Décès de Abdellatif Mansour, 73 ans : Une vie de combat

Grand témoin de son temps, le journaliste Abdellatif Mansour a marqué toute une génération de journalistes par sa simplicité et son talent

Après avoir lutté dignement contre les affres de la maladie, notre confrère Abdellatif Mansour vient de rendre l’âme, chez lui, à l’âge de 73 ans, dans la nuit du vendredi 9 septembre 2022. Il a été enterré samedi 10 septembre au cimetière Errahma, à Casablanca, après la prière d’Al Asr. Il nous manque beaucoup à Maroc Hebdo. Tant il était respecté, estimé et aimé par tous.

Valeurs de patriotisme
Autant par le directeur de la publication, Mohamed Selhami, que par les nombreuses générations de journalistes qui ont fréquenté, depuis bientôt 31 ans, les jardins du 4, rue des Flamants Riviera- Casablanca, sans oublier le secrétaire de rédaction Noureddine Jouhari et les autres membres du staff technique, artistique et logistique. Jusqu’au simple chauffeur, coursier ou gardien. Tous n’oublieront pas cet homme simple, courtois et serviable à toute épreuve. Animé aussi bien de l’éthique du travail et du devoir bien accompli que de l’éthique de la joie de vie, le consciencieux Abdellatif Mansour était tout autant attentionné pour ses collègues du travail qu’affectueux pour ses amis et proches, et à leur tête son inséparable femme, Fatima, originaire d’Essaouira, est ses deux enfants. Enfants pour qui, ce père aimant s’est sacrifié, sa vie durant, pour leur assurer une éducation à la hauteur. Une éducation réussie: un de ses fils est devenu ingénieur, l’autre pharmacien.

Qu’il repose en paix. Une paix méritée après toute une vie de combat. Combat contre l’ignorance et l’injustice. Né dans une famille de résistants, fortement imprégné, dès sa jeunesse, de valeurs de patriotisme, d’égalité et de solidarité, l’originaire de la tribu des Oulad Hriz (région de Berrechid) il a toujours milité pour le respect et la dignité de l’Homme, de tous les hommes.

D’abord au sein de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) dès son entrée à la Faculté des Lettres et des sciences humaines de l’Université Mohammed V de Rabat en 1967. Ensuite, en tant que professeur de l’enseignement secondaire à Casablanca, il milita au sein de l’Union marocaine du travail (UMT). Doté très tôt de la fibre journalistique, il devint l’un des membres de l’équipe de rédaction de L’Avant-garde, organe de la centrale syndicale de Mahjoub Benseddik.

Innombrables qualités
Pédagogue de formation, Abdellatif Mansour a contribué à la promotion de la culture syndicale à travers ses multiples voyages et à la mise en place du syndicalisme africain. Ainsi débutera le parcours journalistique de feu Abdellatif Mansour, qui finira par rejoindre, en 1992, Maroc Hebdo International (MHI), le journal fondé par Mohammed Selhami un an auparavant. Il fera partie d’une fine équipe de journalistes aussi brillants que Khalil Hachimi Idrissi, Amale Samie, Abdellah Chankou, Abdellatif El Azizi ou Khadija Redouane et bien d’autres qui ont réussi à faire carrière aussi bien dans la presse et la communication que le marketing et les relations publiques comme Mostapha Tossa, Chafik Laabi, Abdelwahab Chaoui, Kamal Benbrahim et Karim Bendaoud…. Et j’en oublie beaucoup d’autres. J’en appelle à leur indulgence. Tout autant passionnés que lui par l’écriture, ses collègues se souviennent de ses innombrables qualités de journaliste hors pair qui s’est donné corps et âme à son métier. Métier qu’il ne cessa de mettre au service du progrès et de la stabilité de son pays. Fin connaisseur de l’histoire politique et syndical du Royaume, il jouissait du respect de tous ceux qui l’ont côtoyé.

Des concepts rigoureux
Ce défenseur infatigable de l’intégrité territoriale du Royaume et de ceux qui veillent nuit et jour sur sa sécurité et sa souveraineté inaliénable, il n’a pas manqué, par ailleurs, de s’interroger sur la crise que traversent nos institutions politiques (partis, syndicats entre autres) tout en vouant un attachement au principe démocratique, même si souvent la démocratie représentative déçoit. Sensible aux fractures qui traversent la société marocaine, il resta attentif au désespoir des mal lotis. Ne versant ni dans le misérabilisme, ni dans la complaisance et encore moins dans les futilités du paraître, l’homme, modeste qu’il était, resta fidèle au sens de la mesure et de la droiture morale.

Toujours curieux, il s’est posé comme principe que l’être humain peut se transformer par la liberté. S’inscrivant dans la tradition de l’humanisme, il a toujours maintenu qu’il faut défendre la dignité de l’Homme avec des concepts rigoureux. Je me rappelle, notamment que, lors de nos multiples discussions, le regretté n’hésitait pas souvent à me confier, que l’Homme ne naît pas achevé, mais c’est à lui de choisir ce qu’il deviendra. Cette pensée restera gravée dans mon esprit pour toujours. Ainsi, l’intellectuel qui était au chevet du syndicalisme, n’avait pas pour rôle de donner une réponse à un dilemme, ni de dire aux syndicalistes décideurs ce qu’ils doivent faire, mais de les aider à y voir plus clair.

Une vie de combattant
Et comme mon ami Mansour, je continue moi-même à partager le fait que le monde des idées n’a rien d’éthéré. C’est un univers humain, fiévreux, tactique, avec ses jeux de postures. Si les idées s’affrontent, c’est parce que les intellectuels et penseurs ne cherchent pas seulement à comprendre le monde, mais à l’améliorer: le rendre plus juste, plus sûr ou plus hospitalier.

C’est particulièrement dans cet esprit que, lors du déroulement des multiples conférences de rédaction auxquelles nous participions ensemble tous les matins dans les jardins du journal, que Mansour resta, parmi nous, un de ces adeptes farouches du débat contradictoire et de la confrontation des idées. Je me rappelle que lorsque le journal s’est mis, très tôt, à l’informatique, Mansour n’utilisa pas son ordinateur comme les autres journalistes l’ont fait, mais s’obstinait à continuer à rédiger ses articles au crayon. Tout en étant fidèle à la déontologie journalistique, il était méticuleux dans son travail. S’appliquant et s’impliquant comme jamais dans son métier, il faisait attention au simple détail, au point et à la virgule près. Dans tous les cas, il voulait que ses articles soient sans faute. À l’image de sa vie de combattant.