Décès de l'ancien président malien, Ibrahim Boubacar Keita, 76 ans

Un grand ami du Maroc s'en va

Les relations entre le Mali et le Maroc étaient excellentes pendant sa présidence. Les chefs d’État africains déplorent la perte d’un homme de dialogue et de consensus et un président qui a réussi à pacifier son pays.

L’ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta est décédé, dimanche 16 janvier 2022, à Bamako à l’âge de 76 ans. Sa disparition survient un an et demi après avoir été renversé par les militaires qui défient aujourd’hui une partie de la communauté internationale. Entamée en 2013, la présidence d’IBK -comme il était couramment appelé- a largement coïncidé avec la tourmente dans laquelle le Mali est pris depuis l’année dernière. M. Keïta avait été renversé en août 2020 par des militaires qui, après un deuxième coup d’État en mai 2021, invoquent les maux accumulés pendant l’ère IBK pour projeter de continuer à diriger le pays encore plusieurs années.

Le président IBK est décédé à son domicile dans la capitale, où il vivait retiré, à l’écart de la vie publique. Cette information a été confirmée par plusieurs membres de sa famille et de son entourage. Le décès est survenu «à la suite d’une longue maladie», a simplement indiqué dans un communiqué le gouvernement de transition malien, dirigé par le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, qui fut ministre d’IBK avant de devenir son opposant.

Considéré comme un grand ami du Maroc, l’ancien président malien était lié à S.M. le Roi Mohammed VI par de fortes relations d’amitié. Le Souverain a effectué plusieurs voyages officiels au Mali pendant la présidence d’IBK, dans le cadre de tournées royales en Afrique. La résidence de l’ancien président, située dans le sud-ouest de la capitale, était le théâtre, dimanche 16 janvier, d’un intense ballet de voitures de personnalités venues présenter leurs condoléances. Ibrahim Boubacar Keïta avait été écarté du pouvoir après des mois de mobilisation au sein d’une population exaspérée par les violences en tous genres -jihadistes, communautaires ou crapuleuses-, par la faillite des services de l’État et par une corruption réputée galopante.

Une ascension fulgurante
Il disparaît alors que les colonels qui l’ont renversé font voeu de remédier aux maux du pays et assurent avoir besoin de plusieurs années pour y parvenir et pouvoir tenir leur promesse initiale de rendre le pouvoir aux civils. La junte étant revenue sur son engagement d’organiser le 27 février les scrutins présidentiels et législatifs devant ramener les civils à la tête du pays, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) ont pris le 16 janvier une batterie de mesures économiques et diplomatiques vigoureuses à l’encontre du Mali.

Le pays est déjà plongé dans une grave crise sécuritaire et politique depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et jihadiste en 2012. Le défunt, qui se réclamait de la gauche, a connu une ascension fulgurante sous Alpha Oumar Konaré, premier président civil (1992-2002) de l’ère démocratique du Mali. Il a notamment a été son Premier ministre de 1994 à 2000. Prétendant malheureux à l’élection présidentielle de 2002, il avait tenu sa revanche en septembre 2013 en accédant au palais de Koulouba, siège de la présidence malienne à Bamako. Il sera réélu en 2018.

A.A