Décès du président tchadien Idriss Deby Itno: Fin de plus de 30 ans de règne

Le président tchadien Idriss Deby Itno est décédé, mardi 20 avril 2021, des suites de blessures subies durant des combats entre l’armée tchadienne et des rebelles dans le nord du pays. Une mort qui risque d’avoir un impact sur la stabilité dans la région Sahel.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Après plus de trente ans au pouvoir, le président tchadien Idriss Deby Itno a rendu l’âme, après avoir été blessé au front lors d’une opération militaire contre des rebelles à 300 km au nord de la capitale N’Djamena. L’annonce en a été faite par l’armée, dans un communiqué lu à l’antenne de TV Tchad, la chaîne nationale.

«Le président de la république, chef de l’Etat, chef suprême des armées, Idriss Déby Itno, vient de connaître son dernier souffle en défendant l’intégrité territoriale sur le champ de bataille. C’est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien le décès ce mardi 20 avril 2021 du maréchal du Tchad», déclare le général Azem Bermandoa Agouna. Le militaire de 68 ans qui a dirigé le Tchad pendant plus de trente ans, venait pourtant d’être réélu pour un sixième mandat la veille, avec 79,32% des voix, selon les résultats provisoires.

Impact sur la stabilité dans le Sahel
Quelques heures après cette note nécrologique, l’armée annonce la mise en place d’un Conseil militaire de transition (CMT) composé de quinze généraux, avec à sa tête le fils du défunt chef d’Etat Mahamat Idriss Deby, général quatre étoiles, âgé de 37 ans. Ce dernier, qui était jusque-là le chef de la Garde présidentielle, a dissout le gouvernement et l’Assemblée nationale et juré que de nouvelles institutions verraient le jour après des élections «libres et démocratiques» dans dix-huit mois. Le CMT décrète aussi un couvre-feu à partir de 20h et la fermeture des frontières, avant d’annoncer la réouverture du ciel tchadien le mercredi 21 avril dans un communiqué.

Ce décès au front de l’ex-homme fort de N’Djamena pourrait surprendre certains observateurs, mais pas les spécialistes du Sahel. Idriss Deby, qui s’était affublé du titre de «guerrier», avait troqué son costume présidentiel contre le treillis pour diriger ses troupes. L’Assemblée nationale tchadienne l’avait d’ailleurs élevé au rang de maréchal en récompense, disait-elle, de ses prouesses contre les séparatistes. Mais, en réalité, c’est une guerre loin d’être gagnée. Le nord du pays demeure toujours instable à cause de la présence de rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), qui dénonce son accaparement du pouvoir et l’absence de démocratie dans le pays.

Ces derniers avaient lancé, 11 avril 2021, jour du scrutin présidentiel, depuis leurs bases arrières en Libye, une offensive contre le régime tchadien pour protester contre sa candidature pour un 6e mandat. Le FACT a publié mardi un communiqué où il rejette «catégoriquement» le conseil militaire et déclare la poursuite de l’offensive pour marcher sur la capitale. Idriss Deby, ancien commandant en chef de l’armée sous le magistère de Hissène Habré, dirigeait d’une main de maître le Tchad depuis 1990, année durant laquelle il a dirigé un coup d’Etat contre l’ancien président «dictateur».

Ce dernier qui s’était réfugié au Sénégal, a été condamné en 2016 pour crimes contre l’humanité. Cette armée, considérée comme l’une des meilleures dans le Sahel, avait considérablement contribué à lutter contre les mouvements «jihadistes» de la zone, en collaboration avec l’armée française. Son décès risque d’avoir un impact sur la stabilité de cette région, d’après Dr. Bakary Samb du Timbuktu Institute- African Center for Peace Studies, basé à Dakar.

«La progression des Européens et de la France était annoncée. Le Tchad assurait l’opération après-vente de toutes ces opérations militaires. Maintenant, c’est un enjeu sécuritaire qui est énorme pour la région du Sahel, mais aussi dans le Bassin Lac Tchad, où le Tchad est un dispositif important notamment ses sorties dans le cadre de l’Opération Colère de Bohoma. C’est une situation qui ne sera pas sans impact majeur sur la stabilité du Tchad mais aussi sur la stabilité régionale», déclare-t-il à la radio privée sénégalaise Iradio.