Décès de Béchir Ben Yahmed, fondateur du magazine "Jeune Afrique", 93 ans

UN PIONNIER DE LA PRESSE PANAFRICAINE

Le journaliste Béchir Ben Yahmed, fondateur du magazine “Jeune Afrique”, est décédé ce lundi 3 mai 2021 à l’hôpital parisien Lariboisière, des suites d’une contamination au Covid-19, à l’âge de 93 ans. Une grande figure et militant de la presse africaine.

La presse panafricaine est en deuil. Le journaliste tunisien Béchir Ben Yahmed, fondateur du magazine Jeune Afrique est décédé ce lundi 3 mai 2021 à l’hôpital parisien Lariboisière, des suites d’une contamination au Covid-19. La disparition d’un grand militant de la presse qui coincide avec la Journée internationale de la liberté de la presse. Tout un symbole.

Ce natif de l’île tunisienne de Djerba en 1928 et ancien élève de HEC, qui pouvait faire une belle carrière en politique, a préféré très tôt céder aux sirènes de la presse. Très jeune ministre de l’information dans le gouvernement du premier président tunisien Habib Bourguiba, il troquera, au bout de quelques mois, son costume contre la plume. Son premier fait d’armes, l’hebdomadaire L’Action, créé en 1956, puis Afrique Action en 1960, qui allait devenir l’actuel magazine Jeune Afrique, une des revues phares du continent, qui souffle cette année sa 60e bougie. Une belle aventure durant laquelle il a été épaulé par son épouse, Danielle. C’est elle qui a d’ailleurs lancé la maison d’édition du groupe.

Comme pour s’affranchir de toute pression politique, Ben Yahmed quitte la Tunisie en 1962 pour s’installer à Rome, avant de déposer ses valises deux ans plus tard à Paris, qui abrite sa publication. BBY fut un témoin privilégié des différentes péripéties de l’histoire du continent.

Des indépendances à nos jours. Il a côtoyé de grandes personnalités durant sa riche carrière journalistique, notamment les président Senghor (Sénégal), Nkrumah (Ghana), Mitterrand, Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), Che Guevara, Abdel-Nasser (Egypte)... Béchir Ben Yahmed était également un grand connaisseur et ami du Maroc, une amitié qu’il a maintes fois réaffirmée durant ses rencontres avec feu S.M. le Roi Hassan II, avec en toile de fond, la défense de la marocanité du Sahara.

Un précieux legs
Très sérieux et bien organisé, ce célèbre éditorialiste, considéré comme un bourreau de travail venait à pied ou à vélo au siège du magazine. Le nénagénaire, connu pour son humour légendaire, avait décidé de lever le pied ces dix dernières années, en confiant les rênes de son groupe à ses deux fils, Amir et Marwane Ben Yahmed, respectivement âgés de 44 et 49 ans.

BBY s’apprêtait à publier ses mémoires qui retraceront, à coup sûr, son riche parcours et ses belles aventures et en filigrane l’histoire du continent africain. Un précieux legs à conserver.