Décès de notre collègue Abdellatif Mansour : Un patriote devant l’Éternel

C’était, à Maroc Hebdo, un secret de polichinelle. Les dates, ce n’était pas du tout le dada de Abdellatif Mansour, et il est d’ailleurs bien difficile d’en trouver dans les centaines de pages qu’il a près de trois décennies durant noircies dans les colonnes de notre journal. Point là, cependant, de laisser- aller -insulte ultime à l’encontre d’un professeur universitaire qui plus est de l’École normale supérieure (ENS)!-: simplement sans doute le signe d’une âme éprise par les lames de fonds davantage que par l’écume des jours et les chiffres inventés par l’Homme pour les signaler. Mais à l’évocation de sa mémoire, ce sont bien ces chiffres que l’on se trouve réduit à convoquer, sans bien évidemment la volonté la moindre de lui faire insulte. Il y a d’abord celui de son décès, advenu ce 9 septembre 2022 à Casablanca, où il avait également vu le jour 73 ans plus tôt.

Ce n’est que très peu après que la nouvelle nous est parvenue, et c’est naturellement la dévastation, mêlée de la nostalgie des moments à jamais perdus, à jamais envolés, qui nous a emplis. Certains d’entre nous, les plus anciens ont été ramenés à l’année 1992, autre date, où l’aventure Maroc Hebdo a commencé pour Abdellatif Mansour. Encore jeune quadra, ce dernier a alors déjà derrière lui plus de 20 ans de journalisme mais aussi de syndicalisme: ses premiers pas dans le métier, il les fait justement à l’Avant-garde, l’organe de presse de l’Union marocaine du travail (UMT), à laquelle il sera jusqu’à son dernier souffle resté encarté. Mais il a surtout cette plume prodigieuse acquise à force de potasser les grands classiques de la littérature française, dont ses proches savent qu’il connaissait par coeur les plus importants.

Certains la trouvaient ardue: pour rire, on disait souvent qu’un dictionnaire devrait être distribué en supplément de Maroc Hebdo de sorte à permettre à nos lecteurs d’en déchiffrer les intrications. La délectation était, toutefois, toujours au rendez-vous. Abdellatif Mansour, enfin, c’est ce patriote devant l’Éternel. Le Maroc et ses grandes causes, il les avait chevillés au coeur et au corps, à telle enseigne qu’aussi bien son engagement médiatique qu’associatif y est resté en toute heure collé. Fruit de l’éducation nationaliste qu’il a eue dans l’ancienne médina casablancaise, où sa famille originaire des Oulad Hriz, à la périphérie actuelle de la métropole blanche, a pris pied.

Son frère aîné, Mohamed Mansour, dit justement Lahrizi, dont beaucoup se souviennent encore comme ancien président de la Fédération royale marocaine de basketball (FRMB), fut d’ailleurs une des grandes figures de la lutte armée contre le protectorat français, ayant notamment fréquenté Mohamed Zerktouni ou encore Thami Naâman. Et il y avait aussi la grande oumma arabe. Comme un symbole, le dernier article de lui publié sur notre site traite de la Palestine et de sa cause viscérale pour les peuples de la région. Il aura donc été jusqu’au bout fidèle à lui-même. Quant au chagrin qui emplit nos coeurs, nous pourrons toujours le noyer dans le réconfort de savoir que la vie nous a permis de frayer avec quelqu’un d’aussi fin et, disons-le aussi, de bien. À sa femme, Fatima, à ses enfants, Ahmed et Saad, ses frères, Rachid et Hassan, et à l’ensemble de sa famille, nous présentons nos sincères condoléances.