Déconfinés, les Casablancais s’attaquent à leur plage

RETOUR DE L’INCIVISME

Les habitants de la métropole qui ont attendu avec impatience le déconfinement pour reprendre leurs activités estivales, ont fait preuve d’un manque de civisme inouïe. Masques, canettes, couches de bébé… la plage de la ville blanche ressemble à une décharge.

Très tôt le matin, ce vendredi 10 juillet, soit 15 jours après la levée du confinement, Aïn Diab a perdu son climat clair et son air frais. Alors que plusieurs poubelles ont été installées le long de la corniche, dans le cadre des dernières rénovations qu’a connues le paysage côtier, les Casablancais ne peuvent s’empêcher de jeter leurs déchets un peu partout, en n’épargnant ni la corniche, ni la plage.

Les joggeurs, nageurs, et sportifs casablancais, qui adorent profiter du calme de la corniche aux premières heures de la matinée, ont été déçus de voir à quoi ressemble la plage de la ville. Les estivants ont fait de cet espace de détente et de rencontre avec la nature une décharge à déchets. Couches de bébé, bouteilles en plastique, canettes, restes de repas… ces déchets habituels qui remplissent nos plages, deviennent de plus en plus nombreux.

Masques et gants, les nouveaux ennemis de l’environnement ont également fait leur apparition dans la plage de la ville blanche. Malgré les nombreuses campagnes visant à sensibiliser les Marocains sur l’importance de l’hygiène et du respect des espaces publics, en cette période de Coronavirus, le message ne semble pas donner effet. L’incivisme et la nonchalance des citoyens atteint son comble, en cette période de crise sanitaire, qui nécessite plus que jamais une correction des mauvaises habitudes.

A quand les sanctions?
Dans l’un de ses discours, le défunt Abderrahim Harouchi, ancien ministre de la Santé et membre fondateur de l’Association Afak Civisme et Développement, avait dit que «Le développement ne relève pas de la seule responsabilité des gouvernants, pas plus qu’il ne doit se réduire à la croissance des indicateurs macro-économiques. La vraie locomotive du développement, c’est d’abord le facteur humain».

Boundif, Bahri de Saad Abid, ou actions volontaires, les campagnes de nettoyage des plages n’ont cessé de tenter de sensibiliser les estivants quant à l’importance de préserver ces espaces des déchets. Mais rien n’y fait, si le département de l’Environnement vient d’indiquer dans un rapport que plus de 87% des eaux de baignade sur les plages marocaines sont conformes aux normes de qualité microbiologique pour la période 2016- 2019, ce chiffre peut réellement se dégrader si les Marocains ne se réveillent pas, en faisant de la nature de leur pays, une priorité. Avec des gestes simples, que nous pouvons adopter, et transmettre à nos enfants, la nature de notre pays peut respirer. Quelle est la différence entre jeter nos déchets par terre ou dans une poubelle appropriée? En terme d’effort, cela ne nous demande rien, mais en terme de gain, cela nous épargne beaucoup de maladie, de pollution et nous permet d’alléger le travail monstre des agents de la propreté.

Rondons un hommage aux hommes et femmes, gendarmes de la propreté, qui s’activent quotidiennement en toute discrétion pour assurer leur mission. Ahmed, ce quarantenaire qui a été présent ce matin à Aïn diab, se penche toutes les minutes pour ramasser les déchets des autres. Avec une poubelle qui dépasse sa taille, ce monsieur ose espérer qu’un jour, les citoyens puissent penser à lui et à ses collègues en ayant un comportement plus responsable afin d’alléger leur lourde tâche au quotidien.

Pour faire face à ces agissements allant à l’encontre du civisme de la part des citoyens qui se débarrassent des déchets de manière anarchique, les autorités de la ville de Casablanca avaient envisagé d’activer le volet lié aux sanctions prévu dans la loi 20.00 relative à la gestion des déchets et à leur élimination. Ladite loi prévoit une amende de 200 à 10.000 dirhams lorsqu’il s’agit de dépôt, de rejet, d’enfouissement, de stockage, de traitement, d’incinération ou d’élimination des déchets ménagers ou assimilés, ou des déchets industriels, médicaux et pharmaceutiques non dangereux ou des déchets inertes ou des déchets agricoles en dehors des endroits désignés à cet effet. Cette action n’a jamais vu le jour, et l’impunité nourrit les transgressions.


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