Décès du journaliste Abdallah Amrani, 75 ans. Adieu l’ami !


Abdallah El Amrani, fondateur et directeur de publication de l’hebdomadaire La Vérité, a rendu l’âme dimanche 26 mars 2023 à l’hôpital militaire de Rabat. Il a été inhumé lundi au cimetière Chellah, en présence de plusieurs confrères et personnalités dont André Azoulay, conseiller de S.M. le Roi.

Mon mentor et mon ami, dont l’amitié remonte aux premiers balbutiements de ma vie professionnelle, Abdallah El Amrani, s’est éteint dimanche soir, 26 mars 2023, à l’âge de 75 ans. Un adieu tout sauf attendu d’un bon vivant, d’une âme sensible, vivace et bienveillante. Plusieurs membres de la grande famille de la presse et ses deux amis de longue date, André Azoulay, conseiller de S.M. le Roi, et Mohamed Berrada, ex-patron de Sapress, l’ont accompagné, lundi 27 mars, à sa dernière demeure, au cimetière Chellah, à Rabat. En bon journaliste et bon citoyen qu’il était, il a passé de nombreuses années à écrire, à mettre en valeur des idées et des pensées, à chercher la vérité et chasser le mensonge, à servir son pays par sa plume… 

Amour infaillible
Le fondateur et directeur de publication de l’hebdomadaire La Vérité était un journaliste brillant pour qui la valeur fondamentale du métier, la vérité, a prêté le nom à son journal. Il état une encyclopédie vivante, un intellectuel sans égal. Il avait une mémoire d’éléphant. « C’est parce que nous, les Ouazzanis, on consomme beaucoup d’olives et d’huile d’olive. C’est pour cela qu’on a une forte mémoire », me répétait-il, sourire aux lèvres, tout fier d’être un descendant des chorffas de Ouazzane. Pour discret, il l’était. Même sur le plan personnel, quand un de ses proches ou amis lui faisait du mal, il s’empêchait de parler de ses tares devant les autres. Il vouait un amour infaillible et inégalée à son épouse lalla Hamida et à ses enfants, Fayçal, Hamza et Sanae.

Abdallah était l’un des pionniers de la presse marocaine. Il était l’un des premiers à justifier d’un diplôme de journaliste, en l’occurrence celui de l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI) de Tunis. Même patron de presse, il se définissait toujours comme un ouvrier de la plume. Sa production éditoriale était restée quasiment ininterrompue depuis 40 ans. Son style était inimitable, percutant et raffiné. « ça c’est ce qu’on appelle le bon français Ssi Marouane », se plaisait-il à me dire comme s’il m’invitait avec bienveillance à suivre ses traces.

De retour au Maroc, début des années 70, El Amrani s’installe à Casablanca et travaille quelques temps à Maghreb Information, journal proche de l’UMT (Union Marocaine du Travail) et de l’UNFP (Union Nationale des Forces Populaires). Déjà en 1973, il était devenu une plume visible avec sa chronique ‘’l’autre visage’’. C’était l’époque où le journaliste entamait une collaboration régulière avec le mensuel des élites Lamalif de Zakia Daoud. Il entretenait par ailleurs d’étroites relations avec les dirigeants du parti politique, notamment Abdallah Ibrahim, ancien président du conseil sous le Roi Mohammed V, ainsi qu’avec ceux de la Centrale syndicale, dont le secrétaire général Mahjoub Benseddik.


Remarquables missions
El Amrani deviendra aussi par la suite le traducteur attitré des éditos d’Abdallah Ibrahim que celui-ci publiait en arabe dans l’hebdomadaire du parti. Après l’interdiction du quotidien Maghreb-Informations en mars 1975, El Amrani est sollicité pour renforcer l’équipe de la MAP nouvellement nationalisée (fin 1974). Ses remarquables missions et reportages pour l’Agence de Presse lui valurent au bout de six mois de recrutement sa nomination en tant que directeur régional du bureau de la MAP de Casablanca.

Il orchestre la structuration du bureau et crée la revue spécialisée ECONOMAP publiée encore à ce jour. Au bout de cinq ans, il quitta le secteur public et crée sa propre entreprise de communication et contribua au lancement d’évènement culturels et économiques tels que la Foire internationale de Casablanca ou le Festival international de Tétouan. Il fut lauréat en 2014 du Grand Prix national de la presse pour sa contribution au développement de la presse écrite au Maroc. Cette distinction de bon aloi l’incita à penser déjà à son héritage intellectuel. Deux ans plus tard, il publia son premier roman « L’homme qui tua la lune », un récit où il n’y a pas de frontières entre songe et réalité. Le roman est une histoire qui regorge beaucoup plus de réalités que de songes.

Distinction de bon aloi
A travers Youssef, l’auteur a cherché à pousser le principal protagoniste dans ses derniers retranchements voulant comprendre avec lui ce que les mythes que nous croyons avoir domestiqués peuvent faire de nous. ‘’L’homme qui tua la lune’’ est l’histoire d’un groupe multiconfessionnel et partageant les mêmes affinités intellectuelles dont les membres avaient décidé de vivre leurs dernières années dans la petite ville qui les a vus naître. C’était la preuve que l’homme qui a écrit ‘’L’homme qui tua la lune’’ était un croyant invétéré qui puise ses valeurs et ses forces dans ses origines baignées dans la source soufie de la zaouia ouazzania.

Dans son interview qu’il m’a accordée en septembre 2017, Abdallah nourrissait l’espoir d’achever son deuxième roman en révélant des secrets de l’influence régionale des chérifs d’Ouezzane à la fin du 19e siècle. Le destin en a voulu autrement.

Il était fier de sa marocanité. Il défendait bec et ongles sa patrie. Abdallah El Amrani résumait, à lui seul, un pan de notre histoire récente de la presse marocaine indépendante et engagée. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a adressé, le 29 mars, un message de condoléances et de compassion aux membres de sa famille, dans lequel le Souverain affirme avoir appris avec une vive émotion la triste nouvelle du décès du journaliste feu Abdallah El Amrani, soulignant qu’avec sa disparition, la scène médiatique nationale perd l’un de ses pionniers, reconnu pour son grand professionnalisme journalistique empreint d’un esprit de responsabilité et d’engagement. Adieu, Ssi Abdallah. Adieu, l’ami !.

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