit public : Et les pertes continuent

N’était le Fonds d’urgence pour la gestion de la Covid-19, le déficit public aurait pu être plus de 50% plus grave qu’en 2019, selon les derniers chiffres du ministère de l’Économie. Mais déjà le manque à gagner dépasse les 14 MMDH.

Il va sans dire que l’État a beaucoup perdu au change, au cours des derniers mois, du fait de la pandémie de Covid-19. Mais jusqu’à quel point exactement? Le ministère de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’administration, dans la situation des charges et ressources du Trésor à fin septembre 2020 dont elle vient de se fendre sur son site web ce 15 octobre, donne la réponse, et celle-ci est comme on pouvait l’imaginer: cataclysmique.

Ainsi, en une année, le déficit public s’est alourdi de 14,3 milliards de dirhams (MMDH), pour atteindre désormais les 42,8 MMDH au lieu des 28,5 MMDH enregistrés un an plus tôt, et même 50,8 MMDH si l’on fait l’impasse sur la manne qu’a représenté le Fonds spécial mis en place le 16 mars pour gérer la pandémie. Il y a eu de fait, d’un côté, un tarissement des recettes, notamment fiscales, du fait du ralentissement dû aux multiples confinements décrétés de part et d’autre dans le Royaume depuis la déclaration de l’état d’urgence sanitaire le 20 mars. Car si l’économie ne produit pas, impossible, du coup, de l’imposer.

Dépenses incompressibles
Par voie de conséquence, ces recettes se sont estimées, au final, à 147,3 MMDH, en baisse de 7,3% par rapport à septembre 2019. Les droits d’enregistrement et de timbres ont même vu, à cet égard, leurs bénéfices ponctionnés de plus d’un cinquième, à hauteur de 20,1% plus précisément. Et dans le même sens, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a, par ailleurs, rapporté 9,3% de moins à l’État comparativement à l’année précédente.

Mais il y a eu aussi, du reste, une hausse des dépenses ordinaires d’exactement 5,6%, notamment celles en biens et services (+7,4% d’augmentation à elles seules). Ces dépenses pèsent, ainsi, de 175,5 MMDH, et elles auraient même pu s’avérer plus accentuées n’était la faible consommation des produits pétroliers et la baisse des cours du gaz butane, qui ont épargné au budget public 5,8% par rapport à 2019.

Ces chiffres du ministère de l’Économie abondent, surtout, dans le sens d’un déficit qui devrait représenter, à fin 2020, -7,5% du produit intérieur brut (PIB), tel que l’avait prévu le projet de loi des finances rectificative (PLFR) adopté par le parlement le 20 juillet, en prenant bien sûr en compte les quelque 20 MMDH d’emprunts contractés tout au long des six derniers mois par le gouvernement, dont ultimement 1 milliard d’euros le 24 septembre sur le marché financier international.

Si le projet de loi des finances (PLF) que s’apprête à soumettre le ministre Mohamed Benchaâboun ce 19 octobre à la Chambre des représentant pour l’année 2021 fait mention, lui, d’un déficit de “seulement” 6,5%, ce sera sans nul doute à grand renfort d’équilibrisme, surtout avec par exemple les dépenses “incompressibles” regardant la généralisation de l’assurance maladie obligatoire (AMO) ou encore l’organisation des élections, et, en plus, un budget d’investissements prévu de 230 MMDH comme révélé au cours du conseil des ministres de ce 14 octobre. Pari impossible, en fait?.


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