Décès de Nizar Fadel, fondateur du centre culturel Arabe, 79 ans

L’homme du livre s’en va

Le monde du livre arabe est en deuil. Tellement la perte est immense d’autant plus qu’inattendue. Nizar Fadel, fondateur et propriétaire du Centre culturel arabe, est mort à l’hôpital Cheikh Khalifa Ben Zayd, à Casablanca, mardi 9 novembre 2021, vers sept heures du matin. Il avait été admis dans cette structure hospitalière dix jours plus tôt suite à une hémorragie cérébrale.

Les médecins ont pu arrêter l’hémorragie mais les complications résultant d’un tel accident vasculaire ont eu raison de M. Fadel. Né en 1942 au Liban, Nizar Fadel est arrivé au Maroc tout jeune, vers la fin des années cinquante. Féru des livres, particulièrement tout ce qui touche à la pensée arabe, il fonde le Centre culturel arabe, à la fois maison d’édition et librairie. Un centre qui a édité pas moins de 3.000 livres, dont une bonne partie ont été au centre des débats culturels sur l’avenir du monde arabe. Panarabe convaincu, il a publié les auteurs égyptiens et libanais qui ont accompagné ce courant de pensée.

Il a publié les livres des dirigeants du Parti communiste libanais Hussein Mroueh et surtout Mehdi Amel. Son apport à la culture marocaine est inégalable. C’est lui qui a publié en arabe les livres de Abdellah Laroui, Mohamed Abd Jabri en plein conflit entre les penseurs du Machrek et du Maghreb arabe durant la décennie 70 et 80. Avant sa mort, il venait d’éditer le dernier livre de Hassan Aourid, ancien historiographe du Royaume.

Sa librairie au quartier des Habous, à Casablanca, est un carrefour d’intellectuels, de journalistes, de romanciers… A elle seule, la librairie du Centre culturel arabe était un repère. Un lieu qui ne désemplit pratiquement jamais. Lui, il était toujours là derrière son bureau, n’hésitant pas à conseiller au visiteur tel ou tel livre. Il peut résumer le livre en quelques minutes permettant ainsi de convaincre l’éventuel acheteur. Pour lui, toujours souriant, son affaire est avant tout un partage de savoir et d’idées, jamais une affaire commerciale.

Il laisse derrière lui son épouse, Bana El Kurdi, qui l’a accompagné durant toute sa vie, et trois enfants, deux hommes et une femme. Tous les trois ayant fait de brillantes études supérieures mais qui consacrent, depuis des années, leurs vies à faire développer le Centre culturel arabe aussi bien à Casablanca qu’à Beyrouth. Un héritage culturel inestimable. Nizar Fadel a été inhumé le jour même de son décès, mardi 9 novembre, après la prière d’Al Asr, au cimetière Sidi Messaoud, à Casablanca.

N.J