Décès de Saëb Erekat, négociateur en chef des Palestiniens, 65 ans

UNE VIE DÉDIÉE À LA RECHERCHE DE LA PAIX

Défenseur acharné du processus des négociations avec Israël, Saëb Erekat a rendu l’âme des suites du Covid-19. Le monde perd un modéré qui ne s’est jamais démenti.

Secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) depuis 2015, Saëb Erekat est mort, à l’âge de 65 ans, tôt ce matin du mardi 10 novembre 2020. Un mois auparavant, le 9 octobre, l’OLP avait annoncé qu’il avait contracté le nouveau coronavirus et avait été transféré, neuf jours plus tard, le 18 octobre, à l’hôpital Hadassah de Jérusalem… Il faut dire que sa santé était fragile depuis au moins 2017, quand il a subi une greffe de poumon dans un hôpital américain, après avoir été atteint de fibrose pulmonaire.

C’est un des personnages des plus en vue de la lutte palestinienne depuis la fin des années 70. Défenseur de la solution à deux Etats, il se définissait comme l’héritier de Issam Sartaoui, précurseur de cette idée dans les années 70… L’existence de Saëb Erekat a marqué celle des Palestiniens. Il était officiellement leur négociateur en chef. Il faisait partie de ceux qui ont cru en la négociation plutôt qu’en la lutte armée. Il a fait partie de toutes les équipes de négociateurs avec Israël depuis 1991, à l’exception notable de celle qui allait aboutir aux accords d’Oslo en 1993. Compagnon de Arafat, leader historique du mouvement national palestinien, même s’il ne l’a pas suivi dans ses exils successifs, il est ensuite devenu un proche de Mahmoud Abbas, qui a succédé à Arafat à la tête de l’Autorité palestinienne.

Lutte pacifique
Né à Jérusalem en 1955, sept ans après la création d’Israël, père de quatre enfants, c’est en 2003 qu’il devient un personnage clé au sein de la direction palestinienne et dans le processus de négociations avec Israël. Cette année-là, il est nommé chef de l’équipe de négociations de l’OLP.

En 2014, il était aux négociations menées à l’initiative du président américain Barak Obama. Des rencontres qui n’ont abouti à rien ayant coïncidé avec le printemps arabe, qui a fragilisé plusieurs pays, M. Erekat est devenu plus que jamais convaincu que sa doctrine de «petits pas» ne mènera à rien. Au contraire, Israël conforte ses positions et gagne même des territoires. Il s’est même emporté contre les Emirats arabes unis et le Bahrein, qui ont procédé récemment à la normalisation de leurs relations avec Israël.

Parallèlement, M. Erekat avait de l’admiration pour le Maroc et son engagement pour une solution pacifique de la question palestinienne. S.M. Hassan II le respectait beaucoup comme étant un grand défenseur des droits du peuple palestinien, tout en étant un modéré. D’ailleurs, ce qualificatif, tout le monde le lui reconnaît.

Docteur en polémologie (les relations internationales mettant l’accent sur la compréhension des conflits) de l’université britannique de Bradford ayant enseigné à l’université An-Najah de Naplouse (Cisjordanie) de 1979 à 1991, M. Erekat était aussi un journaliste au quotidien indépendant Al-Qods de Jérusalem-Est. Marié et père de quatre enfants, il vivait à Jéricho, dans la vallée du Jourdain en Cisjordanie occupée. Auteur d’une dizaine de livres sur la diplomatie et la résolution de conflits, il a contribué à un ouvrage sorti en mai 2020 sur les effets de la pandémie de nouveau coronavirus sur la société palestinienne.

Le verbe facile avec un sens inné de la répartie, M. Erekat jouissait du respect des chefs d’Etat et de gouvernements de par le monde. Comme tous les autres dirigeants palestiniens morts avant lui, il n’a pas vu son rêve, minimaliste soit-il, d’avoir un mini- Etat palestinien viable se réaliser. Triste destin.


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