Décès de Khalil Hachimi Idrissi : Un artiste du verbe et de la plume


Khalil Hachimi Idrissi, journaliste de renom et écrivain est mort, samedi 8 avril 223. Un journaliste aux grandes qualités humaines et à la compétence professionnelle avérée, comme l’a souligné SM le Roi dans un message de condoléances à la famille.

On savait que les jours de Khalil Hachimi Idrissi étaient comptés. Il le savait lui-même. Mais on a tous gardé espoir. Espoir qu’un miracle se produise. Malheureusement, il n’y a pas eu de miracle et la mort de Khalil Hachimi Idrissi a eu l’effet d’un choc pour sa famille, ses collègues, ses confrères et ses amis. Il a rendu l’âme, à l’âge de 67 ans, dans une clinique à Rabat, samedi 8 avril 2023 dans la matinée. La maladie, un cancer, qu’il a combattue avec courage et dignité, depuis novembre 2022, a eu raison de lui. Il a été enterré le lendemain, dimanche 9 avril, après la prière d’Addohr au cimetière Chouhada à Rabat en présence d’une foule nombreuse.

Une foule venue rendre un dernier hommage à celui qui était depuis juin 2011 directeur général de la MAP. Journaliste de renom, il a entamé sa carrière dans des radios périphériques et communautaires en France, durant les années 1980, avant de rejoindre, en 1994, l’hebdomadaire Maroc Hebdo. Chroniqueur au début, flairé par Mohamed Selhami, directeur de la publication, Khalil Hachimi Idrissi deviendra rédacteur en chef de l’hebdomadaire jusqu’à son départ, six ans plus tard, en 2000 pour créer son propre journal, le quotidien Aujourd’hui le Maroc. Mais c’est à Maroc Hebdo, comme il le disait lui-même, que Khalil Hachimi Idrissi a acquis sa notoriété. Son ami de longue date, Driss Ajbali, auteur du livre Figures de la presse marocaine, le décrit ainsi dans le portrait qu’il lui a consacré: « Avec l’épopée de Maroc-Hebdo, il sera de ces nouvelles plumes qui écriront les remarquables pages d’un Maroc qui testait, des bouts des lèvres, les saveurs du pluralisme et de la Liberté. »

Ses chroniques, Les billets bleus, publiés en bas de la première page de l’hebdomadaire sont devenus un modèle du genre. Il y croquait l’actualité comme personne. Avec son style bien ciselé, incisif, son sens inné de la polémique, son humour décapant, Si Khalil, comme l’appelaient ses amis, se laissait aller pour commenter un fait quelconque. Des messages politiques généralement, des cris de colère ou joie… Tout y était.

Grande culture
Quand le billet de banque de 200 dirhams, de couleur bleue voit le jour, Khalil Hachimi Idrissi a eu cette réflexion qu’il n’a pas manqué d’écrire : Le wali de Bank Al Maghrib et moi avons la même qualité, celle de signer des billets bleus. Et il développe toute sa chronique de la semaine autour de cette comparaison entre lui et le wali de Bank Al Maghrib. Quand, une fois, l’espace de sa chronique a été réservé à une publicité, sa chronique du numéro avait porté sur le pouvoir de la publicité et donc de l’argent qui l’a obligé à changer d’espace et de position…. Ce genre de propos, Khalil Hachimi Idrissi en était maitre.


Professionnel, il l’a été. Homme de grande culture, notamment les classiques français, il avait cette faculté, tout en étant rédacteur en chef, d’appeler un journaliste pour s’assurer auprès de lui d’une information ou du nom d’une personnalité, du sigle d’un parti politique ou de la date d’un événement. Et il prenait des notes sur des petits carnets à spirale dotés d’une couverture cartonnée. Des carnets qu’il mettait dans sa poche et auxquels il tenait beaucoup, tout comme il tenait à sa gamme de stylos à encre rouge, vert et noir. Son problème à la rédaction de Maroc Hebdo, c’est qu’il était toujours le dernier à rendre son article. Amale Samie, mort le 27 janvier 2018, était obligé de l’attendre jusqu’à très tard la nuit de jeudi, jour du bouclage du journal, pour relire l’article avant de le soumettre au secrétariat de la rédaction… Une complicité entre les deux cimentée par leur maitrise de la langue de Molière, de ses jeux de mots et de l’origine de ses expressions.

Moments de douleur
A la tête de la MAP, Khalil Hachimi Idrissi a réussi à moderniser l’agence, à lui donner une visibilité et à l’installer comme acteur à part entière dans le paysage médiatique national, avec des journaux quotidiens, des publications à périodicité régulière et des hors-série, sans oublier la télévision, M24, et la radio RIM… Ce natif de Casablanca en 1956, d’un père technicien de transmission à la radio de Ain Chock, avait plusieurs cordes à son arc. Essayiste et surtout poète, il savait manier le verbe à merveille. Avec toujours une suite dans les idées. Il a publié d’ailleurs plusieurs livres en plus des ‘’Billets bleus, 1994-2000” (2005), une compilation des chroniques portant le même nom, “À la conquête de rien” (2011), ainsi que deux recueils de poèmes, “Subterfuges ou les détours des rimes rebelles” (2012) et “La foi n’est convoquée que les jours de fête” (2017), ‘’Le Maroc face au printemps arabe’’, (2019). Attaché à la modernité, y compris en matière de presse, il était un féru des nouvelles technologies.

Fidèle en amitié, il était un homme de conviction, attaché à la monarchie, comme l’a relevé le message de condoléances que SM le Roi a adressé à sa famille : «Nous nous remémorons, avec beaucoup d’estime, les grandes qualités humaines du défunt, sa compétence professionnelle avérée, son intégrité, son engagement et son abnégation dans l’exercice de ses fonctions en tant qu’écrivain, responsable médiatique et directeur général de l’Agence Maghreb Arabe Presse, outre son dévouement et sa sincérité dans la défense des constantes et des valeurs sacrées de la Nation et son ferme attachement au glorieux Trône Alaouite».

Il “se jetait à l’eau” pour défendre les intérêts du pays, sans façon. Il était entier. Ceux qui tentaient se mettre au travers de son chemin en ont été pour leurs frais. C’est que KHI ne faisait pas dans la demi-mesure lorsqu’il s’agissait de critiquer ou remettre quelqu’un à sa place. La grosse artillerie, comme on l’appelle dans le jargon. Président, en 2007, du jury du grand Prix national de la presse, il sera élu une année plus tard président de la FMEJ (Fédération marocaine des éditeurs de journaux), un poste auquel il a été réélu en 2011. Amateur de golf et aimant les mondanités, toujours tiré à quatre épingles, il passait le peu temps libre qu’il lui restait entre les activités du Lions Clubs international Maroc, dont il a été past-gouverneur du district 416, les Compagnons de Gutenberg dont il a été Grand Officier et Président. Sans oublier sa famille et ses nombreux amis.

Père de deux enfants, Khalil Hachimi Idrissi était très attentif envers les siens : son père et sa mère tous deux disparus aujourd’hui, ses frères et ses proches. Son épouse, Najat, en sait quelque chose, elle qui l’a accompagné depuis son retour au Maroc et qui était à ses côtés pendant ses derniers moments de douleur avant qu’il ne rende son dernier souffle.

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