DÉCONFINEMENT: LES MAROCAINS DEVRONT RESTER EXEMPLAIRES

Au risque que tous les acquis des trois derniers mois partent rapidement en fumée, l’étape à suivre devra d’abord et surtout être celle de la vigilance, au risque de connaître une deuxième vague du Covid-19 à tout le moins catastrophique pour le pays et pour le système de santé.

C’est le moins que l’on puisse dire: excepté les cas particuliers des préfectures et provinces de Tanger-Assilah, Marrakech, Larache et Kénitra, sur lesquels il sera utile de revenir plus tard, l’ambiance a été à la fête en ce week-end du 19 au 21 juin 2020 au Maroc, avec les mesures successives annoncées par les pouvoirs publics dans le sens du déconfinement du territoire national.

Certes, il n’est encore question pour l’heure, comme le martèlent les différents départements gouvernementaux depuis plusieurs semaines, que d’un “allègement”, en attendant que la vie reprenne véritablement son cours normal lorsque les indicateurs se seront longtemps installés dans un trend positif. Mais après plus de trois mois à avoir, la majorité du temps, eu à rester cloîtrés sinon chez eux, du moins les uns vis-à-vis des autres -en général-, le soulagement ne pouvait qu’être de mise parmi les Marocains.

Surtout que des fuites dans les jours précédents avançaient une nouvelle prolongation de deux mois de l’état d’urgence sanitaire -jusqu’au 10 août-: s’il est toujours question de celui-ci, cependant seulement pour un autre mois -pour le moment-, le confinement n’aura, lui, pas à s’étendre autant de temps.

Maintenir la distanciation
De toute façon, rien ne pouvait le légitimer encore, dans la mesure où du propre aveu du ministre de la Santé, à savoir Khalid Aït Taleb, “la situation épidémiologique que traverse aujourd’hui notre pays est très rassurante” -propos que le responsable a tenu ce 21 juin lors d’une conférence en ligne organisée par l’Association nationale des cliniques privées (ANCP). Ainsi, même le fameux taux de reproduction, sur la base duquel le gouvernement Saâd Eddine El Othmani avait pour la deuxième fois consécutive reconduit le confinement le 20 mai alors que sur tous les autres plans tout baignait parfaitement, est aujourd’hui en deçà de 0,7, ce qui signifie qu’un malade du Covid-19 va en moyenne contaminer moins de 0,7 personne -taux minimum recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) aux pays avant de commencer à considérer leur déconfinement.

Une véritable réussite que, bien entendu, l’on doit d’abord et surtout à la haute conscience civique des Marocains, comme le ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, porte-parole du gouvernement, Saïd Amzazi, a tenu à le saluer au cours de son passage de ce 21 juin sur le journal télévisé de la chaîne Al-Aoula; laquelle conscience devra, ceci étant, nécessairement rester de rigueur, au risque de connaître une deuxième vague susceptible d’être, à tout le moins, chaotique pour le système de santé national. Car croire que le Maroc est désormais sorti de l’auberge ou qu’il a définitivement vaincu le Covid-19 ne saurait être plus faux. Ainsi, M. Amzazi, toujours lui, a souligné sur Al-Aoula que “nous nous apprêtons à vivre avec le virus”.

Déclaration que d’autres ministres du gouvernement El Othmani et M. El Othmani lui même ont maintes fois également tenue au cours des semaines précédentes. Dans ce sens, il faudra fatalement se plier, et ce pour bien longtemps encore, à la série de règles conjointement édictées par le ministère de l’Intérieur, celui de la Santé et celui de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie verte et numérique dans leur communiqué du 21 juin.

Ces règles visent particulièrement les commerces comme les cafés et les magasins, les espaces de loisirs et de divertissement, les institutions touristiques et les salons de coiffure et d’esthétique, qui devront faire en sorte, afin de prévenir l’apparition de nouveaux foyers épidémiques, de fonctionner à une capacité réduite de 50% au grand maximum.

Par ailleurs, dans les plages et les espaces publics en plein air tels les parcs, les jardins et les lieux publics, les citoyens devront, évidemment, s’astreindre à maintenir les mêmes mesures de distanciation physique en place depuis fin mars, tout en continuant bien entendu de porter des masques, sous peine d’être arrêtés et mis en prison pour mise en danger de vie d’autrui. Ils sont, en outre, fortement encouragés à user de l’application Wiqaytna, que le ministère de l’Intérieur a mis à leur disposition aussi bien sur Android qu’iOS depuis le 11 mai afin de pouvoir tracer les cas de contaminations et pouvoir les isoler rapidement et bien sûr les traiter -à rappeler, à cet égard, la décision en date du 14 juin des autorités de placer tous les malades actuels et futurs dans les hôpitaux de campagne installés par les Forces armées royales (FAR) à Benslimane et Ben Guerir.

Testing à grande échelle
Et, il va sans dire, les industriels, surtout, devront faire preuve du plus grand sens de la responsabilité envers leur pays, et d’abord envers leurs salariés: autrement, ce qui s’est produit dans les unités d’emballage de fruits rouges Frigodar et Natberry, avec quelque 700 cas répertoriés rien que pour le moment, finira incessamment par faire des émules. Il est, ainsi, totalement inacceptable que d’aucuns privilégient leurs intérêts pécuniaires à la santé de leurs concitoyens, et si des manquements sont établis, il faudra les punir, et sévèrement: les Marocains ont tant sacrifié au cours des trois derniers mois et méritent bien ce minimum d’égard envers eux et, tout bonnement, envers leurs vies, car c’est de celles-ci qu’il s’agit en dernier ressort.

L’Etat devra, pour ainsi dire, veiller au grain. Au niveau de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), à laquelle le roi Mohammed VI avait confié début juin la mission délicate de mener, en partenariat avec les ministères de la Santé et de l’Intérieur, une large campagne de dépistage au sein du secteur privé, le testing devra se poursuivre à grande échelle, de sorte à avoir, par là même, une maîtrise on ne peut meilleure de la propagation du Covid-19 ici et là. Plutôt que de déconfinement, l’étape que s’apprête à franchir le Maroc à partir du 24 juin est fondamentalement celle de la vigilance.


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